Justin Trudeau et la corde raide de la crise en Alberta

Pendant près d'une heures la première ministre de l'Alberta, Rachel Notley et le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, ont pu discuter des enjeux qui sont chers aux Albertains. Rachel Notley et Justin Trudeau  Photo :  Jacaudrey Charbonneau

Justin Trudeau, le libéral de l'est du pays... De dire qu'il était attendu de pied ferme en Alberta cette semaine est un euphémisme.

Emmanuelle Latraverse
  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse
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Les prises de bec d'un océan à l'autre sur l'avenir de l'oléoduc Énergie Est n'a que fait monter les enchères. Le flou par moment volontaire de son gouvernement sur l'avenir du projet n'avait rien fait pour rassurer l'Alberta.

Une visite au coeur de la crise qui a propulsé Justin Trudeau sur la corde raide de l'unité nationale. Difficile d'imaginer que de promettre une aide extraordinaire à l'Alberta enchante une majorité de l'électorat du pays. Justin Trudeau sur la corde raide de la crise a joué la carte de l'écoute, pour éviter d'avoir trop l'air d'épargner la chèvre et le chou.

Le pipeline... toujours le pipeline

La première ministre Rachel Notley l'a indiqué, elle attend un signal clair du fédéral. Et ça commence par les pipelines.

« Le premier ministre comprend, et laissez-moi être très claire : cet enjeu est important pour nous, tout comme pour quiconque comprend l'importance de bâtir le Canada. » — Rachel Notley, première ministre de l'Alberta

En public, Justin Trudeau semble davantage sur la clôture et a bien évité de se prononcer sur l'avenir d'Énergie Est. Il a même évité de prononcer le mot « pipeline ».

« Une des responsabilités fondamentales est de trouver des marchés internationaux pour se ressourcer, on a besoin d'exporter nos ressources. Mais au 21e siècle, ça se fait de façon responsable pour les communautés affectées et les générations futures », a déclaré le premier ministre du Canada.

Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le Conseil des ministres donnerait son feu vert au projet advenant une évaluation favorable de l'Office national de l'énergie, Justin Trudeau a bien évité de répondre.

La joute a de quoi être délicate.

Le gouvernement Trudeau tente à la fois de rassurer l'Alberta et de calmer les craintes du Québec. Il tente de convaincre qu'il comprend l'importance de bâtir des infrastructures pour acheminer le pétrole vers de nouveaux marchés, tout en envoyant le signal qu'aucun projet de cette ampleur ne verra le jour sans assurer une protection adéquate de l'environnement, un processus d'évaluation crédible et l'appui des communautés touchées.

Le signal pour TransCanada et l'Office national de l'énergie est clair. Ils devront refaire leurs devoirs avant de gagner la confiance des Canadiens et du premier ministre.

Une aide pour l'Alberta et tout le pays

Finalement, Justin Trudeau a davantage fait le voyage pour dire aux Albertains que son gouvernement répondra présent. Certes, le changement de ton - la promesse de dialogue, de collaboration et de flexibilité - est plus que bienvenue. Mais dans les faits, il semble que l'Alberta devra attendre le budget tout comme l'ensemble des autres provinces canadiennes.

Il faut dire que les promesses formulées par le premier ministre étaient déjà relativement connues.

Les 700 millions de dollars en infrastructure accélérée? Le ministre des Infrastructures parle depuis des semaines de faciliter le paiement des milliards de dollars en fonds d'infrastructures non dépensés par les conservateurs.

Les 250 millions de dollars en stabilisation fiscale? Voilà plusieurs semaines qu'ils sont évoqués à Ottawa, plusieurs jours que le ministre Bill Morneau confirme qu'il planche sur le dossier.

Et que dire de l'assurance emploi? Là aussi, la ministre responsable confirme depuis plusieurs jours qu'elle travaille sur des mesures d'aide afin de rendre l'accès à l'assurance emploi plus flexible.

L'Alberta a mal et les solutions pour lui permettre de reprendre le chemin de la prospérité sont complexes et prendront du temps à mettre en oeuvre. D'ici là, elle a besoin d'une intervention ciblée du gouvernement fédéral pour freiner la saignée.

Il suffit de lire les chroniqueurs albertains pour voir à quel point sa visite est loin d'avoir fait l'unanimité. Pour certains, il suffit que Justin Trudeau ait fait preuve d'écoute et d'engagement constructif, pour d'autres, l'heure des promesses et de la compassion est passée depuis longtemps.

La prudence de Justin Trudeau au pays de l'or noir illustre tout le malaise que continue de susciter le moteur économique de cette province pour le reste de pays qui en a si longtemps profité.

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