Des centres de visites supervisées engagent des intervenants non qualifiés

Un centre offrant des visites supervisées filmé par une caméra cachée Un centre offrant des visites supervisées filmé par une caméra cachée

Exclusif - Des milliers de parents québécois, qui n'ont plus la garde de leurs enfants, ne sont autorisés à avoir un contact avec eux que sous surveillance. Mais qui les surveille? L'émission Enquête a constaté que, dans un centre montréalais offrant des visites supervisées, il est facile de s'improviser intervenant.

Une journaliste qui s'est présentée à la Maison de la famille Pierre Bienvenu Noailles, à Montréal, avec son expérience de mère de famille et un diplôme de 5e secondaire comme seules qualifications, a été engagée comme bénévole. Après une formation d'une heure, elle a pu superviser des rencontres et rédiger des rapports qui ont ensuite été soumis aux travailleurs sociaux et aux juges.

Pourtant, le guide du ministère de la Famille et des Aînés encadre bien le travail des intervenants. Il y est notamment précisé qu'ils doivent détenir un diplôme d'études collégiales spécialisé ou une expérience pertinente.

Mais à la maison Pierre Bienvenu Noailles, l'un des trois centres montréalais qui offraient ce service, c'étaient presque toujours des bénévoles, sans expérience ni formation adéquate, qui supervisaient les visites.

Peu après le tournage du reportage, à la suite de la plainte d'un parent, ses contrats de supervision ont été résiliés par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Bordeaux-Cartierville.

Des services inégaux

Il y a 35 centres qui offrent ce type de service au Québec. La formation des intervenants, la qualité et le coût des services varient énormément d'un endroit à l'autre. De plus, dans certaines régions, comme Lanaudière, l'Abitibi et le Nord-du-Québec, ce service est inexistant.

Dans d'autres régions, le service est irréprochable. Les intervenants reçoivent une formation adéquate, ils rédigent des rapports détaillés et professionnels et les lieux sont sécuritaires.

Le problème majeur est que le programme est supervisé par trois ministères : celui de la Justice, qui réfère les familles, celui de la Famille, qui le finance partiellement, et celui de la Santé, qui apporte aussi du financement en plus de gérer les relations avec les organismes offrant la supervision. En outre, le budget dont ils disposent n'est que de 1 million de dollars. En Ontario, un service semblable dispose d'un budget de 8 millions de dollars.

Cette anarchie a des conséquences qui peuvent être lourdes dans la vie de parents et d'enfants déjà vulnérables.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, promet de se pencher sur le sujet.

Le reportage de Pasquale Turbide sera diffusé jeudi à 21 h dans le cadre de l'émission Enquête, à la télévision de Radio-Canada.

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