Dans une ville pauvre du Mexique, le pape pourfend l'élite corrompue

Reuters
Le reportage de Julie Marceau

Le pape François a célébré dimanche une messe devant des centaines de milliers de fidèles, dans l'une des villes les plus pauvres et les plus dangereuses du Mexique, où il a pourfendu à cette occasion les riches et l'élite corrompue du pays.

Vilipendant « une société de rares privilégiés, pour quelques-uns », le souverain pontife a dénoncé à Ecatepec les profondes inégalités de même que l'orgueil de ceux qui se considèrent au-dessus des autres.

« Une richesse qui a le goût de la douleur, de l'amertume et des souffrances : tel est le pain qu'une famille ou une société corrompue offre à ses propres enfants », a-t-il dit à la foule.

Le Mexique compte l'un des hommes les plus riches du monde, le milliardaire Carlos Slim, et une classe politique riche entachée par la corruption, alors même que le pays est aux prises avec la pauvreté et la violence.

Municipalité au développement anarchique, Ecatepec, au nord de la capitale, a été le théâtre d'une explosion de la criminalité ces dernières années à mesure que s'implantaient les gangs de narcotrafiquants.

Le taux d'homicides y est parmi les plus élevés du Mexique. De nombreux assassinats de femmes, dont les cadavres ont été retrouvés abandonnés dans des décharges publiques ou dans un canal, n'y ont jamais été élucidés. Ecatepec compte une statue géante de « Santa Muerte », la « sainte Mort », figure de culte d'un mouvement religieux mexicain, suivi par des millions de personnes sur le continent américain.

Une mer de fidèles catholiques a accueilli le pape lors de son arrivée à Ecatepec à bord d'un hélicoptère blanc.

Messe lundi dans le Chiapas

« Nous traversons une période de grande violence [...] Puisse le pape nous donner la force de continuer à supporter ça, de continuer à lutter contre ça », déclarait dimanche une jeune femme de 26 ans, Maria Dolores Angeles Martinez.

Plus de 100 000 personnes ont péri dans les violences liées au trafic de drogue au cours des 10 dernières années, et on compte pas moins de 26 000 disparus durant la même période. Le président Enrique Pena Nieto n'est pas parvenu à contenir ce bain de sang, la criminalité ayant augmenté l'an dernier après avoir reculé au début de son mandat.

Avant d'accéder à la présidence, Pena Nieto était gouverneur de l'État de Mexico, qui comprend Ecatepec. Durant la seconde moitié de son mandat de gouverneur (de 2005 à 2011), le nombre de femmes assassinées a doublé.

Pour son premier voyage pastoral au Mexique, le pape argentin a tenu à se rendre dans des zones qui illustrent particulièrement les défis et les dangers de la nation mexicaine.

Il célébrera également une messe lundi avec les communautés indigènes dans l'État du Chiapas, le plus pauvre du Mexique. Il s'adressera à la jeunesse mardi à Morelia, capitale de l'État du Michoacan, frappé lui aussi par la violence, et rendra visite mercredi à des prisonniers à Ciudad Juarez, sur la frontière avec les États-Unis.

Samedi, au premier jour plein de sa visite apostolique au Mexique, il a lancé un appel à la lutte contre la corruption et les trafics de drogue et a exhorté les évêques mexicains à venir en aide aux migrants.

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