« Le libre-échange est toujours positif », dit Carlos Leitao au sujet du PTP

Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao

À Québec, les réactions sont partagées au sujet de l'entente de principe sur le Partenariat transpacifique (PTP) conclue lundi par 12 pays, dont le Canada. Les ministres libéraux ont défendu l'accord tout en admettant qu'il y avait désormais une brèche dans la gestion de l'offre. Le PQ, lui, s'est fait cinglant.

Le plus enthousiaste du lot a sans contredit été le ministre des Finances, Carlos Leitao. « On verra bien ce qu'il y a dedans. Mais un accord de libre-échange à mon avis est toujours positif pour l'économie d'un pays. Il y aura des gains. Il faut s'assurer qu'on protège ce qui doit être protégé, mais dans son ensemble, le libre-échange est toujours positif », a-t-il dit.

« Avoir accès au marché asiatique pour les manufacturiers, pour moi, c'est très bien. » — Le ministre des Finances, Carlos Leitao

L'entente ouvre une brèche dans les marchés agricoles protégés depuis 1970 par le système de gestion de l'offre. Ces derniers seront partiellement ouverts aux pays étrangers sur une période de cinq ans.

Au bout du compte, les producteurs étrangers pourront rafler jusqu'à 3,25 % du marché des produits laitiers. Ce pourcentage sera de 2,3 % pour les oeufs, 2,1 % pour le poulet, 2 % pour le dindon et 1,5 % pour les oeufs d'incubation de poulets de chair. Les agriculteurs seront indemnisés pour leur perte.

Le ministre de l'Agriculture Pierre Paradis est satisfait de voir que les dommages sur la gestion de l'offre aient été moindres qu'anticipés. 

« [3,5%], c'est moins pire que 10 %, mais c'est moins bon que 0 », a commenté le ministre, qui s'était rendu à Atlanta pour la dernière ligne droite des négociations.

« Ça ne réjouit pas tout le monde, mais on peut le corriger, avec les meilleurs contrôles douaniers, avec des normes de salubrité qui sont identiques et finalement avec des compensations qui sont à la hauteur des dommages qui sont causés », a-t-il expliqué en point de presse lundi après-midi. 

Il s'est par ailleurs montré très optimiste pour d'autres producteurs, qui auront accès à un énorme marché. « Avec un accès à 800 millions de consommateurs, demandez aux producteurs de canneberges, de porcs. Je ne suis pas sûr qu'ils sont choqués », a-t-il dit. 

Le ministre de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations du Québec, Jacques Daoust, a pour sa part fait valoir que le secteur de l'aéronautique, le secteur manufacturier et celui des ressources minières et forestières profiteront grandement de cette entente. 

« On est 8 millions de Québécois et on a accès à un marché de 800 millions de personnes. L'autre chiffre qu'il faut surtout se souvenir, parce qu'on crée de la richesse par nos exportations, c'est simplement que nous exportons dans ces territoires-là pour 50 milliards actuellement avec des droits de douane et tout ce qu'on peut imaginer, mais c'est un marché qui lui, importe 5 mille milliards », a dit le ministre de l'Économie.

« Pour les gens qui vivent de l'entente sur le lait, c'est sûr que ça leur fait mal mais sur le total, moi d'un point de vue économie, je suis obligé de dire non, c'est un bon accord. C'est bon pour le Québec. » — Le ministre de l'Économie, Jacques Daoust

Quel impact pour les fabricants de pièces automobiles?

Il anticipe l'impact qu'aura l'entente sur les fabricants de pièces automobiles au Québec. Le PTP prévoit que les véhicules seront exempts de tarifs douaniers si 45 % de leur contenu a été fabriqué dans la région du PTP. Ce seuil remplacera celui de 62,5 % établi en vertu de l'Accord de libre-échange nord-américain.

« Ce que j'ai compris, c'est que cet accord-là supplante l'accord de l'ALENA. S'il supplante l'ALENA, vous comprenez que dans une situation de conflit, si je ne fais pas partie de l'accord transpacifique, et que c'est l'accord transpacifique qui supplante l'ALENA, je suis dans une situation difficile », a-t-il laissé tomber.

Une défaite pour les agriculteurs, dit le PQ

Sur sa page Facebook, le chef du PQ, Pierre Karl Péladeau, a rappelé la grande tradition libre-échangiste québécoise, mais déploré que le Québec, encore une fois, n'ait pas été à la table des négociations.

Cette situation, déplore-t-il, « entraîne des compromis qui se font au détriment de l'économie québécoise ».« Le président de l'UPA est là pour en témoigner », a-t-il poursuit, en référence au sort réservé à la gestion de l'offre dans cet accord.

« Le plus ridicule de cette situation est l'opinion du ministre de l'Économie et celle du ministre de l'Agriculture qui, entrant au conseil des ministres ce matin, se sont déclarés contre l'accord. À la sortie, bien qu'ils ont prétendu ne pas avoir lu l'accord, ils sont maintenant en faveur », a ironisé le chef péquiste.

Son porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture et d'alimentation, André Villeneuve, a lui aussi déploré le sort réservé à la gestion de l'offre.

« La déception est grande, voire très grande, et les perdants ce sont les agriculteurs du Québec », s'est-il exclamé, ajoutant que « l'épée de Damoclès » redoutée par les producteurs depuis plusieurs mois est finalement tombée.

« Les États étrangers qui subventionnent à coup de milliards leur industrie de la volaille, du lait et des œufs pourront profiter de notre marché très stable grâce à la gestion de l'offre alors que nos propres producteurs ne reçoivent pas un sou de subvention », a-t-il souligné.

« Les priorités du fédéral sont ailleurs qu'au Québec, ce n'est rien de nouveau. C'est ce qui arrive quand on doit compter sur une autre nation pour négocier nos ententes commerciales. Un Québec indépendant aurait parlé en son propre nom à la table des négociations, et établi lui-même ses priorités. » — Le député péquiste André Villeneuve

Il  appelle le gouvernement à faire preuve de rigueur lorsque l'intégrale du traité sera disponible.

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