Sida : sur les traces d’une pandémie

Un médicament préventif contre le VIH prescrit sans l'aval de Santé Canada

Comprimés de Truvada Comprimés de Truvada  Photo :  AFP/JUSTIN SULLIVAN

Des chercheurs québécois s'apprêtent à tester l'efficacité d'un médicament préventif contre le sida sur une centaine d'hommes homosexuels de Montréal. La recherche devrait débuter au cours des prochaines semaines, mais certains médecins prescrivent déjà le médicament, sans attendre le feu vert de Santé Canada.

L'antirétroviral Truvada est autorisé au Canada, mais seulement pour traiter les patients séropositifs. La Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) rembourse pourtant, sans le savoir, des personnes en santé qui reçoivent le médicament à titre préventif.

Le Dr Réjean Thomas, qui le prescrit dans certains cas, cite en exemple « un patient dont le partenaire est séropositif et [qui] ne veut pas commencer un traitement ». « Même si mon patient est prudent sexuellement, il est très inquiet, [car] un condom, ça se brise », explique-t-il.

De plus en plus demandé, le Truvada a été autorisé aux États-Unis en juillet dernier. Des études, menées ailleurs dans le monde, démontrent que le médicament permet de réduire de 44 % le risque d'infection chez les hommes gais en santé.

« Ce n'est pas totalement clair dans notre tête, les patients sont un peu embêtés, nous aussi. Et en même temps, on ressent comme une responsabilité, car on a des données scientifiques. » — Dr Réjean Thomas

« Ce sont des situations où on considère que notre patient est à risque très élevé de contracter [le VIH] et on pense que c'est temporaire. On pense à ce moment-là que c'est préférable de le traiter que de ne pas le traiter », précise le Dr Thomas.

Pour les partisans du Truvada, c'est un peu comme la ceinture et les bretelles : une sécurité qui s'ajoute au préservatif et aux tests de dépistages. Mais pour le moment, ce traitement coûte plus de 15 000 $ par année, car il doit être suivi tous les jours.

C'est l'infectiologue du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), Cécile Tremblay, qui mènera la recherche pour vérifier si le médicament peut être pris occasionnellement au Québec.

« Notre hypothèse, c'est que ça risque d'être plus efficace, parce qu'en administrant le médicament avant et pendant la période d'activité sexuelle, on est sûr d'avoir les concentrations sanguines suffisantes pour protéger », souligne-t-elle.

Les chercheurs espèrent toutefois que les personnes à risque ne délaisseront pas le condom en pensant avoir trouvé la pilule miracle.

  • 7000 Québécois ont contracté le VIH depuis 10 ans;
  • Plus de la moitié d'entre eux sont homosexuels;
  • 25 % des séropositifs québécois ignorent qu'ils sont atteints de la maladie

La Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis a approuvé la mise sur le marché de l'antirétroviral Truvada le 16 juillet 2012. Les autorités américaines disaient y voir une étape importante dans la lutte contre le VIH. Leur objectif est de réduire le nombre des nouvelles infections de 25 % d'ici 2015 aux États-Unis, où 50 000 adultes et adolescents reçoivent un diagnostic d'infection par le VIH chaque année malgré la prévention, l'éducation et le dépistage.

Avec les informations de Thomas Gerbet

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