L'Iran veut des liaisons aériennes directes avec le Canada

L'Iran souhaiterait que les avions des compagnies aériennes iraniennes, comme cet appareil d'Iran Air, puissent se poser au Canada. Photo : Wikipedia/Adrian Pingstone L'Iran souhaiterait que les avions des compagnies aériennes iraniennes, comme cet appareil d'Iran Air, puissent se poser au Canada. Photo : Wikipedia/Adrian Pingstone  Photo :  Wikipedia/Adrian Pingstone

Radio-Canada a appris que l'Iran souhaitait signer une entente avec le Canada afin de mettre en place des vols commerciaux entre les deux pays. Ottawa n'y a pas encore répondu.

Un reportage de Bahador ZabihiyanTwitterCourriel

Téhéran a soumis une demande « formelle » au Canada dans le but de signer une « entente en matière de transport aérien », selon une source bien au fait du dossier, qui n'est pas autorisée à en parler publiquement. Une telle entente permettrait de mettre en place des liaisons aériennes entre l'Iran et le Canada.

Concrètement, l'Iran souhaite que les avions des compagnies aériennes iraniennes puissent se poser au Canada et que les avions commerciaux canadiens puissent faire de même en Iran. Le Canada a des « ententes en matière de transport aérien » avec 101 pays dans le monde. L'Iran, de son côté, en a signé plus d'une trentaine.

La « demande formelle » a été soumise au Canada cette année par l'Organisation de l'aviation civile iranienne, mais aucune réponse n'a pour l'instant été donnée par Ottawa, selon ce que Radio-Canada a appris. Le ministère canadien des Affaires étrangères, qui s'occupe de telles demandes, refuse de confirmer ou de démentir l'information.

« Nous ne sommes pas en mesure de fournir de commentaire au sujet de demandes potentielles provenant d'un État étranger » — Rachna Mishra, la porte-parole d'Affaires mondiales Canada

L'Organisation de l'aviation civile de l'Iran n'a pas souhaité commenter le dossier.

L'Iran est bien situé

L'Iran est bien situé géographiquement pour relier les capitales nord-américaines et européennes à plusieurs grandes villes du continent asiatique, dit Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l'Université du Québec à Montréal.

La compagnie nationale, Iran Air, assurait ce genre de trajets avant la révolution de 1979. Mais avec les sanctions internationales, d'autres transporteurs, comme Emirates Airlines ou encore Turkish Airlines, l'ont devancé.

« Stratégiquement, quand on regarde le meilleur trajet de l'Ouest vers l'Est, ça passe par Téhéran [...] Ça fait économiser à peu près une heure à une heure et demie de trajet, ce qui est considérable. Donc l'Iran est conscient de ça et veut se placer » — Mehran Ebrahimi, directeur du Groupe d'études en management des entreprises de l'aéronautique de l'UQAM

Flotte désuète, en train d'être renouvelée

La flotte iranienne est désuète, mais sur le point d'être renouvelée, dit M. Ebrahimi. L'Iran a commandé plus d'une centaine d'Airbus, donc d'imposants A-380. « Ça montre très bien qu'ils veulent de longs trajets avec un nombre important de passagers, essentiellement pour lier l'Est à l'Ouest », dit-il.

L'importante diaspora iranienne installée en Amérique du Nord et la communauté d'affaires pourraient emprunter des vols entre le Canada et l'Iran, croit M. Ebrahimi.

Air Canada pourrait ne pas voir d'un bon oeil la demande de l'Iran Air Canada pourrait ne pas voir d'un bon oeil la demande de l'Iran  Photo :  PC/Andrew Vaughan

De telles ententes aériennes sont généralement signées entre les gouvernements des pays qui ont de bonnes relations, selon Paul Dempsey, directeur de l'Institut de droit aérien et spatial de l'Université McGill. « C'est signé entre deux États et les compagnies aériennes vont fonctionner après en respectant l'accord », dit-il. Le fait que le Canada n'ait pas d'ambassade en Iran et que Téhéran n'en ait pas ici « peut être un enjeu », dit-il.

Mais les enjeux commerciaux sont souvent plus importants, selon Armand de Mestral, professeur à l'Institut de droit aérien et spatial de l'Université McGill.

« Parfois, il y a des éléments carrément politiques qui entrent en jeu. Mais en général, les négociations tournent autour des questions commerciales » — Armand de Mestral, professeur à l'Institut de droit aérien et spatial de l'Université McGill

Les compagnies aériennes canadiennes sont généralement consultées. « Le gouvernement canadien pense en particulier en fonction des intérêts d'Air Canada et d'autres compagnies aériennes canadiennes », dit M. de Mestral.

Un équilibre doit ainsi être trouvé entre les intérêts des compagnies iraniennes et canadiennes. Ottawa a par exemple refusé d'autoriser les compagnies émiraties à offrir plus de vols à partir du Canada. Air Canada avait soulevé ses inquiétudes, car le réseau Star Alliance, auquel appartient la compagnie, risquait de perdre des passagers, dit M. Dempsey.

Le président de la compagnie nationale Iran Air avait déjà affirmé que les responsables de l'aviation civile de son pays menaient des discussions avec leurs homologues américains pour la mise en place de liaisons entre Téhéran et New York, selon l'agence de presse iranienne IRNA.

Amélioration des relations Iran-Canada

Le Canada a fermé son ambassade en Iran en 2012 et a expulsé les diplomates iraniens d'Ottawa la même année. Le gouvernement Trudeau a fait savoir qu'il souhaitait rétablir des relations avec l'Iran de manière progressive, étant donné que le pays a trouvé un accord avec la communauté internationale sur l'encadrement de son programme nucléaire.

Début février, le Canada a un peu assoupli ses sanctions contre l'Iran. Cependant, des obstacles demeurent, notamment dans le domaine de l'aviation civile. La compagnie privée iranienne la plus importante, Mahan Air, est toujours sur une liste noire d'Ottawa.