La commission Charbonneau

La commission Charbonneau enquêtera sur le cadeau de Catania à un surveillant de chantier

Le surveillant de chantier François Thériault, pendant son témoignage à la commission Charbonneau Le surveillant de chantier François Thériault, pendant son témoignage à la commission Charbonneau

Le porte-parole de la commission Charbonneau, Richard Bourdon, a confirmé vendredi l'ouverture d'une enquête, au lendemain de la diffusion du reportage de Marie-Maude Denis sur les liens entre le surveillant de chantier François Thériault et l'entrepreneur Paolo Catania.

Radio-Canada a appris que ce surveillant de chantier de la Ville de Montréal a reçu un gros cadeau de l'entrepreneur Paolo Catania, de l'entreprise Catcan. Il a profité d'un rabais de 30 000 $ sur sa maison, construite sur les terrains de M. Catania. Un cadeau reçu pendant la période où il surveillait un chantier de cette entreprise.

À la commission Charbonneau, le 15 novembre, François Thériault a admis avoir reçu quelques bouteilles de vin et des billets de hockey de la part d'entrepreneurs en construction. Le procureur Simon Tremblay lui a demandé : « Cela fait le tour des avantages que vous avez touchés? » « Oui », a répondu le surveillant de chantier après une seconde d'hésitation.

Pas un mot sur sa maison de Laval, achetée bien en dessous de la valeur marchande. Une enquête de Radio-Canada démontre qu'en 2007, François Thériault a acheté une maison neuve construite sur des terrains qui venaient d'être vendus par Paolo Catania, de l'entreprise Catcan, à une petite entreprise familiale de construction de maisons neuves, Jacques Cloutier et fils.

En août 2006, Jacques Cloutier, fondateur de Cloutier et fils, a reçu une offre de Catcan, une proposition qui semble tout à fait banale à l'époque. « Il m'avait dit que pour un de ses grands amis, il était pour me baisser le terrain, me le faire moins cher que le coût initial du terrain. De 30 000 $ », raconte Jacques Cloutier.

À ce moment, M. Cloutier vend donc la maison 30 000 $ moins cher à François Thériault, dont il ignore qu'il surveille des chantiers de M. Catania.

Pendant la même période, Catcan obtient un contrat d'égouts de plus de 5 millions de dollars, chemin Queen-Mary, à Montréal. Le chantier, qui débute le 13 septembre 2006, sera surveillé par François Thériault.

À la commission Charbonneau, l'ingénieur Gilles Surprenant, qui a admis avoir reçu un pot-de-vin de 15 000 $ en lien avec ce projet, a déclaré que ce chantier a généré près d'un demi-million de dollars faux extras.

« Qui était impliqué dans ces faux extras? », a demandé le commissaire Renaud Lachance. « Pour les drains, il y avait M. François Thériault. Pour les chambres d'utilité, c'était François Thériault aussi », a déclaré Gilles Surprenant.

François Thériault a aussi été mis en cause en octobre par l'ex-propriétaire d'Infrabec, Lino Zambito. Ce dernier avait déclaré sous serment que Thériault touchait un pot-de-vin équivalant à 15 % des faux extras sur ses chantiers.

François Thériault avait démenti les allégations de Zambito. Au téléphone, il a également nié avoir été impliqué dans un stratagème de faux extras dans le cadre du projet du chemin Queen-Mary.

En réponse à nos questions au sujet de sa maison, il nous a dit ignorer que M. Catania possédait les terrains. Il soutient qu'il a demandé un rabais à Jacques Cloutier et fils et que l'entreprise le lui a consenti. Sébastien Cloutier, président de l'entreprise fondée par son père, dit que c'est absolument faux et que cette explication ne tient pas debout. « Nous, même si on n'a rien fait de mal, on se retrouve pris dans cette histoire-là, alors c'est pour ça qu'on a décidé de parler. »

Le président de Catcan, Tony Catania, nous a dit ignorer cet arrangement et nous a renvoyés à son fils Paolo, qui ne nous a pas rappelés.

En théorie, un mensonge sous serment fait devant la commission Charbonneau est passible d'accusations de parjure. Ce que les enquêteurs de la commission devront déterminer, c'est si François Thériault a sciemment omis de parler de ce rabais sur sa maison.

Avec les informations de Marie-Maude Denis

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