Quand l'odorat canin ne trompe pas

Cisko, l'un des chiens policiers, qui effectue un test d'identification. Cisko effectue un test d'identification. Après avoir flairé une odeur de référence, le chien parcourt une série de cinq bocaux dans lesquels sont placées des odeurs humaines, dont une correspondant à l'échantillon. S'il reconnaît l'odeur de référence dans l'un d'eux, il se couche devant. Dans le cas contraire, il ne s'arrête pas.  Photo :  DGPN - SICOP

Ils s'appellent Frost, Diva, Cartmen, Cisko, et ils font partie de l'escouade canine de la Sous-direction de la police technique et scientifique d'Écully en France. Grâce à eux, Barbara Ferry, du Centre de recherches en neurosciences de Lyon, a pu démontrer l'efficacité de l'odorologie, une technique qui permet de confirmer la présence d'un individu sur les lieux d'une infraction.

Un texte de Chantal SrivastavaCourriel de l'émission Les années lumière

L'odorologie a pris son envol durant la guerre froide dans l'ex-Europe de l'Est afin de traquer les dissidents. La technique met à contribution l'odorat du chien, qui est de 200 à 10 000 fois plus puissant que l'odorat humain.

Depuis 2003, en France, les forces de l'ordre l'ont utilisé dans 522 cas et ont pu ainsi résoudre 162 affaires judiciaires.

Dans un premier temps, des odeurs sont prélevées sur les lieux du crime par des techniciens spécialisés. Des lingettes stériles sont posées sur les objets puis enfermées dans des bocaux afin de préserver les odeurs.

Chaque échantillon constitue une odeur de référence. Des odeurs sont ensuite prélevées sur l'individu en garde en vue. Par la suite, les chiens procèdent à une parade d'identification olfactive. Ils sentent tout d'abord l'odeur de référence avant de déambuler devant une rangée de cinq bocaux.

Dans l'un d'eux se trouve l'odeur du suspect. Le chien doit signaler la présence de l'odeur de référence dans un de ces bocaux pour confirmer la présence de l'individu sur les lieux du délit. Cette procédure d'identification sert à bâtir la preuve qui sera présentée devant le tribunal.

Bien que l'odorologie soit de plus en plus utilisée en Europe, certains magistrats demandent à être convaincus de son efficacité.

Écoutez le reportage de Chantal Srivastava à l'émission Les années lumière à ICI Radio-Canada Première dimanche, à 12 h 10.

Efficace à 100 %

L'étude de Barbara Ferry et de ses collègues démontre l'efficacité de la méthode. Les chercheurs ont analysé près de 20 000 essais réalisés par les chiens français entre 2003 et 2013. Leurs résultats sont concluants : après deux ans d'entraînement, les chiens ne se trompent jamais lorsqu'ils signalent la présence de l'odeur de référence dans l'un des 5 bocaux.

Dans 10 % à 15 % des cas, ils ne remarquent pas que l'odeur est présente, mais lorsqu'ils la découvrent, ils ont toujours raison!

Fait à noter, les chercheurs soulignent que ces erreurs ne sont probablement pas dues à une mauvaise performance du chien, mais plutôt à la mauvaise qualité des échantillons. Ils ont également noté que les bergers allemands sont les plus rapides, les plus disciplinés et les plus performants. De plus, les chercheurs proposent un protocole d'entraînement détaillé et reproductible, une première.

Les adeptes de l'odorologie espèrent que la publication de cette étude dans une revue scientifique réputée donnera à la technique ses lettres de noblesse et permettra de généraliser son usage.

En Amérique

De ce côté-ci de l'Atlantique, les forces de l'ordre font rarement appel à l'odorologie. Les policiers utilisent surtout les chiens pour traquer les suspects, chercher les disparus ou découvrir les substances illicites.

Des policiers surveillent le stade lors du Superbowl.  Photo :  Reuters/USA Today Sports

Si la technique est si peu répandue chez nous, c'est aussi parce que les tribunaux sont plutôt conservateurs face à la nouveauté, note l'avocat criminaliste Jean-Claude Hébert. Pour qu'une nouvelle technique soit admise en preuve, il faut tout d'abord démontrer que c'est la seule preuve disponible.

Les résultats des travaux de Barbara Ferry sont publiés dans la revue PLOS One.

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