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Patrick Grandjean - Indonésie

Suivez-moi à Java, Bali et Sumatra, ces îles du plus grand archipel du monde, l'Indonésie, où je retourne préparer une série de reportages, grâce à une bourse de la FPJQ.
Comment le pays musulman le plus populeux au monde, un kaléidoscope de 13 677 îles unies dans la diversité, parvient à « accommoder » ses minorités religieuses? Et maintenant, comment la crise touche les Indonésiens? Vous pourrez en avoir une idée et découvrir d'autres aspects de ce pays, grâce à ce carnet.

*Les photos et les clips vidéo et audio présentés sur ce carnet sont tous réalisés par Patrick Grandjean sur place, en Indonésie.

Qui est Patrick Grandjean


J'ai retrouvé Montréal, et mon travail à la rédaction du Téléjournal. Finis, les déplacements d'île en île, en quête d'informations. Ce séjour en Indonésie a été très enrichissant. Je vous ai préparé un bilan de ce voyage.




Il me reste à vous parler de ce qui était une nouvelle expérience pour moi, à savoir partir en reportages pour le web, la radio et la télévision. Cela n'est pas simple et demande de la préparation.

Il faut en effet se familiariser avec l'équipement et les logiciels qui permettent de monter et de transférer le matériel journalistique à Montréal.

Une fois sur le terrain, on se rend compte aussi qu'il nous faut plusieurs bras additionnels, pour tenir la caméra l'enregistreuse audio ou l'appareil-photo, ainsi que le stylo et le calepin.

Et ne parlons pas de la tête... Il m'a fallu fréquemment faire des choix, privilégier tel médium plutôt que tel autre.

Cela dit, cette intégration du son, de l'image et du texte dans les carnets Internet m'a beaucoup plu. Elle permet d'innover dans la manière d'informer et elle offre plus de souplesse et de liberté que les formats conventionnels de reportages.

J'ai commencé à explorer cette forme et je n'en ai pas fait le tour, loin de là. Quand l'envie de partir en reportages me reprendra, je retenterai l'expérience, avec des appareils encore plus miniaturisés et portables. En Indonésie, qui sait ?

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C'est en 1992 que j'ai rencontré Erwin Ramedhan pour la première fois, et c'est avec beaucoup de plaisir que je l'ai retrouvé début mai à Jakarta. Docteur en économie politique, il enseigne actuellement à l'université

Selon lui, se contenter de présenter l'Indonésie comme le plus grand pays musulman du monde, en termes de nombre de croyants, est réducteur.

Cela ne permet pas d'en restituer correctement la spécificité, à savoir demeurer un pays où l'islam reste largement ouvert et tolérant.

Il faut, pour cela, prendre en compte d'autres facteurs comme l'histoire des religions en Indonésie, leur imbrication, ainsi que la structure sociale et géographique du pays.

C'est ce qu'il m'a expliqué pendant l'entretien que nous avons eu à Jakarta.

Avant de devenir universitaire, Erwin Ramedhan a étudié en France et en Europe pour devenir journaliste. Il a notamment travaillé de nombreuses années pour le quotidien Le Monde.

Erwin Ramedhan a aussi été consultant pour différents ministères, en Indonésie et à l'étranger (au Canada, par exemple), et il a dirigé le World Trade Center de Jakarta.
Catégorie : International


Un restaurant à Hong KongUn restaurant à Hong Kong

Me voici à Hong Kong, sur le chemin du retour. Mais l'Indonésie est encore bien présente: des dizaines de milliers de travailleurs indonésiens ont émigré dans cette ville, en quête d'une vie meilleure, comme ils l'ont aussi fait à Singapour et dans d'autres pays d'Asie et du Golfe Persique.

J'ai d'ailleurs rencontré un groupe de Javanaises dans un parc de Kowloon, un jour de congé. Dewi et ses amies se préparaient une salade épicée typiquement javanaise (rujak), et je me suis arrêté pour leur parler en indonésien.

Dewi et ses amiesDewi et ses amies

La surprise passée, elles m'ont raconté qu'elles étaient là depuis plus de 2 ans et qu'elles envoyaient une grande partie de leurs revenus à leur famille. Elles m'ont expliqué qu'elles travaillaient comme employées de maison et gardiennes d'enfants.

