La commission Charbonneau

Michel Lalonde admet qu'il aurait pu agir différemment

François Messier
Radio-Canada
Le compte rendu d'Isabelle Richer

Le PDG de Génius Conseil, Michel Lalonde, a été forcé d'admettre, lors des différents contre-interrogatoires mercredi matin, qu'il a eu, plus d'une fois, le choix d'agir autrement qu'il ne l'a fait. « C'est un peu à nous de se reprendre en main », a d'ailleurs convenu M. Lalonde à une question de la commissaire Charbonneau.

Voir aussi : Frank Catania et associés obtient le statut de participant

Lors du premier contre-interrogatoire ce matin, l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ), Me Simon Bégin, est revenu notamment sur la façon dont Génius « accommodait » les entrepreneurs en abusant, avec leur complicité, de l'enveloppe prévue pour les imprévus sur les chantiers. Les imprévus, dit-il, étaient réels, mais l'évaluation de leur coût était volontairement faussée.

L'enveloppe de contingence était dépensée à « un niveau un peu plus élevé que ce qu'elle aurait dû », a dit M. Lalonde. La pratique servait à obtenir du comptant pour faire du financement politique.

Le président de Génius soutient que cette pratique n'a plus cours : « Aujourd'hui, on paie l'entrepreneur pour le travail qu'il fait, il n'y a plus d'"accommodements" ».

Enfin, Me Bégin est revenu sur une liste de 27 entrepreneurs avec lesquels M. Lalonde avait travaillé au fil des années. Il a noté que Lalonde n'a pu se souvenir s'il avait « accommodé » 13 d'entre eux.

« Il y a donc des entrepreneurs honnêtes? » a demandé l'avocat des constructeurs de routes et grands travaux du Québec : « Absolument! », a répondu Lalonde.

L'avocat du procureur général du Québec, Benoît Boucher, a ensuite contre-interrogé le PDG de la firme de génie-conseil Génius sur le cas de Claude Millaire, un homme qui l'aurait favorisé pour obtenir un contrat du MTQ.

Me Boucher a souligné qu'il n'est pas sûr, au regard des notes attribuées à Génius par les membres du comité de sélection, que M. Millaire l'ait vraiment avantagé. Il lui a aussi souligné que, plutôt que de s'acoquiner avec ce dernier, il aurait pu le dénoncer au ministère, ce que M. Lalonde admet n'avoir jamais envisagé : « Je regrette, malheureusement, non ».

L'avocat de la Ville de Montréal, Me St-Jean, a contre-interrogé à son tour M. Lalonde. Le PDG de Génius a admis que ces « accommodements » sont, de fait, des actes de complicité dans des stratagèmes illégaux se soldant par un « vol de deniers publics ». Il se défend par contre d'être l'instigateur du système de collusion à la Ville de Montréal, dans lequel il a déjà reconnu avoir joué un rôle clé pour les firmes, le premier rôle revenant à l'argentier d'Union Montréal, Bernard Trépanier.

« Tout le concept de sollicitation politique nous a amenés à devenir un acteurs. On s'est retrouvés pris dans cette approche-là. On a adhéré... », a dit M. Lalonde.

Il a par ailleurs précisé que c'est par Bernard Trépanier et Nicolo Milioto, de Mivela Construction, qu'il a appris que les entrepreneurs, tout comme les firmes de génie-conseil, devaient également verser 3 % de la valeur des contrats qu'ils obtenaient à Union Montréal.

Blogue en direct

Le procureur en chef adjoint de la commission, Denis Gallant, a poursuivi en après-midi son interrogatoire sous ordonnance de non-publication. Michel Lalonde a alors été questionné sur le rôle qu'il a pu jouer dans les évènements qui ont mené aux projets Fiche (Boisbriand) et Faufil (Faubourg Contrecoeur).

Me Gallant poursuivra son interrogatoire jeudi matin. Les contre-interrogatoires portant sur cette portion du témoignage de Michel Lalonde se dérouleront également sous ordonnance de non-publication.

