Un intestin hazda très différent d'un intestin italien

Des femmes hazda font cuire des tubercules. Des femmes hazda font cuire des tubercules.  Photo :  Institut Max Planck pour l'anthropologie évolutionniste

La flore bactérienne que contient notre intestin varie selon notre style de vie.

Cette flore avait surtout été étudiée chez les populations des pays développés. Mais pour la première fois, la flore intestinale de chasseurs-cueilleurs modernes, les Hazda de Tanzanie, a été analysée.

Les résultats obtenus montrent que les Hazda abritent un profil microbien jamais vu chez aucune autre communauté. Cela laisse penser que les bactéries intestinales jouent un rôle essentiel dans l'adaptation au milieu.

La flore microbienne des Hazda montre une aptitude à digérer la nourriture provenant d'un régime riche en fibres, comme les plantes. Elle leur permet également de tirer un supplément d'énergie de ces fibres.

Étonnamment, la flore microbienne des hommes et des femmes Hazda diffère de beaucoup quant à la quantité et aux sortes de bactéries qu'elle contient, l'une des choses qui n'avaient jamais été observées chez aucune autre communauté auparavant. « La différence que l'on retrouve entre la flore bactérienne des deux sexes reflète la division sexuelle du travail qui existe dans leur société », indique Stephanie Schnorr, de l'Institut Max Planck pour l'anthropologie évolutionniste, l'un des auteurs de l'étude.

Ainsi, les hommes Hazda chassent et ramassent le miel, alors que les femmes ramassent les tubercules et les autres plantes nécessaires à leur alimentation. Même si les deux sexes partagent cette nourriture, chacun mange un peu plus de ce qu'il ramasse, ce qui a pour conséquence que l'intestin des femmes contient plus de bactéries qui aident à digérer les plantes fibreuses.

Ne se contentant pas de tirer des observations des Hazda, les scientifiques ont également comparé la flore microbienne de ceux-ci à celle d'Italiens vivant en ville. Cette comparaison a fait ressortir le fait que les premiers avaient une flore microbienne beaucoup plus diversifiée que les deuxièmes.

« Plusieurs maladies qui émergent dans les pays industrialisés, comme le syndrome du côlon irritable, le cancer colorectal, l'obésité, le diabète, la maladie de Crohn, sont significativement associées à la réduction de la diversité de la flore microbienne », mentionne Stephanie Schnorr.

De plus, étrangement, la flore des Hazda contient un haut niveau de bactéries que l'on tient comme un signe de maladie dans les populations des pays industrialisés, comme la bactérie Treponema, et un bas niveau d'autres bactéries considérées comme saines en « territoire civilisé », comme les bifidobactéries. Malgré cela, les Hazda ne connaissent pas de problèmes reconnus résultant de ce déséquilibre.

Les anthropologues en viennent donc à la conclusion que les notions de bactéries saines et malsaines se redéfinissent en fonction de l'environnement dans lequel les êtres humains évoluent.

Cette étude a été publiée dans la revue Nature Communications.

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