Les 12 salopards, ces fruits et légumes champions des pesticides

Des fruits et des légumes  Photo :  Radio-Canada

Les 12 salopards. Un film américain paru en 1967 dans lequel 12 criminels sont engagés dans une mission suicide contre des généraux nazis. C'est à ce film que des lobbys pro-santé et environnementaux nord-américains et européens empruntent le titre pour nommer leurs listes annuelles des fruits et légumes qui contiennent le plus grand nombre de pesticides : The Dirty Dozen.

Un texte d'Alain RoyCourriel de L'épicerie

L'utilisation des pesticides et des insecticides est très répandue dans l'agriculture traditionnelle. Depuis la moitié du siècle dernier, le recours à ces centaines de produits chimiques est considéré comme un mal nécessaire dans l'agriculture de masse pour en optimiser les rendements.

« C'est encore le moyen le plus efficace et souvent le moins cher de contrôler les insectes et les maladies.  » — Onil Samuel, toxicologue à l'Institut national de santé publique du Québec

Il se trouve par contre de plus en plus de voix pour dénoncer les dommages que ces produits causent à l'environnement et à la santé humaine.

Les listes qui paraissent chaque année suggèrent d'éviter de consommer les 12 fruits et légumes « salopards » qui contiennent le plus grand nombre de pesticides détectés lors des inspections menées notamment par l'Agence canadienne d'inspection des aliments et la USDA. Il s'agit de fruits et légumes parmi les plus consommés.

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Le nombre de pesticides ne dit toutefois rien sur leur dangerosité ou leur conformité avec les normes en vigueur. L'épicerie a reclassé cette liste de fruits et légumes en fonction des cas d'infraction détectés par rapport aux normes.

Même si leur usage est réglementé, Onil Samuel s'inquiète de la présence des pesticides dans l'alimentation.

« Ce sont de faibles doses, mais à répétition et pendant de longues périodes, qui vont avoir des conséquences à long terme comme le développement de cancers ou le dérèglement des systèmes endocrinien, neurologique, reproducteur, etc. » — Onil Samuel, toxicologue à l'Institut national de santé publique du Québec

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On retrouve des résidus de pesticides dans l'urine de 90 % des Canadiens, ce qui confirme leur présence importante dans nos aliments. Donc même si on les élimine, « ces pesticides entrent dans le corps, sont absorbés dans la circulation systémique et passent à travers les différents organes du corps, y compris le cerveau, là où ils peuvent créer des dommages », ajoute Maryse Bouchard, professeure au Département de santé environnementale et au travail de l'Université de Montréal.

Une étude qu'elle a réalisée à l'Université Harvard avec 13 autres chercheurs auprès de 1200 enfants américains soulève des questions troublantes.

« On a observé que les enfants qui avaient un TDAH avaient davantage de résidus de pesticides dans leur urine. On ne peut pas nécessairement conclure que les pesticides sont l'unique cause de leur hyperactivité, mais ça sonne un signal d'alarme. » — Maryse Bouchard, professeure à l'Université de Montréal
Maryse Bouchard, professeure au Département de santé environnementale et au travail de l'Université de Montréal Maryse Bouchard, professeure au Département de santé environnementale et au travail de l'Université de Montréal  Photo :  Radio-Canada

Mme Bouchard en rajoute en citant une autre étude, californienne celle-là.

« Des femmes enceintes qui vivaient près d'endroits où on épandait des pesticides étaient plus à risque de donner naissance à des enfants autistes. » — Maryse Bouchard, professeure à l'Université de Montréal

D'un côté on nous dit de manger plus de fruits et légumes, mais de l'autre, d'éviter ceux de la liste des Dirty Dozen parce qu'ils contiennent trop de pesticides. « Se priver de manger des fruits et légumes causerait plus de dommages à notre santé que le contraire », met en garde Nathalie Jobin, nutritionniste chez Extenso.

« Si on ne peut pas se payer du bio, il est important de bien les laver à grande eau et non les faire tremper. Si possible les brosser, voire les éplucher et les cuire si leur usage l'indique. L'important, finalement, c'est encore et toujours de varier les fruits et légumes qu'on consomme. » — Nathalie Jobin, nutritionniste chez Extenso