Des billes radioactives contre le cancer du sein

Des billes radioactives contre le cancer du sein

Un projet pilote en chirurgie oncologique est maintenant standardisé et est offert aux femmes souffrant du cancer du sein au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

Un texte de Michel RochonTwitterCourriel

Cette technique - la pose d'une bille radioactive avant la chirurgie - permet aux femmes d'avoir une préparation chirurgicale plus simple, sans douleur ainsi qu'une mastectomie partielle moins invasive, et de retirer moins de tissus sains.

Le CHUM avait démarré un projet pilote en 2010 avec trois chirurgiens oncologues pour tester cette nouvelle approche sur une cinquantaine de patientes. Depuis, la pratique s'est standardisée et c'est maintenant une vingtaine de patientes par mois qui bénéficient de cette technique chirurgicale effectuée par une équipe de cinq chirurgiens.

« Notre projet nous démontre que cette approche est simple, efficace et permet une chirurgie plus ciblée. » — Erika Patocskai, chirurgienne oncologue

Traditionnellement, la chirurgie du cancer nécessite, quelques heures avant l'opération, la pose d'une tige métallique - appelée « harpon » en raison de sa forme courbe - directement dans la tumeur. Le harpon est inconfortable pour la patiente, car la tige sort à l'extérieur de sein et sert de guide pour que le chirurgien puisse se rendre à la tumeur durant l'opération.

Chirurgie

Grâce à cette nouvelle technique, le harpon est remplacé par une petite bille très faiblement radioactive. Quelques jours avant l'opération, la patiente se fait injecter la bille directement dans la tumeur. « C'est une technique sans douleur pour la patiente et que je peux même réaliser en quelques minutes à l'aide de l'échographie », affirme la radiologiste interventionniste Isabelle Trop, du CHUM. Ce fut le cas de la patiente Lucie Piché, qui a été opérée avec cette technique.

« On ne sent rien et on peut retourner à la maison après l'intervention. Et cela a surtout permis à la Dre Patocskai d'enlever moins de mon sein. » — Lucie Piché, patiente

Cette technique de mastectomie partielle est valable seulement pour les tumeurs de petite taille bien délimitées.

En salle d'opération, la Dre Patocskai fait une petite incision et utilise un détecteur de radioactivité pour localiser la tumeur. « Je me sers de mes oreilles pour opérer. Avec mon détecteur en forme de crayon, j'entre dans le sein à l'écoute du signal. Dès qu'il devient constant, je sais que je suis sur la tumeur », nous décrivait la chirurgienne lors de notre visite en salle d'opération.

Dès que la tumeur est retirée du sein, la Dre Patocskai utilise un instrument de radiographie pour examiner la tumeur en salle d'opération, puis elle referme le sein.

« Dans bien des cas, je réussis à enlever si peu de tissu sain que la patiente se retrouve avec un sein beaucoup plus naturel et moins endommagé qu'avec la technique traditionnelle. » — Erika Patocskai, chirurgienne oncologue

Et la technique ne coûte pas beaucoup plus cher que la technique habituelle du harpon. Une bille coûte environ 25 $, alors que le harpon coûte environ 14 $. Par contre, il faut mettre en place une équipe multidisciplinaire qui inclut l'expertise de la médecine nucléaire, de la radiologie interventionniste et de chirurgiens motivés.

Malgré cela, la chirurgienne du CHUM croit que d'autres centres hospitaliers pourraient embarquer dans l'aventure. « Je pense que c'est idéal, surtout pour des chirurgiens à l'extérieur des grandes villes, qui veulent opérer des patientes et qui n'ont pas accès à un harpon le matin de l'opération. Ce serait fantastique, les patientes pourraient rester près de chez elles. »

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