Crise attikamek : l'industrie forestière de la Haute-Mauricie lance un cri du coeur

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Un barrage en Haute-Mauricie Un barrage en Haute-Mauricie

Pendant que les dirigeants attikameks tentent de s'entendre avec Québec, l'industrie forestière de la Haute-Mauricie lance un cri du coeur. Un représentant s'est adressé aux médias lundi à La Tuque au nom des travailleurs et de différentes entreprises.

L'industrie rappelle que plus de 300 employés sont sans travail depuis deux semaines en raison des moyens de pression des Attikameks. Les dirigeants craignent même de voir certaines scieries fermer leurs portes si les barrages sont de nouveau mis en place dans les chemins forestiers.

L'industrie forestière croit que le conflit doit se régler et demande au gouvernement du Québec de négocier avec les dirigeants attikameks. Les entreprises auraient déjà fait rédiger des injonctions, mais préfèrent attendre avant de les déposer.

Rencontre au sommet

De leur côté, les représentants de la nation autochtone attikamek ont présenté lundi après-midi un projet d'entente au gouvernement du Québec lors d'une rencontre à La Tuque.

Deux hauts fonctionnaires ont rencontré l'émissaire nommé par les Attikameks. Québec doit donner sa réponse d'ici mardi après-midi.

Le contenu du projet d'entente n'a pas été divulgué. Depuis le début, les Attikameks exigent entre autres l'établissement d'une formule de cogestion du territoire et la mise en place de mécanismes de redevances sur l'exploitation des ressources naturelles.

Leur plus récent coup d'éclat est le barrage, depuis le 25 juin dernier, d'une partie des activités forestières de la compagnie Kruger et d'autres compagnies privées. Les autochtones bloquent le passage sur leur territoire des camions qui transportent du bois.

Depuis vendredi soir, les Attikameks ont accepté de lever certains de leurs barrages en Haute-Mauricie. Seuls ceux de Wemotaci ont été maintenus.

Les résidants des réserves attikameks de Wemotaci, Manawan et Opitciwan espèrent arriver à une entente de principe avec le gouvernement d'ici le 30 août prochain.

Le choc des visions

En langue attikamek, « notcimik » désigne la forêt, mais signifie également « là d'où je viens », une polysémie qui traduit l'importance de la relation qu'entretient cette nation avec son territoire traditionnel, son « nitaskinan » comme elle l'appelle.

Des dirigeants attikameks Des dirigeants attikameks

Ainsi, selon le professeur de politique forestière à l'Université Laval Luc Bouthillier, la rencontre pourrait bien se résumer en une confrontation de la « vision tas de bois » de l'industrie et de la « vision identitaire » des Attikameks, qui tentent d'obtenir une entente avec le gouvernement québécois depuis plus de 30 ans.

Selon M. Bouthillier, qui a consacré de nombreuses études à la situation autochtone dans la province, il s'agit d'une sorte de cri du coeur. Il observe que les « 30 ans de patience » des Attikameks ne se sont pas « traduits par des avancées significatives », surtout en comparaison avec d'autres nations autochtones, notamment les Cris, à qui la Convention de la baie James et du Nord québécois et la paix des Braves ont permis d'importantes avancées sur le plan économique.

« La situation des Attikameks est sûrement celle qui progresse le moins au Québec. » — Luc Bouthillier, professeur de politique forestière à l'Université Laval

Depuis leurs réserves, les Attikameks, qui ont moins de 30 ans en forte majorité, sont bien au fait du mode de vie québécois, cette manière de vivre « euro-Américaine », comme l'appelle M. Bouthillier. « Ils sont bien conscients du fossé qui sépare ces deux modes de vie, et il en ont assez. C'est pour ça qu'ils ont fini par bloquer la route. »

La Loi québécoise sur l'aménagement durable du territoire forestier de 2010 rend obligatoires la consultation et « l'accommodement » des peuples autochtones avant l'attribution d'un permis. Elle découle de jugements rendus en 2004 par la Cour suprême du Canada dans les affaires qui opposaient les communautés Haïda et Tlingit de Taku River au gouvernement de la Colombie-Britannique.

Selon M. Bouthillier, toutefois, ces dispositions sont bien difficiles à appliquer correctement. « Dans les trois communautés attikameks, il n'y a même pas 20 % des gens qui ont terminé leur secondaire. Pour dialoguer d'égal à égal dans une perspective très technique, disons qu'il y a un grand pas à franchir », explique-t-il.

« La sortie de crise arrivera lorsqu'on aura déployé des moyens financiers et techniques pour développer les capacités humaines et techniques dont les Attikameks ont besoin pour bien profiter du territoire et bien défendre leur point de vue, » conclut M. Bouthillier.

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