Le rêve inachevé de la Franglettere

Reine Élisabeth II et le prince Philippe La reine Elizabeth II et le prince Philippe  Photo :  AFP/Adrian Dennis

La reine Elizabeth II aurait bien pu être chef de l'État français, à en croire des archives officielles britanniques citées par la BBC. La radio publique britannique, se basant sur ces documents, affirme que la France a proposé à la Grande-Bretagne une « union » politique dans les années 1950, avant de suggérer une adhésion au Commonwealth.

Un document britannique, cité par la BBC, révèle que le 10 septembre 1956, le président du Conseil français, Guy Mollet, s'est rendu à Londres pour étudier une fusion éventuelle des deux pays avec le premier ministre britannique de l'époque, Anthony Eden.

La proposition d'une « Frangleterre » aurait été avancée par Guy Mollet, président du Conseil de la IVe République, lors d'une visite à son homologue britannique, Anthony Eden, à Londres, en septembre 1956. Dans une publication officielle britannique datant de la même année, on peut lire en effet que « lors d'un récent séjour à Londres, le président du Conseil français, M. Mollet, a évoqué la possibilité d'une union entre le Royaume-Uni et la France. »

Eden a rejeté l'idée, mais Mollet est revenu à la charge avec une autre proposition: l'admission de la France au sein du Commonwealth, l'ensemble de pays entretenant des liens historiques avec la Grande-Bretagne.

Dans une conversation avec son secrétaire de cabinet, Norman Brook, rapportée dans un document officiel du 28 septembre 1956, Anthony Eden souligne toutefois les difficultés qu'engendrerait une telle adhésion, notamment l'acceptation par la France de la reine Elizabeth II comme chef de l'État, comme pour une partie des pays du Commonwealth. Cette idée a finalement été abandonnée.

Il faut rappeler qu'à cette époque, la France était en butte aux effets économiques de la Guerre d'Algérie et de la crise autour du contrôle du canal de Suez, en Égypte.

Comme un vieux couple

Ces révélations ont suscité de nombreux commentaires de part et d'autre de la Manche. « Cela illustre à merveille à quel point la Grande-Bretagne et la France sont vouées à s'entremêler pour le meilleur ou pour le pire », a déclaré Denis MacShane, ancien ministre aux Affaires européennes de Tony Blair, ajoutant que « les destins des deux pays sont liés depuis que Guillaume le Conquérant a tenté de faire de l'Angleterre une colonie française, il y a 1000 ans. »

M. MacShane prédit encore un grand avenir d'amour et de haine aux deux pays voisins. « La France et l'Angleterre ressemblent à un vieux couple marié dans lequel chacun songe souvent à tuer l'autre sans jamais envisager un divorce. »

Pour sa part, Henri Soutou, professeur d'histoire à l'Université de la Sorbonne, juge absurde le projet envisagé il y a un demi-siècle. L'idée d'une entrée de la France dans le Commonwealth et de son acceptation de la souveraineté de Sa Majesté n'aurait pas été bien reçue, a-t-il dit à la BBC.

L'idée d'une union entre Paris et Londres ne date des années 1950, puisqu'en 1940, en pleine débâcle, Jean Monnet, alors président du comité de coordination franco-britannique, avait proposé un texte d'« union indissoluble » entre les deux pays, agréé par le général De Gaulle et le premier ministre britannique Winston Churchill.

La Déclaration d'Union franco-britannique, dictée par De Gaulle au président du Conseil, Paul Reynaud, le 16 juin 1940, est restée toutefois lettre morte à cause de la démission de ce dernier, le lendemain. Il a été remplacé par Philippe Pétain.

La BBC Radio 4 a diffusé lundi soir un documentaire sur ce sujet, intitulé Un Mariage cordial, en référence à l'Entente cordiale signée par les deux pays en 1904.

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