Virus Zika : des pays d'Amérique latine demandent aux femmes de ne pas tomber enceintes

Radio-Canada avec Reuters et Agence France-Presse
Le récit d'Anne Levasseur

Face à la menace du virus Zika, les autorités du Salvador, de la Colombie, du Brésil, de l'Équateur et du Honduras ont tour à tour demandé aux femmes de reporter leurs grossesses, pour éviter de graves malformations du foetus.

Le vice-ministre de la Santé du Salvador, Eduardo Espinoza, a suggéré aux femmes d'éviter les grossesses jusqu'en 2018. Selon lui, déjà 1561 cas ont été recensés depuis le début du mois de janvier.

« Nous recommandons aux couples de planifier leur grossesse. » — Eduardo Espinoza, vice-ministre de la Santé du Salvador

Le gouvernement colombien conseille, lui, d'éviter toute grossesse dans les six prochains mois. Même recommandation pour les femmes au Honduras et en Équateur.

Le ministre de la Santé du Brésil parle d'une situation d'urgence sanitaire à la grandeur du pays, du jamais vu depuis l'épidémie de grippe espagnole au début du 20e siècle.

L'infection non contagieuse qui se manifeste par des symptômes grippaux et des éruptions cutanées semble inoffensive, mais elle peut s'avérer dramatique pour les femmes enceintes et leur bébé.

La piqûre d'un moustique-tigre porteur du virus Zika peut contaminer le foetus par le placenta et entraîner de sévères malformations cérébrales. Le bébé peut naître avec une boîte crânienne anormalement petite.

Déjà des milliers de cas d'infection ont déjà été recensés chez des nourrissons d'Amérique latine.

En Colombie, où 13 500 personnes ont été touchées par le virus, une centaine de bébés présentent une microcéphalie.

Au Brésil, près de 4000 bébés seraient nés avec une boîte crânienne plus petite.

Recommandations dénoncées

Plusieurs militantes des droits de la femme ont critiqué ces recommandations, en disant que les femmes dans ces régions ont souvent peu le choix de tomber enceintes.

« C'est incroyablement naïf pour un gouvernement de demander aux femmes de ne pas tomber enceintes dans un contexte où plus de 50 % des grossesses ne sont pas planifiées et où la violence sexuelle est très répandue », affirme la vice-présidente du groupe Women's Link Worldwide, Monica Roa.

Selon les militantes, l'éducation sexuelle est déficiente et ne donnent pas les outils nécessaires aux femmes pour éviter les grossesses. L'accès à la contraception et à l'avortement en cas de viol est également très difficile.

« Il ne s'agit pas simplement de dire aux femmes de ne pas tomber enceintes. Il y a des grossesses qui ne sont pas prévues et qui sont le produit d'abus sexuels. » — Garcia, membre de la Coalition des citoyens pour la dépénalisation de l'avortement au Salvador

L'avortement est interdit au Salvador, même en cas de viol, de malformation du foetus ou lorsque la vie d'une femme est en danger.

Le Salvador a l'un des plus hauts taux de grossesse chez les adolescentes en Amérique latine. Un tiers des femmes enceintes sont âgées de 10 à 19 ans.

Les militantes reprochent aussi aux gouvernements d'impliquer seulement les femmes dans les recommandations.

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