Article du 10 octobre 2015 - La Turquie frappée par l'attentat terroriste le plus meurtrier de son histoire

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Un attentat à Ankara, en Turquie Un attentat à Ankara, en Turquie  Photo :  Reuters Photographer / Reuter

Un double attentat à la bombe, probablement commis par deux kamikazes, a fait au moins 95 morts et 246 blessés samedi matin lors d'une manifestation pour la paix rassemblant des militants de gauche et des sympathisants prokurdes devant la principale gare ferroviaire d'Ankara, la capitale turque.

Note : Cet article fait l'objet de nombreux partages sur les réseaux sociaux dans la foulée des attentats du 13 novembre 2015, à Paris. Notez bien que ces événements datent du 10 octobre 2015.

C'est l'attentat le plus meurtrier jamais commis sur le sol turc.

Le dernier bilan en date a été fourni par les services du premier ministre Ahmet Davutoglu, qui précisent que 48 blessés se trouvent en soins intensifs. Le parti prokurde HDP (Parti démocratique des peuples) avance pour sa part un bilan de 97 morts.

Ahmet Davutoglu a annoncé trois jours de deuil national. Des éléments solides suggèrent que la double explosion est le fait de deux kamikazes, a-t-il dit, évoquant comme suspects potentiels les djihadistes de l'État islamique (EI), le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et un groupe révolutionnaire d'extrême gauche, le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C).

Ce double attentat intervient à trois semaines des élections législatives anticipées du 1er novembre.

Le président Recep Tayyip Erdogan, qui a lancé un appel « à la solidarité et à la détermination », a annulé un voyage qu'il devait effectuer lundi au Turkménistan, où il devait participer à un sommet avec ses homologues turkmène et azerbaïdjanais.

Des centaines de manifestants scandant des slogans contre le gouvernement se sont assemblés à Istanbul et ont tenté de se diriger vers la place Taksim. « Erdogan démission ! », « AKP assassin ! », scandaient les protestataires, accusant le président et son mouvement AKP (Parti de la justice et du développement) d'être responsables de la violence.

À Ankara, devant la gare, des corps recouverts de drapeaux et de bannières, dont ceux du HDP, gisaient dans la matinée, éparpillés sur le sol parmi des flaques de sang et des morceaux de corps.

Un média indépendant turc, dokuz8, a capturé le moment de l'explosion.

« Attaque barbare »

« Comme les autres attaques terroristes, celle de la gare ferroviaire d'Ankara vise notre unité, notre solidarité, notre fraternité et notre avenir », a déclaré le président Erdogan.

D'après des témoins, les deux explosions se sont produites à quelques secondes d'intervalle peu après 10 h (07 h GMT) alors que les participants à une « marche pour la paix » commençaient à
se rassembler pour dénoncer la reprise des violences dans le sud-est du pays à l'appel de syndicats et d'associations de la société civile.

La Turquie, État membre de l'OTAN, vit en alerte renforcée depuis qu'Erdogan a déclenché en juillet une « guerre synchronisée contre le terrorisme », à la fois contre l'EI en Syrie et contre des bases des séparatistes du PKK dans le nord de l'Irak.

Pour le dirigeant du HDP, Selahattin Demirtas, le double attentat d'Ankara s'inscrit dans la ligne des attaques commises en juin contre un rassemblement électoral de son parti à Diyarbakir, où deux personnes avaient été tuées et une centaine blessées, et à Suruç, près de la frontière syrienne, où un attentat suicide imputé à l'EI a fait 32 morts le 20 juillet.

« Une attaque barbare a été menée, dans le prolongement de ce qui s'est passé à Diyarbakir et à Suruç », a-t-il dit à la télévision. Sur Internet, le chef du HDP a ensuite mis en cause les autorités turques, un gouvernement d'« assassins » qui est « le meilleur soutien du terrorisme ».

Le double attentat de samedi est plus meurtrier que ceux qui avaient visé en 2003 deux synagogues, le siège de la Banque HSBC à Istanbul et le consulat britannique (62 morts). Les autorités avaient attribué ces attentats à Al Qaïda.

Une explosion a fait plusieurs morts à Ankara, en Turquie Une explosion a fait plusieurs morts à Ankara, en Turquie  Photo :  Reuters Photographer / Reuter

Cessez-le-feu du PKK

Quelques heures après la tuerie de samedi, le PKK a appelé ses combattants à cesser leurs opérations de guérilla, sauf s'ils sont attaqués, selon un site internet d'informations proche du groupe. Il y a trois mois, le PKK avait mis fin au cessez-le-feu qu'il observait depuis plus de deux ans en Turquie.

Selon l'agence de presse Firat, la décision du PKK a été prise en réponse aux appels venant de Turquie, mais aussi de l'extérieur, afin que puissent se tenir le 1er novembre des élections législatives « libres et justes ».

Le premier ministre turc a annulé ses engagements de campagne électorale pour les trois prochains jours et a tenu une réunion d'urgence avec les chefs de la police et des agences de renseignement. Il a invité les dirigeants des deux principaux partis d'opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, gauche laïque) et le MHP (Parti d'action nationaliste) à le rencontrer dimanche. Le numéro un du MHP, Devlet Bahceli, a décliné cette invitation.

Les États-Unis ont condamné le double attentat.

De source turque, on apprend que le président Barack Obama a téléphoné à Erdogan pour lui présenter ses condoléances, dénoncer l'attentat et souligner que Washington restait aux côtés de la Turquie dans sa lutte contre le terrorisme.

« À la lumière de la violence à l'oeuvre en Turquie et dans la région, il est particulièrement important à ce stade que tous les citoyens turcs s'engagent à nouveau pour la paix et soient solidaires contre la terreur », a déclaré pour sa part le département d'État américain.

« Nous sommes solidaires aux côtés du peuple turc et réaffirmons notre détermination à continuer à travailler avec la Turquie pour combattre la menace partagée du terrorisme. »

Le président français François Hollande a condamné un « odieux attentat terroriste ». Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland, a dénoncé « une attaque implacable et barbare contre des manifestants pacifiques ».

« La liberté de rassemblement et la liberté d'expression sont des piliers fondamentaux de la démocratie », ajoute-t-il.

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