Québec doit profiter du budget pour annuler les compressions dans les CPE, dit l'opposition

Le reportage de Maxime Bertrand

La décision du Mouvement Desjardins d'offrir des prêts aux parents qui devront payer l'excédent du coût des services de garde que fréquentent leurs enfants prouve que le gouvernement doit faire volte-face dans ses politiques concernant la petite enfance, estiment ses détracteurs. Le premier ministre se montre cependant inébranlable à ce sujet.

Dans un point de presse tenu en compagnie du président-directeur général de l'Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Louis Sénécal, le député péquiste Sylvain Pagé et la co-porte-parole de Québec solidaire Françoise David se sont tour à tour indignés au nom des parents du Québec.

« Mais où est-ce qu'on s'en va pour l'amour du ciel? », s'est scandalisée Mme David en évoquant la nouvelle révélée par Le Journal de Montréal.

Elle demande au gouvernement de profiter du budget pour renoncer aux compressions de 120 millions de dollars imposés aux CPE et à revenir à un tarif unique pour les enfants qui les fréquentent.

« Le Québec, c'est un peu le monde à l'envers », s'est indigné M. Pagé, porte-parole du PQ en matière de famille. « On peut s'acheter une voiture financée sur 5 ans à 0 % d'intérêt, et ce matin, on apprend que pour financer les services de garde, ça pourra coûter 12 % [...] Les priorités sont loin d'être à la bonne place. »

« On a connu les prêts hypothécaires, les prêts auto, les prêts meubles, maintenant on aura les prêts CPE. C'est absolument incroyable! », a déclaré M. Sénécal.

« Pourquoi? Parce que le gouvernement a fait fi de sa promesse électorale et enverra une facture qui pourra aller jusqu'à 2300 $ par enfants, 4600 $ pour deux enfants - heureusement pour le troisième, c'est gratuit. »

« On trouve ça indécent », a poursuivi le PDG de l'AQCPE. « On demande au gouvernement de revenir sur cette mauvaise décision, de revenir à sa promesse électorale et de ne pas couper dans les CPE, et d'éliminer cette ligne 434 que l'on voit dans le rapport d'impôt de cette année ».

M. Sénécal, M. Pagé et Mme David étaient réunis à Québec pour annoncer que 202 000 Québécois ont signé au cours des derniers mois une pétition parrainée par les deux politiciens. Une preuve, disent-ils, de l'attachement de la population québécoise envers leurs services de garde.

« Le gouvernement ne peut pas faire fi de ce geste démocratique, de cette volonté québécoise de dire non à l'augmentation de ces tarifs, et de dire non également à tous ces coupures qui auront un impact important sur la qualité des services qu'on va offrir à ces enfants. » — Louis Sénécal, PDG de l'AQCPE

Interrogé au sujet de ces prêts destinés à assumer la hausse des tarifs des services de garde, le premier ministre Philippe Couillard n'a donné aucun signe qu'il est disposé à faire marche arrière dans ces dossiers.

« Il faut rappeler que, de loin, les Québécois bénéficient des services de garde les moins coûteux en Amérique du Nord. Le plus socialement juste également, parce qu'il dépend du revenu des familles, et que les familles à plus bas revenu sont en fait épargnées de toute hausse », a-t-il fait valoir.

« Alors, il faut replacer les choses dans leur contexte : le coût réel des services est beaucoup plus élevé. Oui, il y a un coût à assumer pour les citoyens, mais il est beaucoup plus bas, il est sans commune mesure avec ce que les autres citoyens des autres provinces canadiennes ont à assumer pour les services de garde », a ajouté le premier ministre.

« Vous savez, la modulation des services de garde, elle n'est pas dans l'espace public depuis hier, elle y est déjà depuis un certain temps », a affirmé pour sa part le ministre de la Famille, Sébastien Proulx, lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. « Voilà déjà plusieurs mois que nous avons mis en place cette modulation-là, et nous avons expliqué pourquoi c'était le plan qui a été retenu. »

« Il y a eu de la diffusion d'information, il y a plusieurs contribuables et des parents qui le savent. Ils ont été en mesure de se préparer. Plusieurs d'entre eux ont déjà travaillé avec leur employeur pour avoir des prestations plus élevées. Il n'en demeure pas moins qu'il y a des outils pour les contribuables du Québec actuellement, pour se préparer à la saison des impôts et pour voir quelle sera leur situation », a-t-il ajouté.

Le gouvernement invite notamment les contribuables à consulter un outil créé à cette fin sur le site du ministère des Finances du Québec.

De son côté, le Mouvement Desjardins a voulu ajusté le tir en publiant un communiqué dans lequel il précise que le service AccordD n'a pas été expressément conçu pour les parents en mal de payer leurs frais de garderies. « Desjardins n'a jamais estimé ou qualifié l'ampleur des frais de garde et encore moins déterminé qu'ils nécessitaient un financement spécial. Tout au plus, Desjardins souhaitait offrir aux familles concernées un mode de financement souple, si elles en ressentaient le besoin », a précisé Desjardins.

Le choc tarifaire d'une famille

Avec trois enfants de moins de cinq ans, Julie Rouleau et Mathieu Bélanger en ont déjà plein les bras et ils se seraient bien passés d'un nouveau choc tarifaire. Étant donné que leur revenu combiné dépasse le plateau supérieur fixé à 155 000 $, ils doivent payer la contribution maximale pour les frais de garde annoncée en avril dernier par le gouvernement Couillard. En plus du tarif journalier de 7,30 $ versé directement au CPE, ils doivent débourser à la fin de l'année financière un supplément de 12,70 $ par jour.

Comme la hausse ne s'applique qu'aux deux premiers enfants, les Rouleau-Bélanger doivent donc 4600 $ au gouvernement au moment de faire leur déclaration de revenus provinciale.

Les parents dont le revenu familial net est inférieur à 50 000 $ n'ont pas à payer de contribution additionnelle. Ceux dont le revenu est d'entre 50 000$ et 75 000$ paient 70 cents de plus par jour. Le tarif quotidien augmente ensuite progressivement jusqu'à un maximum de 12,70$.

Et les parents devront s'attendre à payer encore davantage l'an prochain puisque la hausse de tarif n'a été appliquée que sur les huit derniers mois de l'année à partir du 21 avril 2015. En 2016 la contribution additionnelle maximale atteindra donc 3300 $ par enfant.

 

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