Des affaires de pots-de-vin

Le reportage de Marie-Maude Denis et Claudine Blais

Exclusif - Radio-Canada a appris que trois entrepreneurs qui ont voulu faire affaire avec le Fonds de solidarité FTQ ont été victimes de demandes de pots-de-vin. Dans les trois cas, des intermédiaires qui ont des liens avec le crime organisé ont fait ces demandes. Toutes les demandes ont été faites dans le cadre de projets parrainés par Jocelyn Dupuis, ex-DG de la FTQ-Construction, et Jean Lavallée, ex-président du syndicat.

Il y a un mois, Jocelyn Dupuis a été arrêté à son retour de vacances en Californie. L'ex-directeur général de la FTQ-Construction est accusé de fraude pour ses dépenses exorbitantes, que nous avons mises au jour l'an dernier.

Notre nouvelle enquête lève le voile sur plusieurs cas de demandes de pots-de-vin. Toutes ces demandes d'argent ont été faites dans le cadre de projets présentés au Fonds de solidarité FTQ par Jocelyn Dupuis et son patron de l'époque, Jean Lavallée, président de la FTQ-Construction durant 25 ans.

« Il [Ronald Beaulieu] me dit : "Pour aller chercher 5 millions, c'est 500 000 $ de commission" », témoigne Sylvain Boivin, président de Câble Syl Guyane.

En 2004, Sylvain Boivin cherche un prêt de 5 millions de dollars pour développer son entreprise de câblodistribution en Guyane française. Le montant de 500 000 $ lui est demandé par Ronald Beaulieu, un proche de Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée. M. Beaulieu est un sympathisant des Hells Angels, arrêté la même année pour prêt usuraire.

« Il [Ronald Beaulieu] me dit : "Moi, je fais affaire avec le Fonds de solidarité et y en a pas de problème, je peux l'avoir de même », ajoute M. Boivin.

Sylvain Boivin soutient que Ronald Beaulieu lui a présenté Jean Lavallée et Jocelyn Dupuis, qui lui ont promis son prêt sans vraiment l'étudier. Le projet est finalement tombé à l'eau et M. Boivin n'a pas eu à payer les 500 000 $ demandés.

200 000 $ en pot-de-vin

Par contre, les propriétaires d'une épicerie Metro de Laval ont dû verser 200 000 $ en pot-de-vin à Jocelyn Dupuis, en 2004, pour avoir la possibilité d'acheter un terrain qui appartenait à la Société en commandite Montmorency-Laval, détenue par le Fonds de solidarité FTQ et l'homme d'affaires Tony Accurso.

« That's it that's all. C'est ça ou t'as rien mon gars. En tant qu'homme d'affaires, puis pour assurer la survie de l'entreprise, moi je le voulais, le terrain. Sinon, c'était peut-être une autre bannière qui l'avait le terrain, puis moi j'étais fait. C'était mon unique chance de pouvoir me relocaliser », raconte Michel Dépatie.

Même si au moment de la transaction avec Metro, le Fonds avait vendu sa part du terrain, c'est Jocelyn Dupuis qui a demandé le pot-de-vin et qui semblait mener le dossier. Ronald Beaulieu assiste aussi aux discussions.

Le Fonds de solidarité FTQ

Le Fonds de solidarité FTQ est une société de capital de développement, dont les actions sont achetables par tout contribuable québécois au moyen de retenues sur la paie. Sa mission principale est d'investir dans les entreprises du Québec pour assurer leur développement et créer et sauvegarder des emplois.

« Ce qu'on m'avait dit à l'époque, c'est que tout passait par M. Dupuis, toute transaction », explique Michel Dépatie.

L'avocat de Tony Accurso nous a répondu que son client « n'a jamais entendu parler qu'une telle commission aurait été versée ».

Selon nos informations, la Sûreté du Québec fait présentement enquête sur cette affaire de pots-de-vin. Jocelyn Dupuis et Jean Lavallée n'ont jamais répondu à nos appels.

Le Fonds de solidarité FTQ nous a fait valoir que les professionnels qui, dans les faits, analysent les dossiers n'ont jamais entendu parler de telles demandes d'argent. Le Fonds précise que Jean Lavallée ne fait plus partie d'aucun comité depuis 15 mois et que Jocelyn Dupuis ne l'a jamais fait. Le Fonds répète qu'il a resserré ses règles de gouvernance l'an dernier.

D'après le reportage de Marie-Maude Denis et Claudine Blais

Réaction du Fonds de solidarité FTQ

Le Fonds de solidarité FTQ a réagi à notre reportage dans un communiqué publié mardi soir. « Les allégations à l'effet que des pots-de-vin auraient pu être demandés à des entrepreneurs par des individus afin d'obtenir un financement du Fonds est une situation inconnue du Fonds, qui prend toutefois le sujet très au sérieux », peut-on y lire.

Le Fonds ajoute qu'aucun des dossiers dont il est question dans le reportage « n'ont fait l'objet d'investissements du Fonds ou de ses entités ».

Lisez le communiqué du Fonds de solidarité FTQ.

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