Les origines du 29 février

Le 29 février dans un calendrier Le 29 février dans un calendrier  Photo :  iStock

En ce 29 février,  voici six questions pour mieux comprendre pourquoi les années bissextiles ont été inventées.

Ève Christian
  Un texte de Ève Christian
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1. Pourquoi avons-nous besoin d'une année bissextile?

Je réponds au moyen de l'astronomie. Comme on le sait, l'année civile dure 365 jours. Par contre, la période exacte d'une année astronomique ne représente pas un nombre entier de jours; elle dure 365,2422 jours.

Autrement dit, la Terre prend exactement 5 heures, 48 minutes et 46 secondes de plus qu'une année civile à faire le tour du Soleil. Ça représente une erreur de presque 6 heures tous les ans et au bout d'un siècle, ça donne 24 jours. Imaginez! C'est assez important pour décaler les saisons.

Calculée pendant quatre ans, cette erreur équivaut à presque une journée. C'est pour compenser ce défaut que les années bissextiles ont été inventées. Cependant, si on arrête là les calculs, vous serez d'accord avec moi pour dire que l'année civile qui dure alors 365,25 jours n'est pas encore égale à l'année astronomique!


2. La différence est minime, non?

Oui, sauf qu'elle donne quand même, tous les quatre ans, une erreur de 112 minutes (sur 1000 ans, ça fait près de 40 jours). Pour éviter un nouveau décalage dans les saisons, on retranche alors un jour tous les 100 ans. Autrement dit, tous les siècles, on supprime une année bissextile. Suite à ça, l'année civile est maintenant de 365,24 jours.

Mais rappelez-vous la durée de l'année astronomique : 365,2422. Si on veut être rigoureux mathématiquement parlant, il reste encore une petite erreur à corriger. La solution est d'ajouter un jour tous les 400 ans. Ainsi, l'année civile passe à 365,2425 jours. Bon d'accord; un puriste mathématicien dirait qu'il reste une erreur approximative de trois jours tous les 10 000 ans, mais je pense qu'on peut s'entendre pour dire que c'est négligeable. Il faudra toutefois peut-être en tenir compte dans quelques siècles.


3. Quand cet ajustement de calendrier a-t-il été instauré?

Le principe d'ajouter des journées supplémentaires afin de rattraper le retard pris par l'année civile sur l'année solaire remonte à l'Antiquité romaine. Les Romains utilisaient l'année dite « de Numa » de 355 jours, soit 12 mois lunaires. Le retard avec le calendrier solaire était compensé par des mois intercalaires d'une durée variable fixée par le grand pontife. Ce système s'était cependant déréglé au moment des guerres civiles.

C'est vers l'an 45 avant Jésus Christ que Jules César a demandé à l'astronome grec Sosigène d'Alexandrie de régler cet important décalage constaté entre les années civiles et solaires depuis ces guerres. L'astronome s'est alors inspiré du calendrier égyptien et s'est rappelé le décret de Canope pour proposer une solution.


4. Qu'est-ce que le décret de Canope?

Là, il faut remonter à l'an -238, et à un décret, inscrit sur une pierre, et publié par l'assemblée des prêtres égyptiens réunis à Canope, ville située près d'Alexandrie. Ce décret concernait divers sujets comme la famine, les campagnes militaires et la religion, mais aussi, suggérait l'instauration d'un calendrier solaire, le plus vieux connu de l'Égypte antique, comprenant 365¼ jours par an.

C'est ce qui a poussé César à ajouter une journée en février. Dans son calendrier julien, l'année a 365 jours, sauf une fois aux quatre ans, où une journée intercalaire est ajoutée. Février était le mois choisi parce qu'à l'époque, c'était le dernier de l'année.

Et on dit que César, pour ne pas choquer les superstitions, n'a pas voulu ajouter un jour à la fin de l'année; il a préféré répéter le 24 février. C'était donc comme un « 24 février bis ». En latin, le 24 février s'appelait aussi « le sixième jour avant les calendes de mars », selon l'habitude des Romains à compter le nombre de jours restant avant telle ou telle date dans le mois. Donc, le « 24 février bis » était naturellement « le sixième jour bis avant le 1er mars ». Et une année où était répété deux fois ce sixième jour se disait bis-sextus d'où « année bissextile ».

Le jour intercalaire a été déplacé au 29 février, à partir du moment où la méthode latine de décompte des jours fut remplacée. Mais le calendrier julien de César n'a pas duré. Vers 1582, sous le pape Grégoire XIII, le système des calendriers se précise davantage. On s'est rendu compte que le calendrier julien avait pour conséquence une accumulation de journées bissextiles et donc une nouvelle incohérence des calendriers lunaire et romain. Cette situation a été ajustée avec ce nouveau calendrier.


5. Existe-t-il une méthode simple pour savoir si une année sera bissextile?

Il y a deux possibilités. Dans le premier cas, l'année est divisible par 4, mais n'est pas divisible par 100. Comme cette année.

Dans le deuxième cas, elle est divisible par 4 et par 100. Elle doit alors aussi être divisible par 400. Exemple? L'année 2000.

Croyez-vous que l'année 1900 était bissextile ou que 2100 le sera? Eh bien non, parce qu'elles sont divisibles par 4 et par 100, mais pas par 400.


6. Il doit bien y avoir de l'insolite entourant le 29 février?

  • Dans le monde, près de 4 millions de personnes seraient nées un 29 février.
  • Madame Henriksen, une Norvégienne, aurait mis trois enfants au monde lors de trois 29 février consécutifs : 1960, 1964 et 1968. De la même façon, Mme Estes, en Utah, aurait accouché trois fois le 29 février : 2004, 2008 et 2012.
  • Pour sa part, une famille irlandaise voit naître des membres de sa famille le 29 février depuis trois générations.
  • Selon une coutume irlandaise qui remonte au 5e siècle, les femmes peuvent se permettre, le 29 février, de demander leur amoureux en mariage. Mais en Écosse, il existerait une loi qui stipule que si un homme refuse de prendre pour épouse la femme qui le demande en mariage, il doit s'acquitter d'une taxe qui consiste à offrir 12 paires de gants à celle à qui il s'est refusé. De cette façon, elle peut cacher sa main sans bague de fiançailles.
  • Jusqu'à il y a 300 ans, le 29 février n'était pas considéré comme une vraie journée à un point tel qu'aucune transaction n'était faite ce jour-là!

On peut bien s'en douter, il y a des gens qui n'aiment pas les années bissextiles. Parmi les propositions faites pour s'en débarrasser, on retient celle de l'astronome Richard Conn Henry et de l'économe Steve Hanke, qui suggère un nouveau calendrier annuel de 364 jours, auquel serait ajouté un mois raccourci tous les deux ans. Pas plus simple!