C'est le Directeur des poursuites criminelles et pénales qui avait déposé une demande d'ordonnance de non-publication, requête qui a été accordée de façon préventive mercredi matin par la commissaire France Charbonneau.

Les avocats des médias devraient donc plaider pour une levée totale ou partielle du témoignage de Michel Lalonde dès que l'exercice aura été complété.

Retour sur Fiche et Faufil

Selon la SQ, l'enquête dans le projet Fiche a mis au jour un système qui a longtemps été en place dans la Ville de Boisbriand pour favoriser certaines firmes de génie-conseil pour le partage de contrats municipaux lucratifs.

Des avantages auraient été fournis à certains anciens élus en échange de décisions favorables de leur part dans l'octroi de contrats.

Le projet Faufil aurait quant à lui permis de mettre au jour un stratagème qui se serait conclu par une fraude de 1 million de dollars réalisée au détriment de la Société d'habitation de Montréal (SHDM).

La SQ allègue que l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, et le directeur général de la SHDM, Martial FIllion, ont bénéficié d'avantages personnels en échange d'informations privilégiées fournies à Frank Catania et associés, la firme sélectionnée pour réaliser ce projet résidentiel. Neuf personnes sont accusées dans ce dossier.

La semaine dernière, la sergente-superviseure Isabelle Toupin a révélé qu'il y avait eu « des rencontres entre Construction Frank Catania, le groupe GGBB, le Groupe Séguin et des responsables de la SHDM avant l'octroi du contrat » à Frank Catania et associés en décembre 2006.

Selon elle, Frank Catania et associés a eu accès à des informations privilégiées dès février 2006, soit bien avant que l'appel d'offres ne soit officiellement lancé, grâce à la complicité de GGBB (Groupe Gauthier Biancamano Bolduc).

Cette firme d'urbanisme s'avait été chargée par la SHDM de préparer le plan d'affaires, l'appel de qualification et l'appel d'offres pour tout le projet Faubourg Contrecoeur.

Génius (qui s'appelait alors Groupe Séguin) a pour sa part obtenu en 2005 plusieurs contrats de la SHDM pour effectuer les études de caractérisation des sols, établir ce qui serait nécessaire pour la décontamination et estimer les coûts des infrastructures.

Frank Catania et associés obtient le statut de participant

En fin de matinée, l'avocate de l'entrepreneur Frank Catania et associés, Nadia Thibault, a demandé un statut de participant pour son client. La commissaire Charbonneau l'a accordé sur-le-champ, étant donné que l'entreprise a un « intérêt direct » dans les travaux de la commission et qu'elle est « susceptible d'être visée dans notre rapport ».

Ce statut est toutefois limité « à tout ce qui concerne directement la requérante », a précisé la commissaire. Son droit d'accès aux résumés de témoignages anticipés et aux documents sera conséquemment limité en fonction de ces paramètres.

La commissaire Charbonneau a aussi précisé qu'elle permet aux procureurs de la commission « de limiter les détails de l'information contenue dans les résumés de témoignages anticipés ou encore les documents afin d'assurer le bon déroulement de l'enquête. »

Frank Catania et associés a été nommé à plusieurs reprises depuis les travaux de la commission. Les ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant ont tous deux admis avoir reçu des pots-de-vin de la part du patron de l'entreprise, Paolo Catania.

Gilles Surprenant a également dit qu'il avait été menacé par Frank Catania, qui a fondé la compagnie avant d'en remettre la direction à son fils. Frank Catania a lui-même été aperçu sur une vidéo filmée au quartier général du clan mafieux Rizzuto, le café Consenza. Il côtoyait le patriarche du clan, Nicolo Rizzuto.

Un ancien partenaire d'affaires de Paolo Catania, Elio Pagliarulo, a aussi affirmé que Frank et Paolo Catania appartenaient au clan Rizzuto. Il a dit que Paolo Catania se surnommait lui-même « M. Extra », et qu'il avait corrompu l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

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