La commission Charbonneau

Lalonde avait un rôle clé dans le système de collusion des firmes de génie à Montréal

Bernard Leduc
Radio-Canada
Le compte rendu d'Isabelle Richer

L'ingénieur Michel Lalonde admet avoir joué un rôle clé dans l'organisation de la collusion pratiquée par une douzaine de firmes de génie-conseil à Montréal entre 2004 et 2009. Le PDG de Génius Conseil, anciennement Groupe Séguin, dit avoir agi comme « porte-parole » de l'ex-argentier d'Union Montréal auprès des firmes de génie-conseil pour organiser le partage des contrats entre collusionnaires.

Bernard Trépanier, avec l'aval de Frank Zampino, ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, l'informait des projets d'infrastructure à venir à la Ville et ils décidaient ensemble du partage des contrats entre les firmes de génie-conseil collusionnaires, a dit M Lalonde à la commission Charbonneau.

« M. Trépanier me disait tel projet s'en vient, on a pensé à telle firme et telle firme. On s'entendait si ça avait du bon sens et, par la suite, je préparais un petit résumé. Je lui remettais et il remettait ça à qui de droit pour que ça suive son cours au niveau des comités de sélection par la suite. » — Michel Lalonde

Ses interlocuteurs dans les firmes de génies impliquées dans le système de collusion étaient Yves Cadotte de SNC-Lavalin, Rosaire Sauriol et Serge Duplessis de Dessau, Yves Théberge de CIMA, Pierre Asselin de Tecsult, François Perreault de Genivar, Bernard Poulin et Dany Moreau de SM, Charles Meunier de BPR, France Michaud de Roche, Sylvain Lacasse de Claulac, Normand Brousseau de HBA-Teknica et Jean Leroux de Leroux Beaudoin Hurens et associés. (Lundi, 28 janvier, M. Lalonde a ajouté à cette liste le nom de Jacques Grenier d'Axor).

« On avait à se parler si on voulait s'assurer de pouvoir bien partager les mandats et s'assurer de pouvoir rencontrer nos obligations face aux contributions politiques qu'on avait à faire », a expliqué M. Lalonde, après avoir émis un « oui » bien senti à la question de la commissaire pour savoir s'il y avait de la collusion.

M. Lalonde dit qu'au début, il ne savait pas à qui M. Trépanier remettait la liste qu'ils avaient élaborée ensemble pour que les comités de sélection soient avisés du choix des collusionnaires.

« M. Trépanier remettait la liste, je ne sais pas à qui, mais il me disait : "Bon, je vais voir M. Zampino et on s'occupe de ça'', donc je n'ai jamais su à qui la liste allait », a-t-il expliqué.

Puis, explique-t-il, par la suite, l'ex-grand patron de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal, « Robert Marcil, est intervenu dans le dossier parce qu'il était un peu responsable des comités de sélection ».

« Il était en mesure de pouvoir s'occuper des choix des membres du comité de sélection et de pouvoir acheminer l'information à qui de droit », a dit M. Lalonde.

« M. Trépanier m'avait dit : "Écoute, on s'occupe de M. Marcil''. Et il m'avait dit : "Écoute, d'après moi, probablement que ce sera environ 5000 $ par comité de sélection ou par événement''. » — 

Michel Lalonde reconnaît avoir lui-même donné en main propre de l'argent à Robert Marcil pour s'assurer d'un contrat dans l'est de Montréal. L'argent était destiné à un des membres du comité de sélection. Il s'agissait d'un contrat rue De Clichy, dans Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, accordé au Groupe Séguin en juillet 2009.

M. Lalonde précise que Bernard Trépanier a continué à jouer son rôle d'organisateur de la collusion même si, après 2006, il n'était plus officiellement l'argentier d'Union Montréal.

L'ingénieur Lalonde estime avoir donné en moyenne entre 50 000 $ et 100 000 $ par année à Union Montréal, entre 2004 et 2009.

Il poursuivra son témoignage lundi.

Union Montréal recevait une ristourne de 3 % sur les gros contrats

Mercredi, le PDG de Génius Conseil a confirmé que les contrats publics de la Ville de Montréal ont longtemps été gangrénés par un système de collusion qui profitait ultimement aux partis politiques.

Il a admis avoir lui-même contribué au financement des partis politiques avec de l'argent comptant, en gonflant les coûts de ses contrats municipaux.

Il a indiqué que l'ancien argentier du parti Union Montréal, Bernard Trépanier, lui avait demandé une première somme de 100 000 $ en 2004 pour financer la campagne électorale de 2005. Par la suite, M. Trépanier aurait demandé à Génius Conseil une ristourne de 3 % sur les grands projets.

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Selon Michel Lalonde, cette ristourne de 3 % était destinée à la caisse électorale du parti en prévision de l'élection municipale de novembre 2009. Michel Lalonde dit avoir fait son dernier versement de 3 % en 2009.

Après que Trépanier eut officiellement quitté ses fonctions d'argentier d'Union Montréal en 2006, Michel Lalonde pouvait aller payer la ristourne dans un local que Bernard Trépanier louait à Montréal, dans des restaurants, ou ailleurs. Le fait qu'il n'avait plus de fonctions officielles ne changeait strictement rien au stratagème, a affirmé Michel Lalonde.

Plus tôt, Michel Lalonde avait expliqué que des firmes de génie-conseil privées avaient intérêt à être « accommodantes » avec les entrepreneurs qui exécutaient leurs plans et devis et à leur accorder plus d'argent qu'ils n'en avaient réellement mérité pour leur travail.

L'entrepreneur qui profitait des largesses de la firme de génie renvoyait l'ascenseur en remettant 25 % de la somme obtenue en argent comptant à la firme de génie. Cet argent servait ensuite au financement des partis politiques, a affirmé Michel Lalonde, confirmant du coup des allégations déjà faites par l'entrepreneur Lino Zambito.

Michel Lalonde a aussi confirmé que le coût des contrats publics de la Ville de Montréal était gonflé de 25 % à 30 % en raison de l'effet de la collusion.

L'ingénieur a aussi confirmé l'identité de quelques firmes qui faisaient de la collusion pour les contrats d'égouts (Catcan, F. Catania, Garnier), d'asphaltage (Soter, Simard-Beaudry) et de trottoirs (Mivela, CSF, ATG).

Une partie de son témoignage à venir pourrait être frappée d'une ordonnance de non-publication.

La procureure du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a déposé une requête à ce sujet, ne veut pas que son témoignage portant sur les projets Fiche (Boisbriand) et Faufil (Faubourg Contrecoeur) soit du domaine public.

Un texte de Bernard Leduc

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