Des tests erronés au Québec aussi

Laboratoire

Il y a moins d'un an, à Terre-Neuve-et-Labrador, la commission d'enquête Cameron révélait que 400 femmes atteintes du cancer du sein avaient reçu un traitement inutile, ou pas de traitement du tout, en raison d'erreurs sur des tests réalisés dans un laboratoire de pathologie.

Une étude obtenue par Radio-Canada révèle qu'un fort pourcentage de tests de traitement du cancer du sein menés au Québec ont donné un résultat erroné, comme ce fut le cas à Terre-Neuve-et-Labrador.

Or, il semble que cette situation ne soit pas unique et qu'elle pourrait se reproduire ailleurs au pays, notamment au Québec, où, chaque année, environ 6000 femmes reçoivent un diagnostic de cancer du sein.

Le Dr Louis A. Gaboury, président de l'Association des pathologistes du Québec, a révélé à Radio-Canada les résultats d'une vaste étude de contrôle de qualité qu'il a réalisée récemment. On y apprend qu'il y a peu de différence entre la performance des laboratoires terre-neuviens impliqués dans le scandale révélé en 2005 et celle des laboratoires du Québec.

« Je pense qu'on est certainement à un pas de la situation qu'on a retrouvée à Terre-Neuve, il y a quelques années. » — Le Dr Louis A. Gaboury

L'étude portait sur les tests de marqueurs du cancer du sein. Ceux-ci permettent de déterminer si le cancer d'une patiente est hormonodépendant et quel traitement on doit lui offrir: soit l'hormonothérapie ou encore l'Herceptin. Les 25 plus importants laboratoires du Québec ont participé à l'étude.

En moyenne, l'étude révèle que 15 % à 20 % des tests sur les marqueurs pour l'hormonothérapie (ER/PR) étaient erronés. Et le pourcentage grimpe à 30 % sur les marqueurs pour le Herceptin (Her-2/neu). On parle ici d'un traitement qui coûte 50 000 $ par patiente.

Des marges d'erreur aussi importantes, dans un grand nombre de laboratoires, signifient que de mauvais diagnostics de traitement ont déjà pu être établis pour des patientes. « S'il y a 10 % de variation, ce qui veut dire que ce test est fait de façon routinière, qu'il y a des milliers de patientes qui ont des cancers du sein au Québec, ça veut dire qu'il y a plusieurs centaines de patientes au Québec qui ont, peut-être, un résultat qui n'est pas correct », s'inquiète le Dr Gaboury.

Refaire les tests?

Après avoir consulté l'étude, le chirurgien-oncologue André Robidoux, du Groupe de recherche en cancer du sein, au CHUM, pense qu'il pourrait être nécessaire de refaire les tests réalisés par certains des laboratoires les moins performants, comme ce fut le cas à Terre-Neuve. Il ne peut toutefois se prononcer sur le nombre d'années qu'il faudrait rattraper.

Le Dr Louis A. Gaboury, président de l'Association des pathologistes du Québec Le Dr Louis A. Gaboury, président de l'Association des pathologistes du Québec

Le Dr Gaboury croit lui aussi qu'il faut refaire les tests, bien qu'il reconnaît que cet exercice pourrait s'avérer pénible et stressant pour beaucoup de femmes. À son avis, la décision appartiendra aux autorités gouvernementales. Il estime qu'il faut, dans un premier temps, « prendre l'exacte mesure de ce qui se passe, savoir combien, exactement, il y a de patientes qui pourraient avoir eu un test qui n'est pas tout à fait exact ».

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, abonde dans le même sens. « On est rendus là, et des actions doivent être prises, pour des raisons simples que les gens vont comprendre: va-t-il falloir vivre au Québec ce que Terre-Neuve a vécu pour que quelque chose se fasse? »

L'Association des pathologistes du Québec demande depuis longtemps au ministère de la Santé un budget pour mettre sur pied un programme complet de contrôle de qualité de ses laboratoires. C'est la seule façon, disent les pathologistes, de protéger les patientes contre un mauvais diagnostic. Toutefois, pour l'instant, ils n'ont pas obtenu de réponse du ministère.

Québec préoccupé

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc Le ministre de la Santé, Yves Bolduc

En entrevue au Téléjournal mercredi soir, le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, a déclaré que l'étude du Dr Gaboury était portée pour la première fois à son attention.

Il a ajouté qu'il la prenait très au sérieux et la trouvait préoccupante. Il entend scruter l'étude à la loupe, notamment sa méthodologie et sa rigueur scientifique.

Le ministre dit avoir mandaté l'Institut national de la santé publique (INSP) et le Collège des médecins afin de faire enquête sur la situation et de vérifier cette étude. L'INSP fera part de recommandations sur la marche à suivre, tant pour les cas passés que pour les cas actuels.

Le gouvernement compte agir rapidement dans ce dossier, a-t-il conclu.

D'après un reportage de Normand Grondin