Une invention pharmaceutique prometteuse échappe aux intérêts québécois

Le reportage de Julie Vaillancourt

Exclusif - Il y a quelques années, des chercheurs québécois ont inventé un produit destiné à être une solution de rechange aux prothèses du genou. L'entreprise québécoise Biosyntech s'est fait damer le pion par une compagnie étrangère, après avoir été subventionnée, entre autres, par les fonds publics et les petits investisseurs d'ici.

Cargel Cargel

Le Cargel était une invention très prometteuse lorsque des chercheurs québécois l'ont élaboré au début des années 2000. Ceux qui ont eu la chance d'être opérés au Cargel de façon expérimentale - avant que le produit soit commercialisé - l'ont trouvé miraculeux.

« Avant le Cargel, ce n'était pas une vie. Après, j'ai pu recommencer à vivre normalement. C'est un cadeau! » se félicite Annette Arsenault, patiente opérée au Cargel.

24 millions de dollars en prêts et subventions du gouvernement

Mais obtenir l'autorisation de commercialiser ce type de produit biomédical est un long et coûteux processus.

Le Fonds de solidarité de la FTQ, ProQuest et Piramal ont investi dans Biosyntech. Le Fonds de solidarité de la FTQ, ProQuest et Piramal ont investi dans Biosyntech.

L'entreprise Biosyntech et les chercheurs reliés au projet ont bénéficié de subventions, de prêts gouvernementaux et de crédits d'impôt totalisant 24 millions de dollars, sans compter que de nombreux petits investisseurs québécois ont acheté des actions de Biosyntech à la bourse.

En cours de route, le Fonds de solidarité de la FTQ, ProQuest - un fonds américain -, d'autres fonds privés d'investissement ainsi qu'une compagnie indienne ont investi pour maintenir la compagnie en vie. En 2008, les fonds ont obtenu la majorité des sièges au conseil d'administration.

Serge Savard dénonce un prise de contrôle

Serge Savard Serge Savard

Serge Savard, ex-joueur de hockey du Canadien, qui siégeait au conseil d'administration de Biosyntech, a alors démissionné.

« Qu'est-ce que je viens faire sur un conseil d'administration où il y a 5 votes sur 9 qui sont contrôlés?[...] La FTQ était l'alliée de ProQuest là-dedans. C'est quelque chose qui s'est fait dans l'antichambre, c'est une prise de contrôle dans le fond », explique Serge Savard.

En 2010, ce même conseil d'administration annonçait son intention de mettre Biosyntech en faillite.

Deux des entreprises qui siégeaient au conseil d'administration ont alors fait une offre pour racheter Biosyntech.

Vincent Blais, un petit investisseur déçu de la tournure des événements, souligne l'ironie de la situation : « Eux avaient accès à de l'information privilégiée en étant initiés et pouvaient, bien entendu, prendre des décisions d'affaires basées sur de l'information qu'ils avaient. »

Messaoud Abda, directeur du programme de lutte contre la criminalité financière à l'Université de Sherbrooke, trouve le procédé discutable. « Ça ressemble beaucoup à une orchestration de mise en faillite pour s'accaparer un brevet. Sur le principe légal et financier, il n'y a pas faute, mais c'est juste que ce n'est pas logique », constate-t-il.

C'est finalement la compagnie indienne qui a mis la main sur Biosyntech. Le brevet n'appartient plus à des intérêts québécois. Et la vente du Cargel vient d'être autorisée en Europe, qui représente un marché potentiel d'un milliard de dollars.

Un reportage de Julie Vaillancourt

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