Il faut réinvestir dans les universités sur-le-champ, selon la CREPUQ

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Entrevue avec le ministre Pierre Duchesne sur la 3e rencontre préparatoire au sommet

Le problème du sous-financement des universités québécoises est si grave qu'il faut réinvestir sans tarder dans le réseau, avant de se pencher sur les manières dont les fonds sont dépensés, soutiennent les recteurs, tandis que les étudiants et les professeurs continuent d'affirmer que les fonds sont mal administrés.

Les deux visions continuent à s'opposer, vendredi, à l'Université de Sherbrooke, dans le cadre de la troisième rencontre préparatoire en vue du sommet sur l'éducation les 25 et 26 février.

Témoignant du désaccord persistant, une manifestation organisée par la Coalition opposée à la tarification des services publics a d'ailleurs eu lieu devant l'université où la rencontre se tenait. Une échauffourée s'est produite et les policiers ont barré les portes de l'édifice pour bloquer les manifestants qui tentaient d'entrer.

De l'autre côté des portes, les recteurs ont pris la parole pour dresser un tableau extrêmement sombre de la situation dans les universités. Ils affirment que la clientèle universitaire a augmenté de 30 % depuis 10 ans, alors que le corps enseignant, lui, n'a augmenté que de 19 %.

Cet écart fait en sorte que des postes de professeurs restent non-comblés, que le soutient à l'encadrement étudiant est réduit, que les collections des bibliothèques sont dégarnies et qu'il manque d'équipement de recherches, expose notamment Luce Samoisette, la présidente de la Conférence des recteurs des universités du Québec (CREPUQ).

« Il en résulte une lente et insidieuse dégradation de la qualité de la formation dont les conséquences ne seront ressenties qu'une fois les dommages faits. » — Luce Samoisette, présidente de la CREPUQ

Par ailleurs, l'écart entre le financement des universités québécoises et celles des autres provinces n'a cessé de se creuser au cours des 15 dernières années, ajoutent les recteurs. Dans une étude contestée publiée en début de semaine, la CREPUQ a évalué le niveau du sous-financement des universités du Québec à 850 millions de dollars.

Il est donc impératif d'investir, notamment pour procéder à l'embauche de quelque 1000 professeurs pour revenir au même ratio qu'en l'an 2000, plaide Mme Samoisette.

Menant leurs propres estimations, les étudiants comparent quant à eux la gestion des recteurs à « des bas troués ».

« Il y a énormément de transferts vers des fonds de fonctionnement - qui sont d'ailleurs en surplus avant les virements - qui pourraient être utilisés pour desservir leur mission première, c'est-à-dire l'enseignement, la recherche et les services aux étudiants. Il y a des choix qui sont faits et ce sont des choix politiques et non économiques », dit Martine Desjardins, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).

Des manifestants tentent d'entrer dans l'Université de Sherbrooke pendant la rencontre sur le financement des universités. Des manifestants tentent d'entrer dans l'Université de Sherbrooke pendant la rencontre sur le financement des universités.

Le ministre refuse de se prononcer

Pendant ce temps, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, demeure très prudent sur la question du sous-financement des universités, préférant parler de la nécessité de « bien définir les besoins ».

M. Duchesne refuse de se prononcer tant sur les chiffres de la CREPUQ qui évaluent le sous-financement à 850 millions que sur ceux de l'économiste Pierre Fortin qui parle plutôt de 300 millions.

Le ministre conçoit néanmoins que le nombre d'inscriptions dans les cégeps et les universités est effectivement en augmentation. « On est victime de notre succès », dit-il.

Une chose est sûre, selon le ministre, les associations étudiantes doivent accepter qu'elles doivent contribuer à l'enseignement par un effort financier. Toutefois, pour éviter les crises comme celle du printemps dernier, il faudra que cette contribution soit stable. D'autre part, il faudra aussi que les gestionnaires d'universités s'assurent que leurs états financiers soient standardisés pour permettre la reddition de compte.

Le pire des compressions encore à venir?

Le ministre, qui a déjà annoncé des compressions de 124 millions aux universités et qui a exposé jeudi que d'autres compressions pourraient être exigées, affirme aussi qu'il y aura dans le futur un réinvestissement de la part du gouvernement dans le réseau de l'enseignement. Mais il faut d'abord déterminer à quel rythme ce réinvestissement se fera, dit le ministre.

Interrogé quant à savoir si « le pire était à venir » concernant les compressions budgétaires qui pourraient encore être imposées aux universités, le ministre a simplement répondu que son gouvernement avait hérité d'une situation financière pénible avec un déficit deux fois plus élevé que prévu. « Le gouvernement de Pauline Marois est responsable, il doit faire face à ses responsabilités », a déclaré le Pierre Duchesne.

Facebook