Véronique Hivon veut être la chef d'un Parti québécois réinventé

Le reportage de Julie Dufresne

Première à se lancer officiellement dans la course à la succession de Pierre Karl Péladeau, Véronique Hivon prône un « Parti québécois réinventé et résolument tourné vers l'avenir ». Si elle cherche l'appui des souverainistes convaincus, la politicienne de 46 ans tend également la main à ceux qui se disent « orphelins » et qui sont « désabusés » de la politique, « aux adversaires d'hier et aux amis de demain ».

Un texte de Sophie-Hélène LebeufTwitterCourriel avec la collaboration de François MessierTwitterCourriel

Entourée de députés, de militants et d'amis personnels, celle qui était alliée d'Alexandre Cloutier lors de la course de l'an dernier a confirmé ses intentions lundi après-midi lors d'une conférence de presse donnée dans le parc de son enfance, le parc Lajoie, situé dans sa circonscription.

Faire de la souveraineté un projet « collé à la réalité des gens », rétablir le lien de confiance entre la population et la classe politique, poursuivre la convergence souverainiste et œuvrer pour la conciliation famille-politique : voilà quelques pans du programme que propose la députée de Joliette.

Celle qui veut « changer l'exercice de la politique » a rappelé qu'elle avait piloté le délicat projet de loi sur les soins de fin de vie, « un vaste travail de consultation et de concertation non partisane ». Elle n'avait pas réussi à le faire adopter avant le déclenchement des élections du printemps 2014, mais le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a reconnu son travail en le reprenant au compte de son gouvernement. Mme Hivon a été reconnue coauteure du projet de loi.

Celle-ci a aussi fait valoir qu'elle avait élaboré la première politique nationale de lutte contre l'itinérance et œuvré « activement » à la convergence des forces souverainistes. Sous Pierre Karl Péladeau, elle était responsable de ce dossier, visant à trouver un terrain d'entente avec Option nationale et Québec solidaire.

« Le pari que j'ai envie de faire avec vous, c'est que nous pouvons rebâtir la confiance, rebâtir le lien durement effrité entre la population et la classe politique, ses élus et ses institutions, a-t-elle lancé. Soyons ce parti, ce grand parti, qui aura compris que ça ne peut plus durer ainsi, ce parti qui, de par sa main tendue, son écoute, son ouverture à se remettre en question, deviendra le moteur de la reconstruction des ponts entre les gens, de tous les milieux et de toutes les générations, et ceux et celles qui doivent les représenter et répondre à leurs aspirations les plus légitimes. »

« Seule, il me sera impossible de parvenir à rétablir la confiance et à réinventer notre parti. Je n'ai rien d'un sauveur et je ne souhaite même pas trouver la féminisation exacte de ce mot. » — Véronique Hivon

À une journaliste qui lui demandait si elle faisait partie du camp des souverainistes « pressés », elle a répondu que ce n'était « pas une question de date ». « À chaque fois qu'on va me parler de référendum, je vais vous répondre en vous parlant de souveraineté. Il est temps qu'on parle du projet et non de la mécanique et de la date sur le calendrier », a-t-elle soutenu.

Interrogée sur ce qui la distingue d'Alexandre Cloutier, dont elle est réputée proche, elle a évoqué « beaucoup de points de convergence », mais aussi des différences, notamment dans leur approche et dans les thèmes qu'ils privilégieront. Celles-ci se révéleront en cours de route, a-t-elle ajouté.

Celle qui  a été ministre déléguée aux Services sociaux dans le gouvernement de Pauline Marois a d'ailleurs précisé que la justice sociale et l'équité entre les générations et entre les régions, le développement économique durable, la valorisation du français et de la culture québécoise ainsi que la réappropriation de la vie démocratique constitueraient les quatre grands axes de sa campagne.

La famille, « au cœur de la société »... et de la campagne

Soulignant que la difficile conciliation famille-politique, soulignée par le départ de Pierre Karl Péladeau, avait « enfin retenu l'attention », elle a indiqué que la famille, « au cœur de la société », serait au centre de ses propositions

Mme Hivon entend d'ailleurs « joindre l'utile à l'agréable » cet été en entamant « en famille » une tournée des parcs dans toutes les régions du Québec.Elle a indiqué que, tout au long de la campagne, elle prendrait une journée par semaine pour consacrer du temps à sa famille.

Véronique Hivon a déjà obtenu l'appui de 4 des 29 députés du Parti québécois, soit Claude Cousineau (Bertrand), André Villeneuve (Berthier), Carole Poirier (Hochelaga-Maisonneuve) et Sylvain Pagé (Labelle), qui étaient à ses côtés, tout comme le député fédéral de la circonscription, le bloquiste Gabriel Ste-Marie.

Elle a aussi reçu l'appui de l'ex-présidente et ex-chef intérimaire d'Option nationale. Nathaly Dufour a indiqué qu'elle et possiblement d'autres militants du parti souverainiste se réinscriraient au PQ si Mme Hivon plongeait.

