La commission Charbonneau

Financement illégal : Gérald Tremblay ne voulait pas le savoir

François Messier
Radio-Canada
Le reportage de Catherine Kovacs

Le maire de Montréal Gérald Tremblay a été informé que son parti pratiquait une double comptabilité lors d'élections partielles organisées en décembre 2004 dans l'arrondissement de Saint-Laurent, a raconté un ex-organisateur politique du parti Union Montréal devant la commission Charbonneau.

Martin Dumont a affirmé à la commission qu'il était mécontent de ne pas être tenu au courant des dépenses électorales faites par le parti dans le cadre de ces élections, organisées à la suite des départs des conseillers Irving Grundman et René Dussault. M. Dumont organisait la campagne, mais ne s'occupait pas du financement, qui relevait de Bernard Trépanier.

Deux semaines avant l'élection, Martin Dumont dit s'être plaint de la situation et avoir demandé une rencontre avec l'agent officiel du parti, Marc Deschamps.

C'est lors de cette rencontre avec M. Deschamps, en présence du maire Gérald Tremblay, qu'il a appris l'existence d'une double comptabilité.

« À cette rencontre là, dans mon bureau et à portes fermées, en bon français j'ai pété une coche. J'ai dit : "je ne sais pas ce qui se passe, vous ne me mettez pas au courant du financement, il y a des téléphonistes que je sais rémunérées qui ne se présentent même pas à moi, mais directement à M. Trépanier [...] Je veux savoir ce qui se passe, est-ce qu'on [...] risque de dépasser le budget électoral?'' À ce moment-là, l'agent officiel m'a sorti un document imprimé [...] et c'était deux budgets. Et c'est là qu'il m'a dit : "Mais Martin, c'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux de campagne" [...] Dans le premier, le budget officiel, on était rendu à 43 000 $ et dans le deuxième, dit le budget officieux, on était rendu à 90 000 $ ».

« Quand M. Deschamps a sorti la feuille [...], c'est à ce moment que le maire de Montréal Gérald Tremblay s'est levé et a dit : "moi j'ai pas à savoir ça". Il a quitté, il est parti et il a fermé la porte en sortant. » — Témoignage de Martin Dumont

Selon M. Dumont, le maire n'était donc pas dans la pièce lorsque les montants ont été évoqués. Il affirme que le plafond de dépenses électorales avait été fixé à 46 000 $ pour ces élections partielles.

Selon le témoin, Bernard Trépanier lui a confirmé ultérieurement que le parti avait dépensé 110 000 $ au terme de l'exercice.

Il affirme par ailleurs que dans la double comptabilité que Marc Deschamps lui avait montrée, le montant versé aux téléphonistes était officiellement de 5000 $, mais dans le budget officieux, c'était 18 000 $ ou 19 000 $.

L'agent officiel Marc Deschamps en bref

Marc Deschamps, alors qu'il était à la CAQMarc Deschamps était jusqu'au début août 2012 l'agent officiel de la Coalition avenir Québec (CAQ), et à ce titre, celui qui autorisait toutes les dépenses électorales. Il a quitté cette fonction alors que s'amorçait la campagne électorale afin de ne pas nuire à la CAQ, en raison d'allégations à son endroit en lien avec le scandale du Faubourg Contrecoeur.

M. Deschamps a fait partie du comité de sélection qui a choisi la firme controversée Construction Frank Catania pour le projet immobilier du Faubourg Contrecoeur, à l'époque où il occupait des fonctions officielles au sein d'Union Montréal.

M. Deschamps a aussi été par le passé l'agent officiel du ministre libéral Raymond Bachand avant de rejoindre la CAQ.
L'avocat Michel Dorval demande à la commission d'entendre le maire de Montréal, Gérald Tremblay

Union Montréal veut faire entendre le maire Tremblay

Dans une déclaration en fin d'après-midi, l'avocat du parti du maire de Montréal, Me Michel Dorval, a dit souhaiter que Gérald Tremblay témoigne rapidement devant la commission afin de rectifier certains faits avancés mardi par l'ex-organisateur d'Union Montréal Martin Dumont.

Me Dorval a également annoncé avoir demandé au procureur en chef de la commission de convoquer le contrôleur de la ville et l'agent officiel d'Union Montréal, Marc Deschamps. Me Dorval affirme que les trois hommes seront à même de rétablir la vérité.

« Il appartient au procureur-chef de faire des entrevues avec ces gens-là et de décider s'il les fait passer ou non devant la commission. Nous souhaitons ardemment que ces gens puissent s'expliquer très rapidement. [...] Je pense qu'il est important, dans une démocratie comme la nôtre, que quelqu'un qui est attaqué comme ça puisse rapidement expliquer les choses et dédire ce qui a été dit » a déclaré Me Dorval.

Plus tôt, Me Dorval avait soutenu que le procureur de la commission Claude Chartrand prenait cette demande très au sérieux. Il a laissé entendre que la commission serait responsable d'une « crise politique » si elle refusait d'entendre les témoins proposés.

Le témoignage de Martin Dumont s'est poursuivi mardi alors que le maire Tremblay présentait son budget 2013.

« Tout ce que je peux vous dire, c'est que c'est totalement faux » a réagi le maire, lorsqu'il a été confronté aux propos de M. Dumont en conférence de presse.

« Je ne peux pas tous les jours répondre à ces questions. Je vais continuer à gérer la Ville de Montréal dans le meilleur intérêt des citoyens. Alors si vous continuez sur ce sujet, je ne vous répondrai plus », a-t-il lancé.

Relisez notre couverture en direct :

Lors de son témoignage à la commission Charbonneau, Lino Zambito a soutenu qu'Union Montréal percevait 3 % de la valeur des contrats truqués accordés par la Ville entre 2005 et 2009.

L'ingénieur à la retraite Gilles Surprenant a plutôt évoqué qu'une tranche de 3 % était destinée au comité exécutif de la Ville de Montréal.

Lundi matin, un ex-partenaire d'affaires de Paolo Catania, Elio Pagliarulo, a affirmé que l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal Frank Zampino a reçu des pots-de-vin totalisant 555 000 $ dans le cadre de ce scandale financier.

Vous pouvez suivre en direct sur ce site le journaliste François Messier @MessierSRC qui assiste aux travaux de la commission Charbonneau.

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