Michelle Bachelet, présidente du Chili

« Qui aurait pensé, il y a vingt, dix ou cinq ans que le Chili élirait un jour une femme? », demande à la foule Michelle Bachelet. La candidate de la coalition de centre gauche vient toute juste de battre son rival de droite au deuxième tour de l'élection présidentielle de janvier 2006. Du coup, à 54 ans, elle devient la première présidente élue au suffrage universel de toute l'Amérique du Sud. L'entrée en fonction de cette politicienne socialiste qui parle cinq langues se fera le 11 mars 2006.

Michelle Bachelet Michelle Bachelet  Photo :  AFP/MARTIN BERNETTI

Je suis une femme, socialiste, agnostique et divorcée, autrement dit, pour vous, les quatre péchés capitaux!
devant l'état-major entièrement masculin, lors de son entrée en fonction au ministère de la Défense, en 2002

Michelle Bachelet tire son nom de ses ancêtres français, arrivés au Chili au milieu des années 1800. Son prénom, elle le doit à l'actrice Michèle Morgan, qu'affectionnaient ses parents. On peut dire d'elle qu'elle est la fille de son père... mais femme de personne.

Fille d'un général assassiné par le régime Pinochet - l'un des seuls haut-gradés restés loyaux au président Salvador Allende lors du coup d'État de 1973 -, Michelle Bachelet est emprisonnée à 24 ans et subit la torture, tout comme sa mère. Après sa libération, elle s'exile en Australie, puis en Allemagne de l'Est, où elle obtient son doctorat en pédiatrie, avant de suivre une formation de stratégie militaire à Washington.

Mettant un terme à son exil en 1979, elle lutte clandestinement pour le respect des droits de la personne dans son pays. Elle dit aujourd'hui qu'elle a voulu convertir sa douleur en action.

En 2000, le socialiste Ricardo Lagos la nomme ministre de la Santé. Deux ans plus tard, elle devient la première Latino-Américaine à accéder au ministère de la Défense. Elle en profitera pour donner un coup d'accélérateur à la réconciliation entre la population et les militaires.

Le 15 janvier 2006, elle remporte l'élection présidentielle, qui la consacre également première ministre, avec 53,5 % des voix contre 46,5 % pour son adversaire conservateur, le milliardaire Sebastian Piñera. Divorcée, mère de trois enfants de deux pères différents, ouvertement athée, Michelle Bachelet a su convaincre les électeurs par sa simplicité, ses idées et la chaleur qu'elle dégage. Un tour de force tout de même, dans un pays catholique, considéré machiste, aux inégalités hommes-femmes marquées et où le divorce n'a été légalisé qu'en 2004...

Répondre aux défis du Chili d'aujourd'hui

Localisation: Amérique du Sud
Nature de l'État: république
Nature du régime: démocratie présidentielle
Chef d'État et de gouvernement: Michelle Bachelet
PIB: 173,8 milliards $US (2004)
PIB/habitant: 10 870 $US
Capitale: Santiago
Population: 16,3 millions (2005)
Âge médian:
30 ans
Religion: catholiques (89 %), protestants (11 %)
Langue: espagnol
Droit de vote des femmes: 1931 (sous restrictions), de façon universelle en 1949
L'élection de Michelle Bachelet à la tête de l'État chilien représente une certaine continuité, puisque la coalition qu'elle dirige, la « Concertation démocratique », issue du centre gauche, obtient ainsi son quatrième mandat consécutif depuis la fin de la dictature, en 1990.

Malgré tout, sa venue à la tête d'un pays défini comme « machiste » par 90 % de sa population de sexe féminin est une véritable révolution en soi. Seule une femme sur trois travaille, et celles qui le font gagnent en moyenne les deux tiers du salaire d'un homme. Michelle Bachelet leur promet de construire un pays où elles auront elles aussi leur place. Sa première initiative a d'ailleurs été de former un gouvernement paritaire comptant 10 hommes et autant de femmes.

La nouvelle élue s'est également engagée à mettre en oeuvre 36 mesures dans les 100 premiers jours de son mandat: augmenter le nombre de garderies, créer un ministère de l'Environnement, mettre sur pied des soins gratuits pour les personnes de plus de 60 ans, offrir des bourses d'études aux jeunes de familles pauvres, soutenir les PME, augmenter le nombre de policiers pour lutter contre la délinquance, notamment.

Elle promet aussi, à plus long terme, d'accorder plus de pouvoir aux différentes régions du pays, de créer un style de gestion plus participatif et davantage à l'écoute des citoyens, de lutter contre le chômage et la pauvreté, de réformer le régime des retraites, de moderniser la santé et l'éducation.

Un plan ambitieux pour ce pays où près de un Chilien sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté et où la moitié des citoyens ne touche rien, ou presque rien, en prestations de retraite.

S'étant présentée comme la « candidate de tous les citoyens », Michelle Bachelet se dit maintenant « présidente de tous les citoyens ». Une présidente qui entend rester fidèle aux « valeurs d'humanité et de justice » que lui a inculquées son père. Et qui permettra peut-être au Chili, en pleine mutation sociale, de tourner définitivement la page sur son douloureux passé militaire.

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