L'hôpital à la maison : une expérience prometteuse en Estrie

Dre Debora Andriuk rencontre un patient âgé à domicile, ce qui lui évite d'être hospitalisé cette fois-ci Dre Debora Andriuk rencontre un patient âgé à domicile, ce qui lui évite d'être hospitalisé cette fois-ci  Photo :  Radio-Canada/Myriam Fimbry

Les médecins du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), opposés au projet de loi 20, se rencontrent cette fin de semaine à Montréal pour proposer d'autres façons d'améliorer les soins de santé. L'un de leurs ateliers porte sur l'idée d'amener l'hôpital à la maison, une expérience déjà menée avec succès à Cowansville, en Estrie.

Un texte de Myriam FimbryTwitterCourriel à Désautels le dimanche

Depuis février, une équipe de sept médecins se relaient auprès des patients « hospitalisés » à la maison, sur le territoire du CSSS La Pommeraie. Le projet-pilote d'un an, mené en 2013 et peu médiatisé pour ne pas donner trop d'espoirs aux patients, a donné des résultats très convaincants.

À  un point tel qu'après une interruption d'un an, les médecins impliqués ont réussi à convaincre leurs administrateurs d'implanter l'initiative pour de bon. Or, un tel service ne figure pas du tout, actuellement, dans les plans du ministère.

Ce programme de soins médicaux aigus aux aînés à domicile (SMA3D), dispensés par des médecins et des infirmières, est différent des services de soins à domicile, comme l'explique Debora Andriuk, médecin spécialisée en gériatrie:

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Grâce à ce service, ce sont de nombreuses visites à l'urgence ainsi que des hospitalisations de plusieurs jours (11 jours en moyenne chez les 75 ans et plus à l'hôpital Brome-Mississquoi-Perkins) qui sont évitées aux malades.

André Ricard et son épouse Marguerite (sur la photo) rangent les vêtements de sa mère, décédée il y a un mois, à 90 ans. Le couple l'a hébergée pendant quatre ans dans sa maison, en investissant très tôt dans un lit d'hôpital, plutôt que d'attendre d'y avoir droit.

Le couple a ainsi pu éviter plusieurs fois de pénibles visites à l'urgence pour la mère d'André, grâce au service SMA3D.

« Elle a fait des infections urinaires et pulmonaires », raconte André Ricard. « Une fois, un samedi matin, on a appelé à 8 h. À 11 h, le médecin était déjà ici. Le lendemain, c'était l'infirmière qui venait. Le médecin décidait s'il avait besoin de revenir ou non. Des fois, il revenait deux ou trois fois dans la même semaine. » Avant, pour le même type d'urgence, sa mère pouvait passer deux semaines à l'hôpital.

Éviter l'hôpital quand c'est possible

L'enjeu est crucial, car plus un patient est âgé, plus l'expérience d'un séjour à l'hôpital risque de détériorer son autonomie. L'alitement nuit à sa mobilité et à sa force musculaire. Le changement d'environnement peut le plonger dans un état de panique et de confusion, qui laissera des séquelles parfois irréversibles sur le plan cognitif.

« Elle ne voulait pas aller à l'hôpital, elle ne comprenait pas. Elle croyait qu'elle s'en allait là pour mourir... Le retour à la maison, on en avait pour quatre jours avant qu'elle puisse se calmer. » — Marguerite Daigneault, épouse d'André Ricard.

Analyse des coûts

Le projet-pilote a nécessité un investissement d'environ 80 000 $, pour un an. Il fallait aussi des médecins convaincus et convaincants, dans le contexte actuel, comme l'explique l'initiateur du service à Cowansville, Denis Lesieur, médecin à Sutton depuis une trentaine d'années :

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Mais les économies réalisées montrent que le jeu en valait la chandelle, sur le plan financier comme sur le plan humain. Les frais d'hospitalisation évités sont de l'ordre de 300 000 $, sans compter les visites à l'urgence (42 000 $) et les transports en ambulance.

Saviez-vous que...

  • Une visite à l'urgence coûte 340 $
  • Une journée d'hospitalisation : 1048 $

Les médecins ont calculé que le service était rentable dès la sixième hospitalisation évitée. Les instigateurs du projet estiment que l'expérience SMA3D a permis d'éviter au bas mot une quarantaine d'hospitalisations pendant sa période de mise à l'essai.

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Projet de loi 20

Le projet de loi 20 pourrait cependant représenter un obstacle de taille pour cette initiative. La nouvelle loi encourage en effet davantage la prise en charge de patients en cabinet, avec des quotas à atteindre. Les soins aigus à domicile ne font pas partie du « panier de services ». Ils n'existent tout simplement pas dans les activités répertoriées d'un médecin dans le projet de loi 20.

Et même, « dans l'écriture actuelle du projet de loi 20 du ministre, la garde en soins à domicile disparaît de la liste des activités médicales prioritaires », fait remarquer Dr Mance Luneau, médecin de famille spécialisée en gériatrie à Sainte-Thérèse, sur la Rive-Nord. « Le ministre a donc tout intérêt à écouter attentivement cette proposition d'offre de service [de soins aigus] à domicile qu'est le SMA3D ».

Écoutez le reportage de Myriam Fimbry à l'émission Désautels le dimanche sur ICI Radio-Canada Première.

Et vous, connaissez-vous des initiatives originales dans votre région pour améliorer l'accès aux soins de santé? Faites-nous part de vos commentaires ci-dessous.

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