Disant n'éprouver « aucune inquiétude » quant aux tensions qui pourraient diviser le parti, Mme Hivon a assuré que tous les candidats pressentis et elle-même avaient « quelque chose à apporter au débat » et qu'elle avait d'« excellentes relations » avec eux.

Martine Ouellet fera une annonce dans les « prochains jours »

Martine Ouellet, présentant son plan Climat 2030. Martine Ouellet, présentant son plan Climat 2030.

La députée de Vachon, Martine Ouellet, qui ne cache pas son intérêt pour la course à la direction du PQ, a pour sa part présenté un plan de développement économique, notamment axé sur l'électrification des transports, lors d'une conférence de presse à la Maison du développement durable, à Montréal, un peu plus tôt dans la journée. Cette annonce était prévue avant que Pierre Karl Péladeau n'annonce son départ.

Pressée de questions sur son éventuelle candidature à l'issue du point de presse, elle a admis qu'elle ferait une annonce « dans les prochains jours ».

Pendant sa présentation, elle n'y a pas ouvertement fait allusion. Le document, intitulé Climat 2030, est cependant sur le site de la députée et non sur celui du Parti québécois. C'est d'ailleurs à titre de députée qu'elle a présenté son plan, bien qu'elle soit porte-parole de l'opposition officielle en matière de transports et d'électrification des transports. Elle était en outre entourée de quelques personnalités de divers horizons, dont  l'ex-candidat bloquiste Denis Trudel, qui ont vanté ce projet de 15 milliards de dollars qui permettrait, selon Mme Ouellet, de créer 350 000 emplois.

Elle a mis de l'avant son expérience de gestionnaire chez Hydro-Québec. Ingénieure mécanique de formation et titulaire d'une maîtrise en administration des affaires, la femme de 47 ans a été cadre à Hydro-Québec avant de se lancer en politique, en 2010.

Celle qui a été ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement Marois avait terminé au troisième et dernier rang lors de la course de l'an dernier, avec 13,3 % des suffrages, contre 29,2 % pour Alexandre Cloutier.

Interrogée sur la possibilité de faire mieux que la dernière fois, Martine Ouellet a souligné, en entrevue à l'émission Midi Info, que la présence de Véronique Hivon « divise les votes » qu'avait alors recueillis le député de Lac-Saint-Jean. « On se retrouve tout le monde à la même place », en a-t-elle conclu.

Invoquant ses positions fermes sur la tenue d'un référendum, elle a affirmé qu'elle était, lors de la plus récente course, le deuxième choix des pro-Péladeau.

Même si elle n'a pas encore annoncé officiellement ses couleurs, ses intentions ne semblent pas laisser de doute.

« C'est pas mal enligné », a-t-elle reconnu alors que l'animateur concluait l'entrevue en la présentant comme « future candidate ».

Entrevue avec Véronique Hivon

Cloutier pourrait se lancer jeudi

Le député de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier, qui s'était classé deuxième, derrière M. Péladeau, lors de la dernière course à la direction, devrait aussi se lancer dans la course d'ici peu.

Depuis vendredi dernier, l'avocat et constitutionnaliste de 38 ans affirme que sa décision est prise. Il soutient qu'il l'annoncera en temps et lieu, en compagnie de sa famille, ce qui laisse peu de doute quant à sa décision d'être de la partie.

Selon nos informations, M. Cloutier compte en fait lancer sa campagne jeudi.

Interrogé à ce sujet lundi matin, il s'est borné à dire qu'il n'annoncerait rien aujourd'hui, puisque sa femme est à l'extérieur du pays, ni mardi, puisque le nouveau chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, fera son entrée à l'Assemblée nationale.

M. Cloutier a tenu à « saluer l'arrivée » de Mme Hivon dans la course. Il a immédiatement ajouté : « Par contre, je vais rappeler que ce qui est vraiment important, c'est de gagner pour les Québécois en 2018, et que peu importe ce qui va arriver, on forme une équipe pour, en bout de course, gagner et changer le gouvernement actuel ».

Dans un sondage Léger - Le Devoir - Le Journal de Montréal publié vendredi, un Parti québécois dirigé par M. Cloutier était donné gagnant contre le Parti libéral de Philippe Couillard en 2018. Mme Hivon était derrière M. Couillard dans un tel affrontement, même si ses appuis étaient à peine plus faibles que ceux de M. Cloutier.

L'ex-ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes du gouvernement Marois a reconnu la semaine dernière que la perspective d'affronter son amie Véronique Hivon constituait un scénario « un peu shakespearien ».

D'autres candidats en réflexion

L'ex-ministre des Finances Nicolas Marceau dit aussi ouvertement qu'il réfléchit à présenter sa candidature.

Le nom du député de Rosemont, Jean-François Lisée, a aussi été évoqué. Son collègue Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, a pour sa part indiqué qu'il ne serait pas de la course.

Le PQ souhaite l'élection de son prochain chef entre la mi-septembre et la mi-octobre pour succéder à Pierre Karl Péladeau, qui a démissionné de son poste lundi dernier.

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