Échange de cadeaux entre Tony Accurso et un dirigeant de la FTQ

Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée, ex-président de la FTQ-Construction

Exclusif - Radio-Canada a appris que des dirigeants de la Fédération des travailleurs du Québec et du Fonds de solidarité FTQ ont accompagné l'entrepreneur en construction Tony Accurso dans des cures de jeûne pouvant coûter jusqu'à 5000 $ par semaine, dans un luxueux centre de santé en Allemagne.

Dans une rare entrevue à Radio-Canada, l'ex-président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, qui a aussi été un membre très influent du conseil d'administration du Fonds de solidarité jusqu'en 2009, affirme qu'il ne regrette pas ces cadeaux ni sa relation d'amitié très étroite avec Tony Accurso.

Le reportage d'Alain Gravel

Au cours de l'entrevue, M. Lavallée confirme qu'il est allé « plusieurs fois » sur le luxueux bateau de l'entrepreneur, le Touch, et qu'il est allé en Allemagne faire des cures « pour maigrir ». Il décrit ces cures comme étant « boire de l'eau » seulement, et affirme qu'elles permettaient de perdre 10 à 12 livres (4,5 à 5,5 kilos) par semaine.

Jean Lavallée ne voit aucun conflit d'intérêts, même lorsque ces cures étaient payées par Tony Accurso, alors que M. Lavallée dirigeait le plus gros syndicat du secteur de la construction et qu'il devait approuver des investissements du Fonds de solidarité FTQ dans des projets soumis par son ami Accurso.

M. Lavallée ajoute qu'il a lui-même fait « des cadeaux » à Tony Accurso « pour le remercier ». « Je n'ai pas à te dire ce que je lui ai donné, mais je lui ai donné des cadeaux. Je lui ai fait des cadeaux qui compensaient pour ce qu'il me faisait, mais c'était en tant qu'ami », a déclaré Jean Lavallée au journaliste Alain Gravel.

Radio-Canada a appris qu'un autre membre influent de la FTQ et du Fonds de solidarité, Louis Bolduc, des Travailleurs unis de l'alimentation, est lui aussi allé au centre de jeûne thérapeutique allemand en 2007. Il accompagnait M. Accurso. Sa femme, Guylaine Morneau, une cadre du Fonds de solidarité, était aussi présente. M. Bolduc aussi estime ne pas s'être placé en situation de conflit d'intérêts.

Selon ce que Radio-Canada a appris, Tony Accurso a aussi invité Michel Arsenault à l'accompagner en Allemagne en 2009. M. Arsenault n'y est finalement pas allé. C'était à l'époque du scandale sur sa présence sur le Touch. M. Arsenault nie avoir reçu cette invitation.

Les policiers de la Sûreté du Québec, qui ont enquêté notamment sur le Fonds de solidarité et la FTQ-Construction dans le cadre du projet Diligence, connaissaient ces informations. Une enquête qui s'est terminée abruptement, au grand mécontentement de certains d'entre eux.

D'après un reportage d'Alain Gravel

Réaction anticipée du Fonds de solidarité

Dans un communiqué publié avant la diffusion du reportage, mardi, le Fonds de solidarité FTQ indique qu'il était au courant depuis longtemps des vacances qu'avait prises Louis Bolduc avec sa conjointe, en compagnie de Tony Accurso.

« Il y a près de trois ans, le Fonds a amélioré ses règles d'éthique et de gouvernance. J'ai bien compris que pour le public, la frontière était mince entre la perception d'un geste personnel et la réalité du travail. Notre devoir de réserve et de prudence en tant qu'administrateur est, je l'ai bien compris, fondamental afin de ne laisser planer aucune perception négative dans le public quant au respect de mes devoirs », déclare M. Bolduc dans le communiqué.

De son côté, le président du conseil d'administration du Fonds de solidarité FTQ, Michel Arsenault, « réitère sa confiance en M. Louis Bolduc ». Il dit aussi « qu'il n'a jamais été invité à participer à cesdites vacances ». « Avec les critiques dont le Fonds a fait l'objet au printemps 2009, tout a été mis en oeuvre immédiatement pour adopter les meilleures pratiques en matière d'éthique et de gouvernance. Les codes d'éthique ont été resserrés et notre gouvernance a été mise à jour avec la nomination à nos instances de nouvelles personnes indépendantes du Fonds et de la FTQ. Les choses ont changé pour le mieux et il est regrettable de ne pas le reconnaître publiquement de la part de ceux qui ont un mandat public de le faire. Je tiens à rappeler que nos décisions au conseil d'administration ont toujours été prises dans le seul intérêt de nos actionnaires », soutient M. Arsenault.

Pour conclure le communiqué, le Fonds de solidarité « en appelle à la Société Radio-Canada pour qu'elle fasse preuve du nécessaire devoir de discernement ».

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