Aide humanitaire en vue pour Madaya, ville syrienne assiégée et affamée

Reuters
Cette photo non datée diffusée par le Conseil révolutionnaire local de Madaya montre un garçon amaigri jusqu'aux os. Associated Press affirme avoir vérifié l'authenticité de cette photo. Cette photo non datée diffusée par le Conseil révolutionnaire local de Madaya montre un garçon amaigri jusqu'aux os. Associated Press affirme avoir vérifié l'authenticité de cette photo.  Photo :  PC/AP/Conseil révolutionnaire local de Madaya

Les Nations unies ont annoncé jeudi que le gouvernement syrien avait autorisé l'envoi d'une aide humanitaire à Madaya, une ville proche de la frontière libanaise assiégée par les forces loyalistes et dont les habitants sont menacés de famine.

Dans un communiqué, l'ONU dit préparer la livraison d'une aide humanitaire à la ville dans les prochains jours, ainsi qu'à deux villages chiites de la province d'Idlib (nord), Al-Foua et Kefraya, encerclés, eux, par la rébellion.

Au moins 10 personnes sont mortes de faim à Madaya au cours des 6 dernières semaines, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), alors que des militants de l'opposition parlent de dizaines de morts, chiffre que Reuters n'est pas en mesure de confirmer.

Les miliciens chiites libanais du Hezbollah, alliés aux forces gouvernementales syriennes, ont affirmé jeudi dans un communiqué que personne n'était mort de faim dans la ville et ont accusé les insurgés syriens d'empêcher la population civile de s'en aller.

Pour le Hezbollah, le sort de la population de Madaya est exploité par les rebelles dans un but de « propagande ».

La levée du blocus de cette localité par les forces gouvernementales est devenue l'une des principales exigences de l'opposition pour participer à des pourparlers de paix avec Damas.

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La faim et le froid

« On vivait de feuilles d'arbres, de plantes, mais on est aujourd'hui piégé par une tempête de neige et il n'y a plus ni plantes ni feuilles », explique Madjed Ali, un insurgé âgé de 28 ans joint par téléphone dans la ville. « Je pesais 114 kilos avant le siège. J'en pèse aujourd'hui 80. »

Les habitants se débrouillent avec de l'eau parfumée avec des épices, du citron, du sel et du vinaigre, quand ils en ont, ajoute Abou Hassan Moussa, chef du conseil de l'opposition de Madaya. Le riz ou le lait en poudre, lorsqu'ils sont disponibles, peuvent atteindre 300 $ le kilo.

Cinquante centimètres de neige sont tombés cette semaine et on brûle des meubles et des portes pour se chauffer, explique un autre militant.

Selon le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), plus de 40 000 personnes sont menacées de famine à Madaya.

« Madaya a été ravitaillée pour la dernière fois le 17 octobre avec 3900 rations alimentaires, assez pour nourrir plus de 19 000 personnes pendant un mois. Depuis, aucune aide alimentaire ou humanitaire n'a pu parvenir dans ce secteur comme prévu », a expliqué Bettina Lüscher, porte-parole du PAM.

L'accès à la ville a été demandé à six reprises en 2015 par les agences humanitaires, mais les autorités ne l'avaient accordé qu'une seule fois jusqu'ici.

Le 26 décembre, des enfants syriens ont été réunis devant les bureaux de l'ONU, à Beyrouth, au Liban, pour demander la fin du siège de Madaya et de Zabadani. Le 26 décembre, des enfants syriens ont été réunis devant les bureaux de l'ONU, à Beyrouth, au Liban, pour demander la fin du siège de Madaya et de Zabadani.  Photo :  Jamal Saidi / Reuters

Cessez-le-feu locaux

Le sort de la ville paraît lié à celui des villages chiites d'Al-Foua et Kefraya, assiégés par la rébellion dans la province d'Idlib. Un accord de cessez-le-feu a été conclu en septembre pour ces trois localités, ainsi que la ville de Zabadani, mais sa mise en oeuvre est lente.

La dernière livraison humanitaire à Madaya a été effectuée en même temps qu'une livraison similaire à Al-Foua et Kefraya.

Le siège de Madaya a commencé il y a environ six mois, au début d'une offensive des forces gouvernementales et de son allié, le Hezbollah libanais, pour reprendre le contrôle des zones le long de la frontière syro-libanaise.

Selon une source proche du gouvernement syrien connaissant bien la situation à Madaya, il est faux de dire que les civils sont empêchés par les gouvernementaux de quitter la ville. Cette même source estime que le nombre d'habitants assiégés est exagéré.

L'OSDH rapporte pour sa part que 15 personnes, y compris des enfants, ont été tuées alors qu'elles essayaient de fuir la ville, soit par des tirs des forces loyalistes, soit par des mines.

Dans ce contexte, la perspective de pourparlers entre Damas et l'opposition, fin janvier à Genève, paraît bien lointaine. L'une des conditions posées par l'opposition à ces négociations est l'accès de l'aide humanitaire aux zones assiégées ou difficiles à atteindre.

« Les négociations n'ont aucun sens tant que nous sommes assiégés, tant que nous rêvons d'une tasse de lait pour un enfant. Qu'est-ce qu'on va négocier? Nos morts? », dit l'un des militants de Madaya.

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