Le dialogue avec les Autochtones se poursuivra au plus haut niveau

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Marc Godbout

La réunion entre les chefs autochtones et Stephen Harper s'est terminée vendredi par une promesse de se revoir. Le premier ministre, qui a changé son horaire pour assister à toute la rencontre de vendredi, s'est en effet engagé à rencontrer le chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Shawn Atleo, dans les prochaines semaines pour poursuivre les discussions.

Lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre, le député conservateur de Kenora, Greg Rickford, a qualifié les discussions entre M. Harper, plusieurs de ses ministres et une vingtaine de chefs autochtones, de franches. Il a aussi indiqué que le gouvernement avait accepté le principe selon lequel le dialogue entre les deux parties devrait se tenir au plus haut niveau.

M. Rickford a affirmé que le Conseil des ministres serait saisi de l'ensemble des discussions qu'il y a eu vendredi et qu'il superviserait les prochaines étapes du dialogue.

Les délégations ont participé vendredi à une séance plénière au cours de laquelle il a été question des traités ancestraux, des droits des Autochtones et du développement économique.

« La lutte est loin d'être terminée », dit Ghislain Picard

Selon Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, l'engagement du premier ministre en faveur de la poursuite du processus de dialogue au plus haut niveau est « un pas important », mais il a précisé que « la lutte est loin d'être terminée ».

« C'est un gouvernement qui n'aime pas être mis au défi. Mais ça a été fait par le geste posé par la chef Spence [la grève de la faim] et ça a été fait grâce au mouvement populaire Idle No More qui s'est manifesté de manière claire », a déclaré M. Picard.

Pour lui, qui a assisté à la rencontre, le fait que M. Harper assiste à la totalité de la réunion a contribué au rapprochement des deux parties.

Spence continue sa grève de la faim

La réunion convoquée la semaine dernière par le premier ministre à la suite des pressions autochtones, bien que fort attendue, a été boycottée par plusieurs chefs autochtones, dont Theresa Spence, de la communauté d'Attawapiskat, en grève de la faim depuis le 11 décembre. Elle a reçu l'appui des chefs de l'Ontario et du Manitoba qui réclamaient, eux aussi, la présence du gouverneur général, David Johnston, en tant que représentant de la Couronne britannique, signataire des traités.

La chef de la réserve d'Attawapiskat, Theresa Spence La chef de la réserve d'Attawapiskat, Theresa Spence

M. Johnston ne participait pas à la réunion entre le premier ministre et les chefs autochtones, mais il a accepté d'être l'hôte d'une cérémonie protocolaire à sa résidence vendredi soir.

Theresa Spence a accepté l'invitation. Après être restée peu de temps, elle est retournée dans le campement qu'elle occupe depuis le début de ses moyens de pression.

Son porte-parole, Danny Metatawabin, a indiqué que la chef n'avait pas l'impression que beaucoup avait été accompli lors de la rencontre entre les chefs et le premier ministre.

Il a confirmé que Theresa Spence continuerait sa grève de la faim.

M. Metatawabin a raconté qu'il était difficile pour eux de se rendre à la résidence du représentant de la reine. Par exemple, a-t-il raconté, un symbole autochtone traditionnel a été mal accroché.

Pour lui, la rencontre n'était qu'un « spectacle, une opportunité pour prendre des photos ».

Vers un partage

Dans une déclaration lue en matinée vendredi, la chef Spence a réitéré son appel pour l'amélioration des conditions de vie des communautés autochtones et le respect des traités signés avec la Couronne. Elle a rappelé aux Canadiens l'ouverture et l'esprit de partage avec lesquels les Autochtones ont accueilli et secouru les premiers colons européens qui se sont établis au Canada.

Selon Mme Spence, la présence du gouverneur général à la rencontre aurait été essentielle, car elle symbolise et rappelle l'importance des traités ancestraux signés à l'origine avec la Couronne et sur lesquels le gouvernement du Canada a juridiction aujourd'hui­.

Theresa Spence a rappelé du même souffle que ces traités, qu'Ottawa est responsable d'appliquer, ne cèdent pas pour autant au gouvernement canadien le contrôle total des ressources naturelles et des terres autochtones, mais en établissent plutôt le partage. Un partage qui se doit d'être sain et équitable, selon elle.

« Ce gouvernement nous a abusés, a violé nos terres et je suis surprise que la Couronne ait donné cette autorité au premier ministre. C'est avec la Couronne qu'on a traité, pas avec un premier ministre. Eux [la Couronne britannique], sont les gardiens du traité. » — Theresa Spence, chef de la réserve d'Attawapiskat
Synthèse des demandes autochtones

Encadrement politique :

- Suivi des dossiers assuré, entre autres, par la formation d'un comité du Cabinet distinct, doté d'un secrétariat au Conseil privé.

Traités :

  • Traités existants : processus de travail de haut niveau avec des représentants des nations signataires pour la mise en application;
  • Revoir la politique sur les revendications globales, la fonder sur la reconnaissance des droits inhérents plutôt que leur extinction;
  • Conformer à l'art. 35 de la Constitution toutes les lois, à commencer par les dispositions des lois budgétaires omnibus (les anciens projets de loi C-38 et C-45) qui touchent les territoires des Premières Nations;
  • Éliminer les lois qui ne font que « rafistoler » la Loi sur les Indiens.


Législation et économie :

- Ressources naturelles : appliquer les traités et revendications territoriales. Établir le cadre de gestion d'une gouvernance partagée pour l'exploitation et le partage des revenus;
- Garantir équité et durabilité des programmes et services destinés aux Premières Nations.

Social et éducation :

- Commission nationale d'enquête publique sur la violence à l'encontre des femmes et des filles autochtones;
- Garantir la présence d'une école par réserve.

Division des Autochtones

Une faction plus militante des représentants autochtones a estimé que le chef national, Shawn Atleo, s'était fait le complice du gouvernement en assistant à la rencontre dans ces conditions. Certains de ces militants pensent mettre en branle des moyens de pression accrus, tels que des blocages de routes et de chemins de fer, le 16 janvier. Ils menacent également les investisseurs qui auraient des visées sur des territoires contestés.

Pour sa part, Shawn Atleo a l'appui de plusieurs chefs de l'est du pays. Le chef régional de la Nouvelle-Écosse, Morley Googoo, soutient que c'est Theresa Spence qui devrait démissionner plutôt que de causer le chaos et la division au sein des Premières Nations.

Outre le boycottage de la rencontre par certains chefs autochtones, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes du pays, dans le cadre du mouvement Idle No More (La passivité, c'est fini).

Des rassemblements ont eu lieu un peu partout au Canada. Le plus important, à Ottawa, s'est déroulé sur l'île Victoria, où la chef Spence campe depuishttp://scoop.radio-canada.ca/Content/images/pixel.gif le début de sa grève de la faim.