Une tique capable de tuer des orignaux se répand au Québec

Le reportage de Jean-Pierre Rogel

La population d'orignaux au Québec est en pleine croissance, mais elle fait face à une nouvelle menace. Un parasite, la tique d'hiver, se loge dans la fourrure de l'animal à l'automne et se nourrit de son sang.

Un texte de Jean-Pierre RogelCourriel à Découverte

À la fin de l'hiver, on retrouve les orignaux couverts de milliers de tiques et ensanglantés. Même si certains s'en remettent progressivement, beaucoup meurent d'épuisement.

Des tiques dans la fourrure d'un orignal  Photo :  LINDA BROCHU/ SERGE SIMONEAU
« C'est certain qu'il y a des orignaux qui sont très fortement affectés par la tique. Et puis les taux de mortalité demeurent un facteur sur lequel on devra se pencher très rapidement pour être en mesure de mieux évaluer l'effet de ces parasites-là sur les populations. » — Éric Jaccard, biologiste au ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs

Le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs confirme plusieurs cas de décès d'orignaux dus à cette cause et a établi un programme de suivi. Selon les premières données recueillies,  les trois quarts des orignaux échantillonnés au sud du 50e parallèle sont porteurs de tiques. Au sud du Saint-Laurent, ce pourcentage grimpe à 93 %.

Ces chiffres sont élevés, mais on ne connaît pas pour le moment l'impact de ces parasites sur la santé des animaux qualifiés de porteurs. On ne l'a pas évalué.

L'oreille infestée de tiques d'un orignal L'oreille infestée de tiques d'un orignal  Photo :  LINDA BROCHU/ SERGE SIMONEAU

L'inquiétude vient largement du fait que dans l'État du New Hampshire, la population d'orignaux a diminué de moitié en 15 ans.

« Notre dernière recherche a montré que la tique d'hiver est la principale cause de mortalité pour l'orignal. Mais bien que nous ayons réduit les permis de chasse, la population d'orignaux a continué à baisser. » — Kristine Rines, biologiste au ministère de la Pêche et de la Chasse du New Hampshire
Le cycle de vie de la tique d'hiver Le cycle de vie de la tique d'hiver  Photo :  « Sur la piste des cervidés », éditions Orinha, 2013.

Il n'existe pas de traitement possible pour stopper la menace, puisqu'il serait impensable de mettre l'équivalent de colliers antipuces à ces animaux sauvages.

Une hypothèse est que la tique d'hiver remonte vers le nord à la faveur du réchauffement climatique. Si bien qu'il y a peu d'espoir que cette nouvelle menace s'estompe rapidement.

L'apparence d'un orignal infesté de tiques  Photo :  LINDA BROCHU/ SERGE SIMONEAU
Serge Simoneau  Photo :  Découverte
Un chasseur et son gibier

Le chasseur à l'arbalète Serge Simoneau possède une cache tout près de la frontière du Maine dans la ZEC (zone d'exploitation contrôlée) Louise-Gosford, en Estrie, depuis plus de 20 ans.

Les orignaux viennent régulièrement manger à sa saline. Il a remarqué depuis une dizaine d'années que certaines bêtes étaient porteuses de tiques d'hiver. Au début, elles n'étaient que quelques-unes. Puis, au fil des années, le nombre de bêtes infectées et l'importance de l'infection ont pris de l'importance. Selon le chasseur, on pouvait trouver plusieurs dizaines de milliers de tiques par individu. Il a alerté le ministère en 2007.

Il a fait signer des pétitions auprès des autres chasseurs afin d'éviter que les femelles soient tuées, car le cheptel baissait radicalement. Selon lui, la plupart des orignaux de la région sont affectés par la tique d'hiver. Il a donc décidé de décrire le phénomène en prenant des photos des orignaux qui venaient près de sa saline.

Les résultats ont été stupéfiants. Sur les photos, il est possible d'apercevoir des animaux dans un piètre état, avec des plaies ouvertes, des tumeurs, et montrant des signes d'épuisement.
La femelle est beaucoup plus grosse que le mâle La femelle est beaucoup plus grosse que le mâle  Photo :  Découverte
Pour voir le reportage complet diffusé à l'émission Découverte, cliquez ici.

Gros plan sur les tiques d'hiver

Linda Brochu, la conjointe de Serge Simoneau, a récolté des tiques pour l'émission Découverte. Le caméraman Jérôme Voyer-Poirier a filmé les parasites durant quelques heures. On remarque que les femelles sont beaucoup plus grosses que les mâles.