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Le carnet de Michel Labrecque au Maroc

Le journaliste Michel Labrecque s’est rendu au Maroc en janvier 2010 pour réaliser une série de reportages sur l’immigration. Des milliers de Marocains choisissent d’immigrer vers le Québec chaque année, mais, ce qu’on ignore souvent c’est qu’un certain nombre d’entre eux décident, plus tard, de retourner dans leur pays d’origine. Qu’est-ce qui motive ces allers-retours?

Michel Labrecque nous parle du Maroc et des rencontres qu’il y a fait dans le carnet de voyage que nous vous présentons ici.

Vous pouvez aussi réécouter ses reportages diffusés à l'émission Désautels :

... et à l'émission Dimanche magazine :


Qui est Michel Labrecque



On dit souvent que les deux principaux facteurs d’une intégration réussie sont le travail et les relations humaines. Après un an à apprivoiser la société québécoise, la famille de Hakima Rida-Chafi et de Rafike Mezgui a pu bénéficier d’une bonne dose de ces deux ingrédients.

Côté travail, ça se passe bien pour Rafike. Hakima devrait bientôt tenter sa chance.

Côté amitié, ils ont retrouvé ici le frère de Hakima et son épouse. Mais en plus, ils se sont fait rapidement des amis chez les Québécois « de souche » . Pas toujours facile pour une famille musulmane dont la femme porte le voile…

C’est une histoire qui ferait un bon scénario de film « qui fait du bien ». Elle vous est racontée dans un reportage radio diffusé à Désautels.

Hélène Lambert et Richard Chabot ont rencontré Hakima et Rafike par hasard, lors d’un pique-nique familial. Ils ont traversé la barrière des préjugés pour amorcer une discussion.

Hélène Lambert, Richard Chabot et leurs enfants Karianne, 10 ans, Sarah, 5 ans, et Bianca, 2 ans
Hélène Lambert, Richard Chabot et leurs enfants Karianne, 10 ans, Sarah, 5 ans, et Bianca, 2 ans

Le reste est maintenant une belle histoire d’amitié, ponctuée de nombreuses rencontres et visites touristiques. La famille Mezgui a pu vivre son premier réveillon de Noël chez les Chabot, le 24 décembre dernier.


Les enfants Mezgui et Chabot n'ont pas de problèmes à trouver un terrain commun
Les enfants Mezgui et Chabot n’ont pas de problèmes à trouver un terrain commun.

Pour les Mezgui, les Chabot sont une porte d’entrée formidable pour décoder les valeurs québécoises et aussi apprendre la « langue » d’ici et ses particularités.

Quant aux Chabot, ils se disent totalement enrichis par leur contact avec les Mezgui. Une expérience interculturelle qu’ils n’avaient jamais connue auparavant.

Pour les deux familles, il y a une clé pour que l’amitié fonctionne : l’ouverture. Tout le monde cherche à apprendre de tout le monde, sans chercher à imposer ses valeurs. Car ils ne sont évidemment pas d’accord sur tout.

Mais ils ont décidé que ce qu’ils avaient en commun était plus important que ce qui les différencie.

Une histoire riche d’enseignement en cette période post accommodements raisonnables.


L’an dernier, j’ai vécu un défi journalistique passionnant : mieux connaître les immigrants francophones et instruits qui débarquent massivement au Québec depuis 10 ans. J’ai réalisé la série Casablanca-Montréal, qui racontait l’odyssée de milliers de Marocains à la recherche du paradis que représente le Québec.

L’idée de la série était d’aller rencontrer à leur point de départ des candidats à l’immigration, pour comprendre l’image qu’ils avaient du Canada et de ce qui les attendaient. Les reportages abordaient aussi la contre-partie de l’histoire : le retour de plusieurs Marocains dans leur pays d’origine, déçus de leur expérience professionnelle chez nous.

Un des moments les plus fascinants a été la rencontre avec la famille de Hakima Rida-Chafi et de Rafike Mezgui. J’avais rencontré ce couple à l’ambassade du Canada à Rabat. Il venait tout juste d’obtenir le visa pour le Canada après quatre longues années d’attente. Hakima et Rafike m’ont invité chez eux à Casablanca deux jours avant leur départ, pour que je rencontre leur famille et leurs trois enfants. J'avais raconté cette soirée dans mon texte du 14 janvier 2010.


La grande famille des Mezgui à Casablanca
La grande famille des Mezgui à Casablanca

Un an plus tard, je suis allé retrouver Hakima, Rafike et leurs trois enfants plongés dans leur nouvelle vie québécoise.