Bien qu'elles soient exilées et soumises à de longues heures de travail (jusqu'à 18 heures par jour, 6 jours sur 7), elles se disent satisfaites de leur sort. La raison? Le salaire qu'elles touchent ici est largement supérieur à celui qu'elles auraient en Indonésie.

Un couple de Chinois s'est approché et leur a demandé ce qu'elles préparaient et dans quelle boutique asiatique on pouvait trouver le « sambal », une pâte de piment et d'épices nécessaire pour ce type de plat.

La taille de la communauté indonésienne de Hong Kong est suffisamment importante pour avoir son hebdomadaire, Apakabar (Comment ça va?). Ce journal est, pour eux, un lien précieux avec l'archipel, situé à 4 heures d'avion, vers le sud.

Le journal ApakabarUn Indonésienne lit Apakabar

J'avais aussi rendez-vous avec le pays... J'attendais un traversier dans la baie de Hong Kong lorsque j'ai rencontré deux jeunes femmes, qui semblaient Indonésiennes. L'une d'elles tenait une enveloppe envoyée par le gouvernement du Québec!

J'espérais `nouveau parler bahasa Indonesia (indonésien) avec elles... raté ! Les deux jeunes femmes viennent des Philippines! La conversation a donc lieu en anglais.

Imelda m'explique qu'elle vient de recevoir ses papiers des services de l'immigration du Québec. Employée de maison depuis plus d'un an à Hong Kong, elle a sollicité un emploi similaire au Canada... et obtenu son visa de travail pour le Québec.

« Je ne vais travailler que 12 heures par jour, et j'aurai plusieurs jours de congé! », me raconte-t-elle, ravie, en me montrant ses documents. Elle va travailler pour une famille de Montréal qui a un enfant et deux animaux de compagnie.

ImeldaImelda avec ses papier de l'immigration

Je lui dis que je vis à Montréal, et sa première question est de savoir si Toronto est loin de là, car elle y a plusieurs amis. Je lui réponds, et lui demande à mon tour ce qu'elle sait de sa future ville. Pas grand chose, semble-t-il, pour ne pas dire rien du tout. Sait-elle, par exemple, qu'il y a un hiver plutôt froid ?

- Moins un degré Celsius? hasarde-t-elle.

- Euh, et bien... parfois, on a plutôt -20. Et 2 mètres de neige en moyenne, chaque hiver. On ne vous a en a pas parlé ?

- Non, je ne savais pas...

Mais Imelda garde le sourire. Vous la croiserez peut-être, cet été, dans le quartier latin de Montréal... Bienvenue au Québec, Imelda!

Hong Kong la nuitHong Kong, la nuit
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Lorsque je me rends à Ubud, le centre artistique et culturel de Bali, il est pour moi inévitable de rendre visite à Ketut Krinting et à sa femme, Wayan. Il y a 25 ans que je les fréquente, et l'histoire de leur réussite illustre tout à fait la façon dont cette région touristique s'est transformée au fil des ans.

Lorsque je les ai rencontrés, Ketut était riziculteur. Et le soir, assis dans sa petite maison de la Monkey Forest Road, à Ubud, il peignait des toiles traditionnelles.

J'aimais sa façon de dessiner et je lui avais acheté une esquisse. Mais il ne m'avait pas compris: « Ce n'est pas terminé! », m'avait-il expliqué avec étonnement.

Wayan, elle, tenait un petit kiosque où elle servait des en-cas et des boissons aux agriculteurs. Le couple avait aussi deux chambres à louer pour les visiteurs, comme moi.

Wayan Krinting

En face de chez eux, il n'y avait que des rizières, des canards et des grenouilles, très bruyantes la nuit. Mais aujourd'hui, les rizières, et les grenouilles, se font rares.

Aujourd'hui, sur des kilomètres, la Monkey Forest Road s'est transformée en une enfilade presque ininterrompue de boutiques, de restaurants, de commerces, de bungalows et d'hôtels.

Les rizières asséchées par le tourisme

« Les rizières ne donnaient qu'un riz médiocre et personne, à l'époque, ne les aurait achetées bien cher, se rappelle Ketut. Ma femme et moi n'avions que cela... Et encore, son père a bien failli les perdre au jeu! »

Ketut a vite compris que le tourisme rapportait davantage que ses champs. En 1984, il a ouvert sa première petite auberge, à Peliatan. Les chambres étaient aménagées dans des greniers à riz, construits en paille et sur pilotis.

