Première connexion entre cerveaux humains

Alain Labelle
Radio-Canada
Les chercheurs Rajesh Rao et Andrea Stocco lors de l'expérience. Les chercheurs Rajesh Rao et Andrea Stocco lors de l'expérience.  Photo :  Université de Washington

Des scientifiques américains ont réalisé ce qui serait la première connexion non invasive entre deux cerveaux humains. Ainsi, un chercheur de l'Université de Washington a été capable de faire bouger le doigt d'un collègue situé de l'autre côté du campus en envoyant un signal à son cerveau par Internet.

Comment? En ayant recours à des enregistrements cérébraux électriques et une forme de stimulation magnétique, le chercheur Rajesh Rao a envoyé un signal au cerveau de son collègue Andrea Stocco, ce qui a permis de faire bouger son doigt sur un clavier.

Contexte

Des chercheurs de l'Université Duke avaient déjà réalisé une communication cérébrale entre deux rats, et d'autres, de Harvard, l'avaient fait entre un homme et un rat. La présente expérience serait ainsi la première démonstration de connexion cérébrale entre humains.
« Internet est un moyen de connexion entre ordinateurs et peut maintenant connecter des cerveaux. Ce que nous voulons, c'est transmettre le savoir d'un cerveau à l'autre. » — Andrea Stocco

La démonstration a été filmée dans les deux laboratoires. Un extrait édité est disponible à la fin de ce texte.

Le Pr Rajesh Rao, un ingénieux et expert en science informatique, travaille sur ce projet depuis 10 ans. Ce n'est qu'en 2011 toutefois que différentes percées dans les technologies lui ont permis d'espérer réussir une première démonstration de communication humaine intercérébrale.

L'expérience

Le 12 août dernier, Le Pr Rao s'est assis dans son laboratoire avec un casque d'électrodes relié à un appareil d'électroencéphalographie lisant l'activité cérébrale dans son cerveau.

Le chercheur Stocco, dans son laboratoire situé à l'autre extrémité de l'université, a placé un casque sur sa tête, qui indique les zones de stimulation magnétique transcrânienne et qui est relié à un appareil placé directement sur son cortex moteur gauche, la région du cerveau qui contrôle les mouvements de la main.
Les deux équipes étaient connectées par Skype afin de se coordonner, mais les deux participants ne pouvaient voir les écrans.

M. Rao a regardé un écran d'ordinateur et a joué à un jeu vidéo simple avec son esprit. Lorsqu'il devait tirer un coup de canon vers une cible, il imaginait le déplacement de sa main droite avec un curseur vers le bouton « feu » en prenant bien soin de ne pas le faire. Presque instantanément, son collègue Stocco, qui avait des écouteurs annulant le bruit et qui ne regardait pas d'écran d'ordinateur, a involontairement déplacé son index pour pousser la barre d'espace sur le clavier devant lui, comme pour tirer.

Après l'expérience, ce dernier a comparé la sensation de sa main qui bougeait involontairement à un tic nerveux.

Pour sa part, son collègue Rao a trouvé l'expérimentation passionnante. De savoir qu'une action imaginée par son cerveau est traduite dans l'action par l'organe d'un autre est très particulier, a-t-il affirmé.

« En fin de compte, c'est comme un flux d'informations à sens unique de mon cerveau au sien. » — Pr Rajesh Rao

Il n'est donc pas surprenant de deviner la prochaine étape du groupe de recherche : établir une conversation bilatérale plus équitable entre les deux cerveaux.

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