Les espoirs noyés de centaines de réfugiés

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Associated Press
Des migrants sur l'île Grec de Lesbos (19 novembre 2015) Des migrants sur l'île Grec de Lesbos (19 novembre 2015)  Photo :  Yannis Behrakis / Reuters

Au moins 44 migrants en quête d'une nouvelle vie en Europe, dont 20 enfants, ont trouvé la mort, vendredi, lorsque leur embarcation de fortune a fait naufrage en mer Égée. Ces noyades portent le nombre de victimes de ces périlleuses traversées pour le seul mois de janvier à un niveau inégalé ces dernières années.

La pire tragédie s'est produite lorsqu'un bateau en bois a chaviré au large de l'îlot de Kalolimnos, près des côtes turques. Selon la garde côtière grecque, 34 personnes se sont noyées, dont 11 enfants et 16 femmes, tandis que 26 autres ont été rescapées. Les autorités poursuivent leurs opérations de recherche.

Ce naufrage est survenu peu après qu'un autre voilier en bois s'est échoué sur les côtes de Farmakonissi, située un peu plus au nord, après s'être brisé sur des rochers, en pleine nuit. Le bilan s'élève cette fois à 7 morts, soit 6 enfants et 1 femme. Les 41 autres personnes qui se trouvaient à bord ont réussi à gagner le rivage à la nage. 

Selon l'agence de presse turque Dogan, les gardes-côtes turcs ont aussi repêché les corps de trois enfants après un troisième naufrage au large de Didim.

Bien que le bilan de ces nouveaux naufrages ne soit pas encore définitif, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) déplore d'ores et déjà « un record de morts de migrants et réfugiés en Méditerranée en janvier 2016 par rapport aux mois de janvier 2015 et 2014 ».

Elle recense au moins 113 victimes pour le mois en cours, contre 82 en janvier 2015 et 12 en janvier 2014.

L'OIM soutient que 35 949 migrants sont arrivés sur les îles grecques en provenance de la Turquie depuis le début de l'année, un rythme de 1800 par jour. Cette route est de loin la plus prisée depuis le début du mois; par contraste, seules 950 personnes sont arrivées en Italie au cours de la même période en provenance d'Afrique du Nord.

Malgré les conditions météorologiques hivernales, les arrivées sur les îles grecques de migrants se poursuivent sans faiblir depuis le début de l'année, comme le craignaient les autorités grecques et les instances humanitaires.

En 2015, l'OIM a dénombré 1 003 124 migrants arrivés en Europe. Environ la moitié des migrants sont des Syriens qui fuient la guerre et la misère dans leur pays. Pas moins de 3770 migrants ont perdu la vie dans les eaux de la Méditerranée, dont 2892 provenaient de l'Afrique du Nord.

L'accord Turquie-Union européenne tarde à porter ses fruits

En novembre dernier, la Turquie et l'Union européenne (UE) ont conclu un accord visant à freiner les départs de migrants vers l'Europe, mais les résultats se font toujours attendre. En 2015, les trois quarts des migrants arrivés sur le Vieux-Continent provenaient de la Turquie.

En échange d'une aide humanitaire de 3 milliards d'euros, destinée à l'aider à gérer la présence sur son territoire de quelque 2,5 millions de réfugiés, essentiellement syriens, Ankara doit notamment mener une lutte active contre les réseaux de passeurs.

Pour motiver la Turquie, l'UE a aussi promis de donner un nouvel élan aux négociations visant son adhésion à l'Europe des 28, avec l'ouverture d'un nouveau chapitre de négociations portant sur la politique économique et militaire.

Depuis que cette entente a été conclue, le nombre de migrants tentant la dangereuse traversée de la mer Égée a chuté, passant de 5000 à 6000 par jour au début du mois de novembre, à près de 2000 par jour aujourd'hui.

Ce nombre demeure « beaucoup trop élevé », a déclaré le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, lors d'une visite en Turquie, le 11 janvier. Selon Bruxelles, une bonne part de cette réduction est en fait attribuable aux conditions météorologiques qui découragent de nombreuses tentatives.

Cette semaine encore, le président grec Prokopis Pavlopoulos, a accusé la Turquie de « soutenir les passeurs turcs ».

Ankara maintient néanmoins qu'elle fait d'importants efforts pour tenir ses engagements. Le pays vient notamment d'accepter d'attribuer des pays de travail dans certains secteurs aux Syriens, afin qu'ils puissent améliorer leur quotidien. 

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