Les chantiers du Québec encore paralysés par un vaste mouvement de débrayage

Entrevue avec Gisèle Bélanger, de l'Association de la construction du Québec, qui a envoyé des mises en demeure aux leaders syndicaux.

Des dizaines de chantiers sont de nouveau paralysés dans la province par un vaste mouvement de débrayage alors que se tient toujours à Québec une commission parlementaire sur le projet de loi 33 visant à mettre fin au placement syndical.

La Commission de la construction du Québec (CCQ) dit avoir reçu jusqu'ici 58 plaintes pour intimidation et arrêt de travail sur 110 chantiers tandis que Québec s'apprête à déposer une motion pour condamner les arrêts de travail.

L'industrie de la construction représente 6,4 % du PIB, soit 18,4 milliards de dollars. Actuellement, la valeur des chantiers est de 45 milliards de dollars. Selon le Conseil du patronat du Québec, le coût des arrêts des chantiers peut atteindre un milliard de dollars. Par ailleurs, les dirigeants syndicaux risquent des amendes pouvant aller jusqu'à 70 000 $ par jour.

À Montréal, une dizaine de chantier sont à nouveau paralysés, dont celui du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Au CUSM, des représentants syndicaux, qui font le tour des chantiers, se sont présentés encore une fois pour inciter les travailleurs à quitter les lieux.

Repoussés à l'entrée par des policiers sur place, ils ont pénétré sur le chantier par une autre entrée qui n'était pas gardée.

Il y aurait eu un peu de bousculade.

Selon Charles Chebl, directeur du projet pour SNC-Lavalin, impossible dans ces conditions de poursuivre le travail.

« Alors là, on arrête complètement, tous les travailleurs sortent du chantier. On cherche pas la confrontation. Si les représentants syndicaux veulent bloquer le chantier, s'ils veulent demander aux travailleurs de sortir, on ne peut les en empêcher », affirme M. Chebl.

Le Service de police de la Ville de Montréal dit avoir reçu une plainte pour intimidation.

Chantier paralysé sur le chantier de l'avenue d'Estimauville à Québec Chantier paralysé sur le chantier de l'avenue d'Estimauville à Québec

À Québec, les travaux ont repris sur le chantier du Super PEPS de l'Université Laval, mais avec des équipes réduites. Les travaux avaient été suspendus lundi en après-midi après le passage de représentants syndicaux, et les travailleurs sur place mardi s'attendent à ce qu'il en soit de même aujourd'hui.

Six chantiers sont pour l'instant paralysés dans la région de la Capitale-Nationale.

À Sherbrooke, quelques chantiers sont aussi paralysés. Des délégués se sont présentés et ont appelé les travailleurs à quitter les lieux.

Denis Brière, entrepreneur responsable d'un des chantiers paralysés, déplore la situation.

« Ce ne sont pas les employeurs qui veulent quitter le chantier, ce sont les travailleurs », dit-il, se désolant qu'ils empêchent de travailler ceux qui veulent le faire.

Des chantiers sont aussi paralysés en Mauricie , sur la Côte-Nord et au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Lundi, les travailleurs affiliés à la FTQ-Construction et au Conseil provincial des métiers de la construction avaient déserté des dizaines de chantiers à Montréal, Québec et ailleurs en région dans un mouvement commun présenté par les syndiqués et leurs leaders comme spontané.

Des représentants syndicaux avaient été vus sur des chantiers qui ont été désertés peu après.

Les syndicats risquent d'importantes amendes, jusqu'à 70 000 $ par jour de débrayage, s'il s'avère que le mouvement est organisé par ses dirigeants.

Les chantiers autoroutiers perturbés

Le ministère des Transports affirme que 60 de ses chantiers autoroutiers ont été perturbés lundi par le mouvement de débrayage des syndiqués, dont 13 à Montréal et 8 dans la région de la Capitale-Nationale.

Son porte-parole affirme qu'il est par ailleurs difficile d'avoir pour l'instant une vue d'ensemble pour la journée de mardi, mais qu'un bilan serait disponible.

La classe politique appelle à calmer le jeu

Le premier ministre Jean Charest ne croit pas au caractère spontané de ce mouvement de débrayage qui paralyse les chantiers.« Il faudrait étirer les choses pas mal pour conclure que c'est une action spontanée. Ce ne l'est pas, et ce n'est pas, surtout, dans l'intérêt des travailleurs de la construction », a déclaré lundi M. Charest.

La ministre du Travail a pour sa part jugé « prématuré » ce geste de protestation contre l'abolition éventuelle du placement syndical sur les chantiers et appelle les deux syndicats opposés à la mesure à venir se faire entendre en commission parlementaire.

La présidente de la Commission de la construction du Québec (CCQ) a quant à elle appelé les leaders syndicaux à agir pour faire cesser le mouvement de débrayage. Diane Lemieux a plus précisément dénoncé des actes de vandalisme et d'intimidation dont on lui aurait fait part. Les locaux de la CCQ ont entre autres été vandalisés, ses vitres ayant été fracassées.

« Ce que je dis c'est que, mot d'ordre ou pas, à partir de maintenant, il est de la responsabilité des leaders syndicaux de poser les gestes pour calmer le jeu. » — Diane Lemieux

La CCQ a obtenu mardi une injonction pour empêcher les manifestations près de ses locaux.

La surveillance policière a été renforcée sur les chantiers.