L'électricité n'est arrivée que plus tard, avec la construction de petits bungalows. Ensuite, tout a été détruit pour faire place à une boutique et à un spa. Ketut a donc asséché d'autres rizières, une centaine de mètres plus bas, pour y faire construire 5 nouveaux bungalows.

Petit à petit, le couple a transformé sa maison en restaurant, l'un des premiers de qualité internationale à Ubud, et le petit kiosque en bambou de Wayan est devenu un bâtiment en dur, avec quelques bancs.

Les rizières situées à l'arrière du restaurant ont été transformées en un beau jardin où on a disposé des tables, et installé plusieurs pavillons ouverts.

Des bungalows à Bali

Ketut et Wayan ont bénéficié de l'aide d'un Allemand, Klaus. « Je me suis occupé de la construction, mais nous n'avions plus d'argent pour les fourneaux, la vaisselle, etc. Il n'a pas voulu être remboursé, c'était un ami. Il nous a aussi appris le métier, il était très exigeant! », raconte Ketut.

Une photo de Klaus au Café Wayan, ouvert en 1986, témoigne de leur gratitude envers cet homme.

Autodidactes et entrepreneurs

Wayan, qui était déjà chef, a dû apprendre à faire du bon pain, pour plaire à sa clientèle. À l'écouter, c'était toute une aventure! Il lui a fallu découvrir et arracher le secret de la boulangerie où elle s'approvisionnait, à Kuta.

Elle a ensuite dû trouver la bonne technique... et ce n'est qu'après bien des essais et des erreurs qu'elle a réussi à faire lever la pâte! Wayan a enfin pu ouvrir une boulangerie attenante à son restaurant.

Au fil des ans, Ketut a conçu et fait construire des bungalows balinais de luxe, trois petites auberges situées en pleine nature, et un restaurant, le Laka Leke, à Nyuh kuning, dans les environs d'Ubud.

« Je ne suis pas architecte, les travailleurs suivaient mes instructions, sans aucun plan. Je leur disais quoi faire en fonction de la nature, des arbres et de la vue », dit-il. Il a, aussi, bénéficié de l'aide et des conseils de trois autres touristes devenus des amis, un Australien et un couple de Français.

Ketut Krinting

L'entreprise familiale de Ketut et Wayan emploie maintenant plus de 150 personnes. La moitié d'entre eux viennent de la famille élargie. « On vient me voir, matin et soir, pour solliciter un emploi. Je ne suis jamais tranquille! », raconte Ketut.

Il a aussi fait construire une autre auberge balinaise, à Gili Trawanga, un des îlots enchanteurs de la côte de Lombok, l'île voisine de Bali. C'est une de ses filles qui s'en occupe.

« Je crois que j'ai eu de la chance, explique Ketut. J'ai investi dans des terrains, car je ne faisais pas confiance aux banques, et aujourd'hui, ils valent bien plus cher. »

Devenir prêtre

Ketut est resté un homme simple et attaché à la terre, à la nature. Mais avec la richesse, il a aussi gagné les soucis d'un homme d'affaires. « La compétition est plus importante qu'avant, observe-t-il. Et je dois m'occuper moi-même des rénovations, des achats. Je suis très fier de ce que j'ai accompli, mais j'aimerais aussi avoir le temps de peindre ».

À bientôt 60 ans, Ketut aurait souhaité ralentir le rythme de son travail, et se reposer. Mais il m'explique qu'il doit se remettre à apprendre, ce qui lui pose tout un défi. « Je dois devenir prêtre [hindou]! », m'avoue-t-il.

Depuis notre dernière rencontre, il y a 4 ans, sa femme Wayan souffre de maux de tête que les médecins n'ont pas su diagnostiquer et soigner. Les guérisseurs balinais consultés par la suite ont émis le même avis: que Ketut devienne l'assistant du prêtre, et qu'il officie aux cérémonies du temple familial.

« C'est ainsi que Wayan sera guérie, affirme Ketut. Cela fait six mois que je m'y suis mis, mais je n'ai pas beaucoup de temps et c'est très difficile, à mon âge. Il y a 130 mantras à apprendre et à retenir. Je dois faire tinter la cloche en même temps, selon un rythme donné, c'est vraiment dur. »

Et est-ce que cela marche? Wayan va-t-elle mieux depuis six mois? « Pas vraiment, répond l'ami Ketut, un peu découragé. Je me donne encore six mois avant de décider quoi faire. »

Wayan ne devrait-elle pas s'arrêter et se reposer un peu, dans l'intérêt de sa santé? « Non, répond-elle. Je ne me vois pas ne rien faire à la maison toute la journée. J'aime ce que je fais: faire les courses, gérer mon restaurant... ».

