Québec réduit les compressions dans la recherche

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Davide Gentile

Le gouvernement Marois réinvestit 26,5 millions de dollars dans les grands fonds de recherche de la province qui sont la cible d'importantes compressions budgétaires cette année. Une décision qualifiée de pas dans la bonne direction par le milieu de la recherche.

C'est le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, qui en a fait l'annonce mercredi, avec son homologue du ministère de l'Environnement, Yves-François Blanchet.

Reconnaissant du bout des lèvres que les compressions de 63 millions de dollars demandées au secteur de la recherche par son gouvernement étaient trop élevées, Pierre Duchesne a expliqué que ces 26,5 millions devaient servir aux trois grands fonds de recherche et aux consortiums de recherche de la province « à faire le pont » jusqu'au prochain exercice financier de son gouvernement.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne (à gauche) et son collègue de l'Environnement, Yves-François Blanchet.

Questionné par les journalistes sur la provenance de cette somme, Pierre Duchesne a expliqué que 15 millions provenaient du fonds consolidé du gouvernement, 5 millions provenaient de son ministère et finalement 6,5 millions du ministère du Développement durable.

Questionné sur la nécessité de ce réinvestissement, le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a expliqué que ces fonds sont notamment très importants pour la poursuite des recherches menées dans le cadre des efforts déployés par le Québec pour réduire de 25 % ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020.

En décembre dernier, le gouvernement Marois a annoncé que les budgets des trois fonds de recherches du Québec (Nature et technologies, Santé, Société et culture) seraient réduits de 31 millions de dollars en 2013-2014. De plus, compte tenu de la fin de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation, les Fonds ne pourront compter sur l'ajout de crédits additionnels, comme ce fut le cas au cours des six dernières années. Ces compressions s'inscrivent dans la volonté de Québec d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2013-2014.

Annonce bien accueillie dans le milieu de la recherche

Le milieu de la recherche pousse un soupir de soulagement sans toutefois crier victoire. « [Le gouvernement] réaffirme ainsi sa volonté d'offrir aux Québécois des soins de pointe grâce aux travaux des chercheurs de chez nous », a déclaré le directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec, Serge Rivest. « C'est un premier pas qui vient d'être franchi et nous en sommes satisfaits. »

S'exprimant au nom des 18 centres de recherche en établissements de santé du Québec, M. Rivest a toutefois rappelé que les centres de recherche n'ont pas vu leurs budgets augmenter ou indexer au cours des 10 dernières années. Les centres doivent composer avec une augmentation de leurs coûts d'exploitation de l'ordre de 2 à 2,5 % sans que leurs fonds ne soient augmentés.

« L'annonce d'aujourd'hui vient amoindrir la chute, mais la situation demeure très précaire », prévient le directeur du Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), Jacques Turgeon. « Nos chercheurs doivent concurrencer avec des centres de recherche à travers le monde dont les moyens n'ont aucune commune mesure avec les nôtres. »

De son côté, Jean-Yves Roy, pdg de l'Institut national d'optique et porte-parole des chercheurs opposés aux compressions, ajoute que « chaque fois qu'on trouve le moyen de couper dans la recherche, c'est notre avenir qu'on met en péril »­.

« De l'improvisation »

Lors de la période des questions, les libéraux ont dénoncé « l'improvisation » du gouvernement. Le chef du Parti libéral du Québec, Jean-Marc Fournier, a accusé le gouvernement Marois de manquer de vision et de ne pas penser aux conséquences des compressions. La première ministre s'est défendue vigoureusement, soutenant que le gouvernement de Jean Charest avait sérieusement endetté le Québec et qu'elle devait gérer ce « que vous nous avez laissé ». Plutôt qu'une nouvelle volte-face, comme le prétend l'opposition, elle voit plutôt dans cette décision la preuve que son gouvernement est à l'écoute de la population.

La semaine dernière, Pauline Marois avait déclaré que son gouvernement allait dégager des sommes pour amoindrir l'impact des coupes budgétaires annoncées plus tôt dans le secteur de la recherche.

Le gouvernement péquiste a décrété, peu de temps après son élection, à l'automne 2012, des coupes de 124 millions dans l'enseignement supérieur et de 63 millions dans la filière de la recherche et de l'innovation.

Ces compressions avaient été très mal reçues chez les chercheurs, notamment en santé.