Francophonie : les femmes doivent être plus qu'un thème de sommet, dit Michaëlle Jean

L'entrevue de Jean-François Bélanger avec Michaëlle Jean

Le XVe Sommet de la francophonie s'ouvre samedi à Dakar, au Sénégal, et se terminera dimanche avec la nomination du successeur d'Abdou Diouf. Pour la première fois de l'histoire de l'Organisation de la Francophonie (OIF), on assiste à une véritable course. Michaëlle Jean, la seule des cinq candidats à ne pas venir d'Afrique, a accordé une entrevue exclusive à notre envoyé spécial Jean-François Bélanger.

L'ancienne journaliste dit croire en ses chances, même si 30 des 57 membres de l'organisation se trouvent sur le continent africain.

Alors que le rôle joué par les femmes et les jeunes dans le développement et la paix est au coeur de ce sommet, Mme Jean y voit l'occasion idéale pour l'organisme de passer des paroles aux actes.

« Ça ne peut pas être qu'un thème pour ce 15e sommet », martèle la femme de 57 ans. 

« Il faut aussi avoir le souci de cohérence et faire en sorte de pouvoir confier à une femme la destinée de cette organisation. » — Michaëlle Jean

« Je vois ce désir d'être plus qu'une belle idée et presque un alibi et d'être véritablement inclus », dit-elle des femmes et des jeunes qu'elle a rencontrés au cours de sa campagne, s'estimant capable de les mobiliser.

Mme Jean croit que le fait d'avoir été gouverneure générale du Canada lui confère une influence qui fait d'elle une interlocutrice crédible.

« Le fait d'avoir été gouverneure générale du Canada, ça m'a permis - et je le vois comme envoyée spéciale de l'UNESCO pour Haïti - d'avoir toutes les portes qui s'ouvrent. » — Michaëlle Jean

« Pas une fois il n'y a eu un chef d'État qui m'a refusé [un entretien] », se félicite-t-elle. « Je vais au département d'État, je vais à la Banque mondiale. Partout, j'ai [un] accès. Ça, c'est important, de pouvoir mener un plaidoyer très fort. »

Michaëlle Jean est de ceux qui voudraient faire de la Francophonie un espace économique pour favoriser le développement de ses membres.

« Être dans la Francophonie, c'est déjà avoir ces liens sur le plan culturel, sur le plan linguistique, sur le plan de la coopération, des valeurs qu'on partage par la charte de la Francophonie. » Mais, poursuit-elle, « pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas aussi commercer, aboutir ensemble, atterrir ensemble sur des marchés grâce à ce levier que représente la langue française? »

Au cours des derniers mois, Michaëlle Jean a sillonné une vingtaine de pays pour promouvoir sa candidature, qui a reçu l'appui du Canada, du Québec et du Nouveau-Brunswick. Haïti, d'où elle est originaire, est le seul autre membre de l'organisation à s'être affiché en sa faveur.

Le reportage de Jean-François Bélanger

Le ministère des Affaires étrangères du Canada a jusqu'ici investi 55 000 $ en frais de déplacement pour la campagne de Mme Jean, a indiqué le cabinet de Stephen Harper. Le gouvernement du Québec lui fournit de son côté un soutien logistique en lui adjoignant un attaché de presse.

Le ministre fédéral de la Francophonie, Christian Paradis, qui fait campagne pour Mme Jean en marge du sommet, estime qu'elle est toute désignée pour succéder à M.Diouf. « Elle est la candidate qui peut amener la Francophonie au 21e siècle avec les défis de nouvelle génération. »

Les autres candidats dans la course

  • Henri Lopes, ambassadeur du Congo à Paris
  • Jean-Claude de l'Estrac, ex-ministre des Affaires étrangères de l'île Maurice
  • Pierre Buyoya, ancien président du Burundi,
  • Agustin Nze Nfumu, un Équato-Guinéen

La francophonie mûre pour un virage, estime Jean-François Simard

La tradition fait en sorte que le choix du secrétaire générale se fait par consensus entre les membres de l'OIF, à huis-clos.

Jean-François Simard, titulaire de la Chaire Senghor de l'Université du Québec en Outaouais, est très critique de ce processus de nomination. Les chefs d'État et de gouvernement font leur choix « derrière des portes closes sans que cela ne suscite aucun débat dans aucun parlement d'aucun pays appartenant à la francophonie », a-t-il critiqué au cours d'une entrevue accordée à la radio de Radio-Canada.

Une façon de faire d'autant plus répréhensible que le secrétaire général de l'OIF exerce une « influence énorme sur la Francophonie », dit celui qui a codirigé le collectif Une Francophonie en quête de sens. « C'est comme signer un chèque en blanc ».

Il estime en outre que la Francophonie doit effectuer un virage communautaire. « On a créé une institution pour l'élite. Pendant ce temps-là, on a oublié la Francophonie communautaire, qui, jour après jour, soutient à bout de bras la promotion du fait français, l'intégration des nouveaux arrivants, etc. »

Il est d'ailleurs temps que la Francophonie revienne à son objectif premier, plaide-t-il.

« On parle de tout et finalement, quand il nous reste un peu de temps, on va parler de la vraie mission fondamentale de la Francophonie, qui est de soutenir le fait français à travers le monde, qui est en régression à peu près partout. » — Jean-François Simard

À ses yeux, le thème du sommet illustre à quel point la Francophonie s'est éparpillée. Au fil du temps, dit-il, l'organisation a voulu s'attaquer à trop d'enjeux, au point de vouloir devenir, en quelque sorte, « la section francophone de l'ONU ».

Correspondants à l'étranger

Tous les correspondants

Info en continu