Manifestations étudiantes : le salut nazi doit cesser, disent des groupes juifs

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
À Montréal, des manifestants font le salut hitlérien devant les policiers anti-émeute du SPVM qui surveillent les quartiers généraux de la Sûreté du Québec. À Montréal, des manifestants font le salut hitlérien devant les policiers anti-émeute du SPVM qui surveillent les quartiers généraux de la Sûreté du Québec (21 mai 2012).  Photo :  PC/Peter McCabe

Des groupes juifs déplorent l'utilisation du salut nazi durant certaines manifestations étudiantes contre la hausse des droits de scolarité et estiment qu'il doit cesser. Leur appel a trouvé un écho du côté des représentants étudiants.

Pour dénoncer la brutalité des interventions du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), certains manifestants ont eu recours au salut controversé lors de rassemblements. Ils ont d'ailleurs surnommé « SSPVM » le service de police montréalais, en référence à l'organisation paramilitaire nazie. Des pamphlets contre les policiers arborant des croix gammées ont également été distribués.

Dans un communiqué émis mardi, B'nai Brith Canada a estimé que, même si elle a pour but d'insulter les policiers et non d'exprimer leur soutien au nazisme, la reprise de symboles du régime hitlérien constitue une injure à la mémoire de ceux qui sont morts durant l'Holocauste, des survivants et de ceux qui se sont battus contre les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.

« Nous condamnons vivement cet inexcusable étalage de haine lors des manifestations étudiantes au Québec qui a scandalisé la communauté juive et montre à quel point le débat public dans les rues de Montréal est tombé bas », a déclaré le chef de la direction du groupe, Frank Dimant, dans le communiqué.

« Les gestes des manifestants, qu'ils visent à insulter la police ou à attirer l'attention sur leur cause, constituent une injure à la mémoire des victimes de l'Holocauste et rappellent avec quelle rapidité l'antisémitisme et la haine peuvent se retrouver sur la place publique. » — Extrait du communiqué de B'nai Brith Canada

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes reconnaît aussi que ce geste ne traduit pas de l'antisémitisme ou du nazisme. Selon son porte-parole, David Ouellette, cela relève plutôt « d'un manque de connaissance de l'histoire et surtout de la rhétorique exagérée et hyperbolique qui caractérise ce conflit depuis plusieurs mois ».

Le Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal abonde dans le même sens. « Le geste est choquant parce que nous sommes des historiens et que nous savons qu'il ne s'agit pas du même contexte historique ou politique », a expliqué sa porte-parole, Audrey Licop. « Mais le problème est que son utilisation constitue un profond manque de respect pour les victimes du nazisme et le génocide des juifs durant la Seconde Guerre mondiale », dit-elle. Le salut hitlérien était utilisé par les nazis dans les années 1930 et obligatoire pour tous les citoyens de l'Allemagne nazie, rappelle-t-elle.

La reprise de symboles nazis n'est pas uniquement dénoncée par les associations juives. Sur son compte Twitter, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) a elle aussi demandé que ces gestes ne soient pas repris.

« Même s'il s'agit de blagues, les références aux nazis lors des manifestations doivent cesser. » — Message émis par la CLASSE sur Twitter

La Fédération des étudiants universitaires du Québec (FEUQ) a aussi manifesté son inconfort. La présidente de l'association, Martine Desjardins, a communiqué directement avec le B'nai Brith. « Je leur ai dit que pour nous, ça ne représentait pas les valeurs québécoises et canadiennes et nous pensons, effectivement, qu'il s'agit d'une erreur de jugement que d'avoir utilisé ce signe », dit-elle.