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Étienne Leblanc - les changements climatiques
Étienne Leblanc

Il y a un an, la conférence de Copenhague sur les changements climatiques se soldait par un échec. Les pays participants n'ont pas réussi à établir un plan précis pour réduire les émissions de gaz à effet de serre après 2012, date d'expiration du protocole de Kyoto.

Un an plus tard, que peut-on attendre du sommet sur le climat qui se déroulera à Cancun du 29 novembre au 10 décembre? Les pays participants arriveront-ils à mettre en place un système de sanctions et d'avantages pour encourager les états à remplir leurs engagements?

Au moment où la plupart des scientifiques s'accordent pour dire que les changements climatiques s'accélèrent, il y a peu d'espoir que le sommet de Cancun mène à un accord contraignant.

Après Copenhague, Étienne Leblanc se rend à Cancun pour suivre les négociations.

Qui est Étienne Leblanc?

11 DÉC

Nouvel accord



Il y aura finalement un accord de Cancun.

L'entente permet des avancées timides pour la lutte contre les changements climatiques. Mais surtout, elle donne un nouveau souffle au processus de négociations des Nations unies, qui était de plus en plus remis en question.

L'accord de Copenhague avait été négocié par une vingtaine de chefs d'État derrière des portes closes, ce qui avait choqué la communauté internationale. Il n'avait jamais été adopté en séance plénière.

Atmosphère radicalement opposée à Cancun, où la présidence mexicaine a été totalement transparente.

Cela a donné lieu à une étonnante harmonie entre les pays riches et les pays pauvres. Des États-Unis aux Maldives, en passant par la Chine, le Brésil ou l'Algérie, tous les pays, à l'exception de la Bolivie, ont lancé le même message : l'accord de Cancun n'est pas parfait, mais il doit être adopté pour pouvoir continuer.

Sur la question de l'avenir du protocole de Kyoto, on reporte le débat à l'année prochaine.
Les négociateurs auront donc beaucoup de pression à la prochaine rencontre qui aura lieu dans un an à Durban, en Afrique du Sud.

Est-ce à dire que c'est un bon accord pour le climat? Pas nécessairement. Les scientifiques nous disent qu'il faudra réduire nos émissions de GES de 25 % à 40 % d'ici 2020 pour éviter que la température de la planète augmente de plus de deux degrés au cours du siècle.

L'Accord de Cancun est bien loin de cela.

Le commentaire que j'ai le plus entendu aujourd'hui à la conclusion de l'entente au petit matin? « C'est un pas dans la bonne direction. »

Qu'en pensez-vous?

Je vous propose d'écouter mon résumé de l'accord:


Les négociateurs à Cancun tentent de faire baisser les attentes pour éviter que se reproduise l'échec de Copenhague.



J'assiste à ma sixième conférence sur le climat. C'est une expérience modeste, mais au cours des dernières années, la question climatique a pris une importance grandissante.

À la veille de la grande conférence de Copenhague, il y a exactement un an, l'élan pour conclure une entente était sans précédent. Le climat était LE sujet de l'heure. Tellement que plus de 120 chefs d'État et de gouvernement ont pris la peine de se réunir dans la capitale danoise. C'est à ce jour la plus grande rencontre diplomatique de haut niveau en dehors de l'enceinte des Nations unies.

Résultat? Un accord non contraignant qui tient sur trois pages.

Un an plus tard, la cuite n'est toujours pas digérée. Le lendemain de veille est dur, très dur. À Cancun, les mines sont basses. Les délégués font tout pour minimiser les attentes. On ne veut surtout pas d'un docudrame à la Copenhague.

Mais il y a pire : la question climatique n'émeut plus. Froissés par la crise économique, les citoyens ne s'y intéressent plus vraiment. Et qui pourrait les blâmer? Depuis plusieurs années, les négociations sur le climat n'avancent pas. Les discussions se sont transformées en un affrontement géopolitique qui fait tout sauf réduire les émissions de gaz à effet de serre. Après tout, le protocole de Kyoto ne réglemente (sans succès!) qu'à peine 30 % des émissions mondiales.

Faut-il pour autant stopper le processus de négociations?

Bien sûr que non. Car malgré tous les défauts du modèle multilatéral, un fait demeure : avec la hausse constante du prix des énergies fossiles, les économies « décarbonisées » seront les plus performantes dans l'avenir.

Vu de cet angle, l'enjeu des changements climatiques n'est plus vraiment une question de protection de l'environnement. C'est une question économique.

La Chine l'a compris, elle investit des milliards de dollars dans la recherche et le développement des nouvelles énergies. Comme les États-Unis d'ailleurs, à un moindre degré.

Bref, si le processus onusien de négociation d'un nouveau traité a de quoi déprimer, il faut voir plus loin. Au-delà des discussions bureaucratiques, il y a des centaines de villes, d'États, de provinces et de pays qui agissent déjà. Pour le bien de la planète, certes, mais surtout, pour des raisons économiques.

Quelles sont vos solutions pour améliorer le processus de négociations sur le climat?


Le ministre fédéral de l'Environnement, John Baird, en a surpris plus d'un à Cancun, où se tient la conférence de l'ONU sur le climat, en vantant les efforts des provinces, notamment du Québec, dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Je vous invite à écouter mon reportage à ce propos :



Une lutte efficace contre les changements climatiques passe par l'action des villes. Elles peuvent agir plus rapidement que les États, qui peinent à s'entendre sur un nouvel accord sur le climat. C'est du moins le constat que fait la Banque mondiale dans un rapport publié à Cancun.

Il faudrait donc décentraliser les efforts pour protéger le climat.

Selon ce rapport, les 10 plus grandes villes du monde rejettent plus de gaz à effet de serre que le Japon! Les citadins seraient responsables de 80 % des émissions globales de GES. Ce sont eux qui vont en subir les plus grandes conséquences.

À cet égard, les villes nord-américaines ne sont pas vraiment un exemple à suivre... Les habitants de Barcelone émettent quatre fois moins de CO2 que ceux de Denver!

Et si la Chine est investie autant dans la réduction des GES, ce n'est pas pour bien paraître à la conférence sur le climat. Elles sont forcées d'agir, puisque la pollution de l'air étouffe les villes chinoises

L'adage bien connu prend ici tout son sens : « Penser globalement, agir localement ».

De fait, les villes ont le pouvoir de changer les choses. Mais dans ces négociations sur le climat, elles n'ont rien à dire. Les discussions se mènent au niveau des pays.

D'où la pertinence pour les États d'investir dans les villes, de leur fournir des leviers pour se moderniser en ce qui concerne le transport collectif, les habitations, la gestion des déchets et l'aménagement urbain.

Les villes sont un terrain parfait pour protéger le climat. Elles sont responsables de la majorité des émissions de CO2, mais elles sont aussi les plus proches de ceux qui peuvent changer les choses : les citoyens.

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