Statues de nus cachées : Rohani remercie l'Italie pour son hospitalité

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Le président Hassan Rohani a répondu aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse, à Rome, au terme d'une visite de trois jours en Italie. Le président Hassan Rohani a répondu aux questions des journalistes lors d'une conférence de presse, à Rome, au terme d'une visite de trois jours en Italie.  Photo :  Alessandro Bianchi / Reuters

La première tournée européenne du président Hassan Rohani depuis la levée des sanctions internationales contre l'Iran, il y a près de deux semaines, en échange de l'encadrement de ses activités nucléaires, provoque quelques remous culturels et diplomatiques.

La décision de cacher à sa vue des statues de nus exposées au musée du Capitole pour ne pas l'offenser a suscité la polémique en Italie.

Le président iranien a tenu à préciser qu'il n'avait pas demandé qu'on cache ces statues à l'occasion de la visite au musée lundi soir, disant « n'avoir eu aucun contact à ce sujet » avec les autorités italiennes.

Le Corriere della Sera, citant des sources au sein de la délégation iranienne, a cependant rapporté mardi que les Vénus et autres nus n'avaient pas obtenu l'aval d'une inspection préalable de la délégation iranienne. La mairie de Rome avait donc accepté de les dissimuler.

« Je sais que les Italiens sont très hospitaliers : un peuple qui cherche à rendre le séjour de ses invités le plus agréable possible et je les en remercie pour cela », a ajouté M. Rohani.

Les autorités italiennes ont également retiré le vin de son protocole lors d'un déjeuner, lundi, avec le président italien Sergio Matterella.

L'insulte n'est pas une liberté pour Rohani

Au lendemain d'une visite au Vatican, où il a rencontré le pape François, le président Rohani a déclaré que la liberté d'expression ne permettait pas d'insulter les gens des autres croyances.

Le pape avait lui-même déclaré, à la suite des attentats de janvier 2015 contre le journal satirique Charlie Hebdo, qu'une réaction violente était prévisible puisque des croyances avaient été insultées.

Le président iranien a formulé ces commentaires peu de temps avant de se rendre à Paris, où il aura des entretiens avec son homologue français, François Hollande.

Diplomatie iranienne

Questionné sur les relations diplomatiques de l'Iran, le président Rohani a dit souhaiter un apaisement des relations de son pays avec l'Arabie saoudite et un rapprochement avec les États-Unis. Mais, dans les deux cas, il estime que la balle est dans le camp adverse.

M. Rohani refuse de présenter des excuses, exigées par l'Arabie saoudite, pour l'incendie de l'ambassade saoudienne à Téhéran. « Des excuses, mais c'est ne rien comprendre à la diplomatie », a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse au terme d'une visite de trois jours à Rome.

« Nous avons fait tout ce qu'il fallait, nous avons condamné » l'incendie qui est survenu lors d'une manifestation contre l'exécution d'un religieux chiite saoudien en Arabie saoudite. Le président Rohani soutient aussi que son pays a fait ce qu'il fallait en procédant à l'arrestation des coupables de l'incendie, il soutient que c'est maintenant à l'Arabie saoudite de faire « les choix justes ».

« Pourquoi devrions-nous nous excuser ? », a insisté M. Rohani. « Ils ont coupé la tête du cheikh Nimr et c'est nous qui devons nous excuser ? Ils massacrent les Yéménites et c'est nous qui devons nous excuser ? Ils aident les terroristes dans la région et c'est nous qui devons nous excuser ? Leur incompétence provoque la mort de milliers de pèlerins pendant le Hajj et c'est nous qui devons nous excuser ? », a-t-il martelé.

« S'ils présentent des excuses au peuple musulman, ce sera encore insuffisant », a-t-il conclu.

Les deux pays, qui ont rompu leurs relations diplomatiques au début de l'année, s'affrontent directement sur la scène diplomatique et indirectement sur le plan militaire. Les deux pays s'affrontent par camps interposés en Irak, en Syrie et au Yémen.

En ce qui concerne un réchauffement des relations avec les États-Unis, M. Rohani estime que Washington devrait modifier sa position « hostile » qu'il impute au « lobby israélien » en Amérique. « Il est possible que l'Iran et les États-Unis aient des relations amicales, a-t-il indiqué. Mais la clé est entre les mains de Washington, non dans celles de Téhéran. »

Le président Rohani a également écarté les critiques de plusieurs pays occidentaux qui reprochent à l'Iran de financer des groupes islamistes qu'ils considèrent comme des organisations terroristes. « Il est clair que l'Iran est un pays opposé au terrorisme et un pays qui combat le terrorisme », a-t-il simplement répliqué au cours de la même conférence de presse.

Après la conférence de presse, M. Rohani devait visiter le Colisée avant de s'envoler pour Paris.

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