Le SPVM rejette les allégations de profilage politique

Victimes de profilage? Le reportage de Marie-Claude Guay

Le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, dément que les policiers se soient livrés à du profilage politique lors des opérations menées dans le cadre de la fin de semaine du Grand Prix de formule 1.

En conférence de presse lundi, M. Parent a assuré que les 34 arrestations faites par les policiers, le refus imposé à 50 personnes d'accéder au métro et les fouilles policières étaient « ciblés » et effectués sur la base des comportements douteux des individus interpellés.

Le chef de police, qui n'a pas commenté de cas précis, nie tout profilage basé sur le port du carré rouge. Certaines personnes qui n'arboraient pas le carré rouge ont été interpellées; d'autres qui le portaient n'ont pas été apostrophées et ont pu se rendre au parc Jean-Drapeau sans être inquiétées, affirme-t-il.

« Je n'associe pas le carré rouge à la violence ou à des comportements qui sont inacceptables. Ça n'a rien à voir. Ça n'a absolument rien à voir. On peut arborer ce qu'on veut. » — Le chef du SPVM Marc Parent

Marc Parent explique par ailleurs que la journée de dimanche faisait tout particulièrement l'objet de menaces de perturbation et que les policiers étaient en état d'alerte à cette occasion. Les policiers appréhendaient l'exécution de menaces telles que la congestion forcée du métro, la perturbation du Grand Prix et la propagation d'un sentiment d'insécurité.

M. Parent déplore par ailleurs l'image de la police dépeinte dans le cadre du conflit étudiant, alors que « 80 % de notre travail, c'est de la répression ». Il se dit très fier de ses troupes, qui sont toujours « sur la ligne fine » entre le droit de manifester et le souci d'assurer la sécurité des citoyens. « C'est extrêmement complexe ce qu'on leur demande », dit-il.

Les arrestations « préventives » et l'expulsion de personnes du parc Jean-Drapeau font l'objet de critiques, lundi.

Gabriel Nadeau-Dubois brandit son carré rouge en affirmant que ce symbole ne représente pas un danger. Gabriel Nadeau-Dubois brandit son carré rouge en affirmant que ce symbole ne représente pas un danger.

La CLASSE veut une enquête indépendante sur les arrestations préventives

En réaction aux arrestations préventives de la fin de semaine, la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) demande à la Commission des droits de la personne du Québec de se pencher sur la question du profilage politique depuis le début du conflit étudiant au Québec.

La CLASSE dit avoir reçu une centaine de témoignages de personnes qui affirment avoir été victimes de fouilles policières arbitraires. Selon l'association étudiante, ce sont essentiellement les personnes de moins de 20 ans et les personnes qui portaient un carré rouge qui ont été interpellées par les policiers pendant le Grand Prix de formule 1, ce qui constitue du profilage politique, d'après elle.

« Quelqu'un qui porte un carré rouge, ce n'est pas dangereux. C'est un bout de feutre. » — Gabriel Nadeau-Dubois

La CLASSE dénonce une « criminalisation des mouvements sociaux », rappelant les injonctions à l'époque de la grève dans les cégeps et universités ou l'utilisation de dispositions antiterroristes pour accuser des étudiants. « Ce contexte est très inquiétant pour la démocratie du Québec, pour la liberté d'expression de tous les Québécois et Québécoises », estime le porte-parole de la CLASSE Gabriel Nadeau-Dubois.

Plusieurs ministres, dit encore M. Gabriel Nadeau-Dubois, se sont par ailleurs permis d'associer le carré rouge à l'intimidation et à la violence.

M. Nadeau-Dubois reproche au gouvernement de Jean Charest de transformer le conflit politique en conflit juridique et l'accuse d'en sous-traiter le règlement aux policiers et aux tribunaux.

La nouvelle porte-parole de la CLASSE, Camille Robert, explique que l'association étudiante ne veut pas attendre l'issue de processus déontologiques « assez longs et individuels » pour demander une réponse aux critiques formulées envers le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). « Nous ce que l'on veut, c'est une enquête publique qui pose la question de l'ensemble des interventions policières qu'il y a eu dans le courant de la grève ».