Une policière accuse le gouvernement français d'avoir voulu modifier le rapport sur Nice

Reuters
Un policier monte la garde alors que l'enquête se poursuit autour du camion qui a foncé dans la foule rassemblée sur la promenade des Anglais, à Nice, lors de la fête nationale. Un policier monte la garde alors que l'enquête se poursuit autour du camion qui a foncé dans la foule rassemblée sur la promenade des Anglais, à Nice, lors de la fête nationale.  Photo :  Reuters/Eric Gaillard

Bernard Cazeneuve a annoncé dimanche porter plainte pour diffamation contre la responsable du centre de vidéosurveillance de la police municipale de Nice, qui prétend avoir subi des pressions du ministère de l'Intérieur lors de la rédaction d'un rapport sur la soirée meurtrière du 14 juillet.

Dans un communiqué, le ministre de l'Intérieur parle d'« accusations indignes » qui s'inscrivent, selon lui, « dans la suite des polémiques virulentes que certains élus de Nice ont souhaité entretenir puis alimenter chaque jour depuis le terrible attentat du 14 juillet ».

Ces polémiques portent sur les moyens mis en oeuvre par l'État pour assurer la sécurité du public lors du feu d'artifice du 14 juillet, alors que le Front national et certains à droite jugent que l'attaque au camion qui a fait 84 morts sur la promenade des Anglais aurait pu être évitée.

Dans une entrevue au Journal du Dimanche, Sandra Bertin, chef du Centre de supervision urbain (CSU) de la ville de Nice, qui était en poste le soir des événements, affirme qu'un représentant de la place Beauvau lui a donné pour instructions de mentionner la présence de policiers nationaux sur les lieux de l'attaque.

« J'ai [...] eu affaire à une personne pressée qui m'a demandé un compte-rendu signalant les points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l'on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité », dit-elle.

« Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m'est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m'a alors demandé d'envoyer par courriel une version modifiable du rapport », ajoute-t-elle.

« J'ai été harcelée pendant une heure, on m'a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n'ai pas vues à l'écran. » — Sandra Bertin, responsable du centre de vidéosurveillance de la police municipale de Nice

Attentat à Nice - notre section spéciale

Le Front national réclame la démission de Cazeneuve

La policière dit avoir finalement envoyé deux versions du rapport, l'une modifiable et l'autre non.

Dans son communiqué, Bernard Cazeneuve conteste formellement ces accusations et fait état d'une déclaration du procureur de Paris, François Molins, qui assure que c'est sous sa seule autorité que deux policiers ont été dépêchés au CSU de Nice dans le cadre de l'enquête sur l'attentat.

Le ministre de la Justice, Jean-Jacques Urvoas, a souligné de son côté, dans un autre communiqué, que l'enquête relevait « exclusivement de l'autorité judiciaire » et que « c'est sous la seule autorité du parquet de Paris que les services d'enquête [...] ont exercé dans les premiers jours suivant l'attentat leur compétence de police judiciaire ».

Pour le ministre de l'Intérieur, « il serait très utile que Sandra Bertin soit auditionnée par les enquêteurs et puisse leur produire les identités et les fonctions des personnes qu'elle met en cause, les courriels qu'elle évoque et leur contenu ».

François Hollande a promis vendredi une transparence totale dans l'analyse du dispositif de sécurité déployé ce soir-là.

Bernard Cazeneuve avait annoncé la veille l'ouverture d'une enquête interne, confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), dont les conclusions doivent être dévoilées la semaine prochaine.

Dans un communiqué, le Front national a estimé que les déclarations de la responsable du CSU de Nice constituaient un « témoignage accablant... [qui] confirme les craintes des Français sur une tentative de dissimulation de la vérité par le pouvoir ».

« Ce témoignage pose des questions très, très graves, une prise de position très troublante. » — Eric Ciotti, député et président du conseil départemental des Alpes-Maritimes

Il ajoute que la démission du ministre de l'Intérieur « devient plus encore inévitable, au nom de la transparence démocratique ».

« C'est un élément de plus qui démontre que quelque chose n'est pas transparent », a-t-il déclaré sur France Info.

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