Sydney : 3 morts, dont le preneur d'otages

Radio-Canada avec Associated Press, Agence France-Presse et Reuters
Le récit d'Olivier Bachand

L'Australie est en deuil : au cours de la nuit de lundi à mardi, les policiers ont pris d'assaut un café du centre de Sydney où un homme retenait 17 personnes en otages depuis plus de 16 heures. Trois personnes sont mortes, dont le preneur d'otages, et cinq personnes ont été blessées.  

Des sources policières australiennes ont affirmé que le preneur d'otages était Man Haron Monis, un réfugié iranien qui a déjà été condamné pour agression sexuelle et qui a envoyé des lettres d'injures aux familles de soldats australiens tués à l'étranger.

Son identité n'a pas été confirmée officiellement par la police, mais un responsable a admis qu'il ne « serait pas erroné » de dire que Monis est le suspect.

Ses deux victimes sont une femme de 38 ans et un homme de 34 ans. Des médias australiens les identifient comme l'avocate Katrina Dawson, mère de trois enfants de moins de 10 ans, et Tori Johnson, le gérant ducafé Lindt Chocolat.

Selon Andrew Scipione, chef de la police de Nouvelle-Galles du Sud, l'homme aurait agi seul. « Il s'agit d'un acte isolé », a-t-il déclaré.

L'islamiste radical Man Haron Monis. L'islamiste radical Man Haron Monis  Photo :  AAP/9news

Un assaut après des coups de feu

Les policiers ont donné l'assaut vers 2 h 20 du matin, heure locale, après avoir entendu des coups de feu tirés à l'intérieur du café Lindt Chocolat, a indiqué M. Scipione. « Ils ont pris cette décision parce qu'ils craignaient que s'ils n'entraient pas immédiatement, on pourrait déplorer plusieurs autres morts », a-t-il déclaré.

Des tirs nourris ont été entendus lors de l'opération. Des otages sortaient en courant du bâtiment, tandis que d'autres étaient emmenés sur des brancards. Cinq otages étaient parvenus à recouvrer la liberté au cours de la journée.

Deux personnes ont été évacuées vers un hôpital, mais leurs jours ne sont pas en danger. Un officier de police a été soigné sur place après avoir reçu un plomb de chevrotine, et une femme a été traitée pour une blessure par balle à l'épaule.

Les autorités ont par ailleurs affirmé qu'il n'y avait pas d'explosifs à l'intérieur du commerce.

Le premier ministre australien, Tony Abbott, réagit aux événements à Sydney. Le premier ministre australien, Tony Abbott, réagit aux événements à Sydney.

Des enquêtes sont ouvertes

Le premier ministre australien, Tony Abbott, a fait le point sur les événements en matinée, mardi, en Australie.

Offrant ses condoléances aux familles des victimes, le premier ministre a affirmé que les autorités d'État ainsi que celles du Commonwealth faisaient enquête. Il estime que du temps sera nécessaire pour faire la lumière sur les événements de Martin Place, et sur leur cause.

Il a donné quelques détails sur le suspect dans cette affaire, parlant d'un individu bien connu des autorités, ayant un passé marqué par « la violence, la criminalité, un engouement pour l'extrémisme et de l'instabilité mentale ».

« Ces événements démontrent que même un pays aussi libre, ouvert, généreux et sécuritaire que le nôtre est exposé à des actes de violence motivés par la politique », a déclaré le premier ministre Abbott, affirmant du même coup que son pays était prêt à faire face à de tels actes.

Fin de la prise d'otage à Sydney : fil des événements et témoignage

Drapeau noir avec une référence à l'islam

La crise a éclaté vers 9 h 45 lundi matin à Martin Place, une place publique au coeur du district financier et commercial de la ville de Sydney. Ce secteur abrite le bureau du premier ministre et la banque centrale d'Australie. C'est aussi dans ce secteur que se trouvent les sièges des deux plus grandes banques du pays. Le parlement de l'État est situé à quelques rues de là.

Au cours de la prise d'otages, des images diffusées par des télévisions australiennes montraient des gens avec les mains en l'air et d'autres qui appuyaient leurs mains contre la vitrine du café Lindt Chocolat. On pouvait voir aussi un drapeau noir portant une inscription en caractères arabes plaqué par des otages contre une fenêtre de l'établissement. 

Le drapeau noir ne ressemblait pas à celui utilisé par l'organisation armée État islamique (EI). Il semblerait que la phrase apparaissant sur le drapeau brandi à la fenêtre se rapporte à la profession de foi musulmane : « Il n'y a de Dieu qu'Allah et Mahomet est son prophète ». La phrase apparaît sur les symboles de plusieurs organisations islamistes dans le monde, mais aussi sur le drapeau de l'Arabie saoudite.

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Un acte condamné

L'Iran a officiellement condamné la prise d'otages, lundi. « Avoir recours à de tels actes inhumains et provoquer la peur et la panique au nom de l'islam miséricordieux n'est justifiable sous aucune condition », a déclaré la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Marzieh Afkham, à l'agence Irna.

Plusieurs groupes australiens musulmans ont publié un communiqué conjoint dans lequel ils condamnent cette attaque. Ils ont ajouté que l'inscription sur le drapeau témoignait « d'une foi qui a été détournée par des individus malavisés ».

En guise de solidarité, plusieurs Australiens ont offert sur Twitter d'être vus en public avec les musulmans qui craindraient des représailles. Le mot-clé #IllRideWithYou avait été utilisé plus de 90 000 fois en fin de soirée, lundi, en Australie.

Lindt & Sprüngli, la compagnie à laquelle appartient le café de Sydney où s'est déroulée une prise d'otages, s'est dite « dévastée » par la mort de deux d'entre eux et par le traumatisme qu'ont vécu les otages. L'entreprise a salué leur courage et remercié les forces policières pour leur intervention. En outre, elle a offert son soutien aux victimes et à leurs familles, ainsi qu'à son personnel.

L'Australie, qui participe à la coalition militaire organisée par les États-Unis contre le groupe armé État islamique, est en état d'alerte élevée. Les autorités craignent depuis plusieurs mois des attaques de la part de musulmans australiens de retour des combats au Proche-Orient.

En septembre, la police anti-terroriste australienne avait annoncé qu'elle avait déjoué une menace imminente de décapitation au hasard et, quelques jours plus tard, un adolescent à Melbourne avait été abattu après avoir attaqué deux membres de la brigade antiterroriste avec un couteau. Martin Place, où se trouve le café, faisait partie des lieux envisagés pour le projet de décapitation.

Réaction du Canada

Le premier ministre Stephen Harper a offert au nom de tous les Canadiens ses condoléances aux familles et amis des otages qui ont péri. « Le Canada partage le deuil des Australiens, et nous sommes aussi outrés de cet acte barbare éhonté commis contre des civils innocents qui vaquaient simplement à leurs occupations quotidiennes », a-t-il déclaré dans un communiqué. 

« Le Canada et nos alliés resteront fermes et agiront de concert contre ceux qui menacent la paix, la liberté, la démocratie et les valeurs qui nous tiennent à cœur », a ajouté le premier ministre.

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