Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Conflit étudiant : Nadeau-Dubois longuement interrogé par la SQ

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Exclusif - Des enquêteurs de la division sur la menace extrémiste de la Sûreté du Québec (SQ) ont longuement interrogé le coporte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois, le 27 avril dernier.

Ceci survenait la même semaine où le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, affirmait que Gabriel Nadeau-Dubois incitait à la violence.

Il a été convoqué par la SQ et enfermé dans une pièce.

« La sortie de la salle m'était bloquée par un deuxième enquêteur qui était adossé à la porte. Je n'avais pas vraiment moyen de m'en tirer. J'ai répondu aux questions honnêtement, mais de manière plutôt vague », raconte-t-il.

« On m'a essentiellement posé des questions sur le mouvement étudiant, sur la CLASSE, sur les actions, on m'a nommé des groupes qui sont actifs sur les réseaux sociaux pour savoir si je les connaissais, si j'avais de l'information », poursuit-il.

La division des enquêtes sur la menace extrémiste l'a interrogé pendant près de 80 minutes.

« Un des premiers éléments dont l'enquêteuse m'a parlé au début de la rencontre est qu'on me rencontrait à la suite d'une demande du ministre de la Sécurité publique, M. Dutil, qui se questionnait, disait-elle, sur la raison pour laquelle la Sûreté du Québec ne s'impliquait pas davantage dans le conflit étudiant », dit-il.

Mis au courant de ces propos, l'attaché politique de Robert Dutil a répondu que ni le ministre ni son cabinet ne s'ingèrent dans les opérations policières.

« L'impression que ça m'a laissé, c'est qu'il y avait une commande politique pour que la Sûreté du Québec s'implique. » — Gabriel Nadeau-Dubois

Radio-Canada a parlé à l'enquêteuse qui a interrogé Gabriel Nadeau-Dubois. Elle affirme ne pas se souvenir de lui avoir parlé, mais confirme avoir rencontré plusieurs autres étudiants.

« Chaque jour, il y a des milliers de rencontres qui sont faites par les policiers pour différents motifs. Et tant qu'une personne n'est pas accusée, ça peut être une personne d'intérêt qui a été rencontrée une première fois, qui devient suspecte une deuxième fois et qui est accusée en troisième lieu. La commande ne peut pas venir du politique. C'est une question d'enquête, de sécurité », affirme Mathias Tellier, ex-enquêteur de la SQ et analyste en intervention policière.

La SQ n'est pas seule à enquêter sur les étudiants. Le Service de police de la Ville Montréal s'était doté à cet effet de l'escouade Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes (GAMMA). La CLASSE et son porte-parole ont dénoncé cette escouade.

Du côté de la Fédération étudiante collégiale (FECQ) et de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), on affirme n'avoir jamais été convoqué par les policiers. La SQ dit qu'elle n'accordera aucune entrevue sur les raisons pour lesquelles Gabriel Nadeau-Dubois a été interrogé.

D'après le reportage de Louis-Philippe Ouimet

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