Le Café Wayan
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Bali est la vitrine touristique de l'Indonésie, une de ses îles les plus célèbres, et la plus fréquentée par les visiteurs. Je dirais que j'ai le bonheur, toujours renouvelé, de m'y rendre depuis 25 ans. Cette fois, j'y suis allé avec mon micro et mon stylo de journaliste, mais disons que le travail s'est déroulé... dans de bonnes conditions!

HaureC'est ainsi que j'ai rencontré Jean-Philippe Haure, missionnaire laïque, responsable de l'École des arts appliqués - sculpture et peinture - attenante à l'église catholique de Gyanyar.

Cette petite ville est située au nord de Denpasar, la capitale de cette province distincte du reste de l'Indonésie. Bali est en effet la seule île à majorité hindouiste.

La vie y est encore rythmée par les rites et le calendrier hindouistes. Et l'islam s'y retrouve en situation minoritaire, comme les chrétiens et les bouddhistes. C'est une situation que je voulais observer de plus près.

Reste que, depuis quelques années, les mosquées se multiplient à Bali, avec l'arrivée d'autres insulaires venus de Java, de Sulawesi ou d'ailleurs. Ils viennent grossir les rangs des musulmans installés depuis plus longtemps et venus de l'île jumelle et voisine, Lombok.

Attirés par la manne touristique, ces nouveaux venus modifient l'équilibre de l'« île des Dieux » hindouiste. Pour les accommoder, les autorités balinaises ont tranché: il y aura une mosquée par district.

Je faisais ma tournée auprès des représentants des différentes religions quand j'ai fait la connaissance de Jean-Philippe. Je connaissais le père Maurice, qui a créé et construit l'église puis l'école de sculpture.

Ce curé, qui avait dû quitter le Cambodge à cause des Khmers rouges, était dévoué à sa paroisse de Gyanyar et à ses sculpteurs en formation. C'était aussi un bon vivant et un pragmatique. Il me disait: « Oh, vous savez, Rome est bien loin...».

Une offrande

Jean-Philippe Haure est à Gyanyar depuis 17 ans. Français d'origine, il est marié à une Indonésienne de l'ouest de Java avec qui il a eu deux fils. Il m'a montré la maison qu'il a construite, ainsi que son atelier, dans un grenier à riz, sur pilotis. Il est parfaitement intégré à son pays d'adoption, et parle d'une voix douce, posée.

Je l'ai interrogé sur l'une des premières choses qui m'avaient sauté aux yeux en arrivant: l'urbanisation galopante du sud de Bali.

C'est évident le long des plages, mais aussi le long des routes, avec la disparition des rizières au profit d'ateliers ou de « tourist-business » dans lesquels des étrangers de passage à Bali font fabriquer à bon marché des objets d'artisanat, du mobilier ou des vêtements en profitant d'une main-d'oeuvre très qualifiée et bon marché.

Temple

Et les matières premières, dont le bois, se trouvent en abondance. Avec l'influence de ces gens d'affaires, Bali produit même des souvenirs que l'on peut acheter jusqu'en Afrique!

Mais ce qui fait le charme de Bali, cette vie en harmonie avec la religion par la danse, la musique, le théâtre masqué, les offrandes aux dieux et les rites (dont les crémations) demeure et reste authentique.

Il faut seulement aller le chercher plus loin, sortir des circuits, aller aussi dans ce que certains appellent désormais le « Off-Bali », comme on parle du « Off-Broadway » à New York.

Jean-Philippe Haure explique que Bali est une insulaire qui a toujours reçu le monde, et qu'elle vit maintenant, comme le reste de la planète, une mondialisation qui menace sa capacité à intégrer, à assimiler la nouvelle donne.

En tout cas, j'ai déjà le goût d'y retourner. Mais en vacances, et en évitant de rester longtemps à Kuta, Sanur et Nusa Dua, ce sud de l'île devenu une grande ville, un grand supermarché de l'artisanat et du tourisme.

Une offrande
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