Rafike et Hakima dans leur appartement de Brossard
Hakima et Rafike dans leur appartement de Brossard

Il y a un an, j’aurais été bien en peine de prédire leur destin. Ils avaient pour eux la passion, la curiosité et la détermination. Ils auraient pu aussi éprouver de gros problèmes surtout en ce qui concerne le travail, comme le montrent les chiffres sur le chômage des Maghrébins au Québec.

Finalement, Hakima et Rafike défient les prophètes de malheur.

Contrairement à beaucoup de ses compatriotes, Rafike a trouvé du travail dans son domaine.

Il était représentant dans la vente automobile au Maroc. Il s’est trouvé rapidement du boulot dans son champ de compétence. Son nouvel employeur : Hyundai Brossard. Il s’est rapidement hissé parmi les meilleurs vendeurs de l’entreprise.

Hakima, elle, n’est pas encore allée travailler. Elle s’occupe à temps plein de sa dernière née, Meryam.


Meryam, la dernière née d'Hakima et de Rafike
Meryam, la dernière née d'Hakima et de Rafike

L’appartement que la famille a loué sur la Rive-Sud de Montréal est beaucoup plus petit que celui de Casablanca.

Plus que son mari, Hakima découvre le côté moins rose de leur nouvelle vie : difficulté à trouver une place en garderie, ratés du système de santé, difficultés à se trouver du boulot pour des amis originaires du Maroc. Elle doit composer aussi avec le malaise que suscite parfois son hijab, le foulard islamique qu’elle porte. Mais elle est globalement contente de vivre son aventure en terre québécoise.

Demain, je vous raconte une belle histoire d’amitié qui a aussi changé leur vie.
29 JAN

Maroc, PQ


Avant mon départ pour le Maroc, j’ai exploré les nombreux visages de la communauté marocaine au Québec. Normal, puisque l’idée de cette série était de comprendre la réalité de l’immigration marocaine autant à partir du pays d’origine que de la société d’accueil.

Je ne m’attendais pas à ce que cela mène à des discussions passionnées sur les performances des gardiens de buts du Canadien. C’est pourtant ce qui s’est produit à plusieurs reprises. On appelle çà l’intégration.

Il y’a même une équipe nationale de hockey marocaine, composée à 80 % de Québécois d’adoption qui s’entraînent chaque semaine à Montréal. Marocains d’origine juive ou musulmane réunis dans la religion du hockey… Bien intégrés, mais toujours fiers de représenter le Maroc.





C’est aussi çà, l’immigration du XXIe siècle.

Le pouls de ces citoyens québécois originaires du Maroc a été essentiel : plusieurs m’ont fourni des pistes de réflexion, d’autres m’ont filé des contacts essentiels pour la réalisation des reportages au Maroc.

Vous retrouverez dans la série des familles écartelées entre le Maroc et le Québec. Yasmine Smires, la jeune québécoise qui a choisi de rentrer dans son pays d’origine (voir le carnet du 11 janvier), m’a parlé de sa sœur Meryam qui est une Montréalaise indécrottable et partisane finie des Canadiens. J’ai rencontré Meryam à Montréal : un exemple de réussite professionnelle avec un très bon travail de fiscaliste. Contrairement à sa sœur, Meryam n’a aucune envie de retour. « Montréal, c’est ma maison, c’est tout moi », confie-t-elle.

Meryam Smires
Meryam Smires

Aujourd’hui, la communauté marocaine au Québec oscille entre 60 000 et 100 000, selon les façons de compter. Une communauté extrêmement diversifiée qui regroupe des gens d’affaires prospères et des professionnels bien intégrés dans des entreprises ou des universités d’ici.

Hélas, il y a aussi des histoires d’échecs. On rencontre des Marocains bardés de diplômes qui sont devenus chauffeurs de taxi, serveurs dans des restaurants ou agents de sécurité. Certains s’enlisent dans la déception ou choisissent de rentrer au Maroc.

« Ce n’est pas facile de trouver du travail quand on s’appelle Mohammed », dit Hassan Serraji, ex-économiste dans son pays qui s’est recyclé comme conseiller en emploi auprès des nouveaux arrivants. Il y a aussi le choc de l’après 11 septembre et les débats autour des accommodements raisonnables qui renforcent une certaine crainte vis-à-vis de cette communauté majoritairement musulmane. Mais Hassan Serraji croit que le temps et les contacts quotidiens vont arranger les choses.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que malgré les grandes critiques que certains formulent sur leur pays d’origine, tous ont le Maroc « tatoué sur le cœur », même ceux qui sont nés ici. Une leçon à retenir pour ceux qui croient qu’immigration égale assimilation.

