La théorie du vieillissement à revoir?

Des chercheurs de McGill renversent la théorie des méfaits des antioxydants, souligne Jean-Sébastien Cloutier.

Des vers génétiquement modifiés pour qu'ils produisent davantage de radicaux libres vivent, ô surprise, plus longtemps que les autres vers, ont démontré des chercheurs québécois de l'Université McGill.

Pourtant, la théorie généralement admise dans la communauté scientifique veut que les radicaux libres jouent un rôle central dans le processus de vieillissement en endommageant les cellules.

Le Pr Siegfried Hekimi et ses collègues, qui testaient cette théorie, pensaient donc voir leurs vers mutants vivre moins longtemps.

Or, non seulement cela n'a pas été le cas mais, toujours en opposition avec la théorie, leur vie prolongée a pris fin lorsque les chercheurs leur ont administré des antioxydants, reconnus jusqu'à ce jour pour contrecarrer le travail des radicaux libres.

L'équipe de recherche a ensuite voulu vérifier l'effet bénéfique apparent des radicaux libres en traitant des vers ordinaires au Paraquat, un herbicide qui entraîne l'augmentation de la production de radicaux libres.

Les auteurs de ces travaux publiés dans le PLoS Biology ont remarqué que les vers avaient une durée de vie supérieure de 60 % après avoir été exposés au produit chimique.

Le Paraquat est considéré comme très toxique pour les humains et les animaux. Il est d'ailleurs interdit en Europe, et son usage est limité dans plusieurs autres pays.

Une théorie complexe

Ces nouvelles données remettent donc en question le rôle des radicaux libres dans le processus de vieillissement.

« La théorie courante est très claire et logique, mais nos découvertes suggèrent une structure différente des motifs pour lesquels le stress oxydatif est impliqué dans le vieillissement. » —  Pr Siegfried Hekimi

Selon le scientifique, les vers génétiquement modifiés ont démontré que la production de radicaux libres peut contribuer à déclencher les mécanismes de protection et de réparation des cellules. Elle contribuerait donc, à certaines étapes de la vie, au maintien du corps, malgré leur toxicité.

En outre, le recours à des antioxydants a écourté la longévité des vers mutants et n'a eu aucun effet sur les vers normaux.

Le Pr Hekimi estime qu'il est important de poursuivre les travaux afin de mieux cerner le lien complexe entre le vieillissement et le stress oxydatif.

« Ainsi, s'il est clair que les radicaux libre sont impliqués dans le processus, il est maintenant évident que ce n'est pas comme nous le pensions », ajoute le Dr Hekimi.

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