Venezuela : l'opposition défie le gouvernement chaviste

Radio-Canada avec Agence France-Presse
Les députés Julio Ygarza, Nirma Guarulla et Romel Guzamana célèbrent leur victoire après avoir prêté serment. Les députés Julio Ygarza, Nirma Guarulla et Romel Guzamana célèbrent leur victoire après avoir prêté serment.  Photo :  Marco Bello / Reuters

Désormais majoritaire au Parlement, la coalition d'opposition de droite a investi, mercredi, trois députés antichavistes suspendus par la justice, un coup d'éclat par lequel elle revendique une majorité qui lui confère de larges pouvoirs. Le président Maduro a pour sa part nommé un nouveau gouvernement.

Avec 112 sièges sur 167, l'opposition revendique la majorité des deux tiers, en vertu de laquelle elle peut par exemple convoquer un référendum, mettre en place une assemblée constituante et chasser le président chaviste Nicolas Maduro en réduisant la durée de son mandat.

L'opposition s'est d'ailleurs donné « six mois » pour faire partir le chef d'État vénézuélien de manière constitutionnelle.

Le chef de file des députés chavistes, Diosdado Cabello, a refusé de reconnaître ces trois nouveaux députés et annoncé un recours devant le Tribunal suprême de justice (TSJ).

« Les citoyens investis mercredi ne sont pas des députés. Il n'y a pas de conflit de pouvoirs, il y a une violation de la Constitution. » — Diosdado Cabello, numéro deux du régime

Considérée comme un allié du régime chaviste, la plus haute autorité judiciaire du pays devrait être un acteur-clé de cette bataille institutionnelle qui s'ouvre entre le Parlement dominé par l'opposition et le gouvernement chaviste.

C'est elle qui avait suspendu, après un recours des chavistes, l'élection des trois députés de l'État d'Amazonas, mais également celle d'un chaviste, en décembre dernier.

Le président Maduro a par ailleurs procédé à un changement de gouvernement pour faire face aux difficultés économiques et à un Parlement dominé par ses adversaires.

« J'ai décidé de former cette équipe pour que commence aujourd'hui une nouvelle dynamique de travail avec le peuple et pour affronter la grave situation économique. » — Le président Nicolas Maduro

La voie est ouverte pour la confrontation

En attendant la décision du Tribunal suprême de justice, la nouvelle Assemblée nationale, où les portraits du défunt président Hugo Chavez, décédé en 2013, ont été décrochés, a ouvert ses travaux avec l'investiture des trois nouveaux députés de l'opposition.

La veille, seuls 163 des 167 députés élus le 6 décembre avaient été investis pour 5 ans.

Le premier jour du nouveau Parlement s'est déroulé dans un climat tendu, les députés chavistes quittant même la salle.

De son côté, le président Maduro a déclaré qu'il défendrait la stabilité démocratique d'une « main de fer ». Il s'est de plus arrogé le pouvoir de nommer le président et les dirigeants de la Banque centrale, des responsabilités qui sont du ressort de l'Assemblée nationale.

L'économie du Venezuela, qui possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, s'est effondrée au cours des derniers mois au même rythme que les cours du brut.

Les pénuries quotidiennes et l'inflation galopante (200 %, selon les experts) ont suscité un mécontentement populaire qui a profité à l'opposition.

Réunie sous le nom de Table de l'unité démocratique (MUD), la coalition, qui rassemble des partis allant de la gauche modérée à la droite dure, a récolté 112 sièges contre 55 pour le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), qui, sous Hugo Chavez, régnait sans partage sur le pays depuis 1999.

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