Et pour terminer, il faut bien admettre qu’il y a parfois des différences de codes culturels qui compliquent les relations quotidiennes entre les « Marocois » et les Québécois « de souche ». Dans ma propre recherche pour ces reportages, je me suis confronté à des comportements difficiles à décoder : 2 chauffeurs de taxi diplômés qui avaient accepté de me raconter leur histoire ne se sont jamais pointés au rendez-vous ; mes appels subséquents sont restés sans réponse. D’autres personnes enthousiastes face aux entrevues sont par la suite devenues beaucoup plus méfiantes. « Vous êtes dans une culture ou ‘’oui’’ peut vouloir dire “non” », m’a raconté une Québécoise d’origine marocaine.

À part ce léger bémol, je remercie profondément tous ces gens qui m’ont ouvert leur cœur et m’ont fait découvrir un Montréal plein de richesses que je ne soupçonnais pas. Au Québec d’en tirer le meilleur parti!
18 JAN

La darija



Aujourd’hui, une petite parenthèse linguistique : je vous parle de l’arabe parlé au Maroc, que les Marocains appellent la darija, ce qui veut dire dialecte, en arabe. Dans chaque pays du Maghreb, une darija différente cohabite avec l’arabe classique.

C’est un mélange fascinant d’arabe, de français, de berbère et d’espagnol. Bref, toute l’histoire culturelle et politique du Maroc s’y retrouve. Fait intéressant, l’arabe classique est de plus en plus délaissé dans les médias électroniques pour faire place à cette langue moins normée, mais vivante et en mouvement.

Je vous fais entendre un petit extrait d’une conversation d’un chauffeur de taxi en darija. Au fait, ce qu’il raconte est aussi intéressant : il critique la moudaouana, le nouveau code adopté au Maroc il y a six ans pour donner davantage de droits aux femmes. Un point de vue résolument conservateur, représentatif d’une bonne partie de la société marocaine.

Écoutez l’extrait

Voici également un extrait d’entrevue avec l’écrivain et dramaturge Driss Ksikes, qui fût aussi un journaliste important dans la dernière décennie, et qui a choisi d’écrire ses pièces en darija.

Écoutez l’extrait

Voici une chanson du groupe rock Hoba Hoba Spirit, vous y reconnaîtrez plusieurs mots de français.



Un mélange de langues qui n’est pas sans rappeler le joual québécois, le chiac du sud de l’Acadie, ou encore le cocktail linguistique de certains Italiens de Montréal, qui alternent dans la même phrase entre l’anglais, l’italien et le français.

Les linguistes ont le droit de me dire que je suis à côté de la plaque. J’attends vos commentaires.
17 JAN

Nosrat


Depuis le début de ce reportage, je ne travaille pas seul. Comme nous le faisons souvent lorsque nous nous déplaçons à l’étranger, j’ai embauché ce que nous appelons un « fixer » : un recherchiste et interprète local capable de faciliter notre travail et de nous dépanner dans toutes les situations.

Je vous présente donc ma « fixer », la journaliste d’origine marocaine Nosrat Haouari. Nosrat n’est pas inconnue de certains auditeurs de Radio-Canada. Elle a vécu 7 ans à Montréal, et produit toujours des reportages pour RCI (Radio-Canada International) en français, arabe et anglais. Elle fait aujourd’hui des allers-retours constants entre le Maroc et Barcelone, où elle habite.



Nosrat était toute désignée pour travailler sur cette série. Elle-même a vécu le processus d’immigration vers Montréal. Il y a deux ans, elle a aussi réalisé la partie marocaine de la série vidéo J’adopte un pays, qui montrait la saga d’une famille marocaine immigrant de Casablanca à Montréal-Nord.

Nosrat m’a aidé à préparer le terrain; ses nombreux contacts m’ont fait sauver un temps précieux. Son regard sur son pays d’origine m’a aussi permis de nuancer ma vision, d’aller au-delà des apparences lorsque nécessaire.

Une collègue formidable et pleine de projets : en plus de son travail de reporter ,elle a fondé une association Maroc-Amérique latine, ainsi qu’un Festival du film latino-américain à Tanger, au Maroc.


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