Les réponses d'un djihadiste montréalais que nous cherchions

Le compte rendu de Marie-Ève Bédard

Nous pensions pouvoir retrouver la trace de Sami, un jeune djihadiste né à Montréal, dans la ville turque d'Antakya. En collaboration avec la journaliste Chantal Lavigne et l'équipe d'Enquête, nous espérions pouvoir combler les lacunes dans son récit du djihad depuis la fermeture de son compte Facebook. Et nous y sommes arrivés.

Un texte de Marie-Eve BédardTwitterCourriel, notre correspondante au Moyen-Orient

Des contacts dans la région d'Antakya, affiliés aux milices du Front al-Nosra, nous avaient dit avoir repéré Sami dans une maison sécurisée, en convalescence. Trop tard, nous a-t-on dit une fois sur place. Il était, selon nos contacts, tout juste de retour en Syrie pour y poursuivre des traitements médicaux.

Au téléphone, un homme nous a dit être responsable de la maison sécurisée où, avec d'autres combattants du Front al-Nosra, Sami passait son temps entre des opérations. Impossible de rencontrer des étrangers, nous dit l'homme. « Je n'ai pas la permission, je ne veux pas de problèmes avec Al-Qaïda », nous a-t-il dit.

Alors qu'on n'attendait plus de ses nouvelles, Sami a finalement répondu à nos demandes de contact. Il a d'abord semblé surpris de notre intérêt. Toujours alité, il a refusé de dire s'il était effectivement en Syrie ou à l'abri des combats du côté de la Turquie.

Quand vient le temps d'expliquer ce qui l'a poussé à tout laisser tomber pour prendre les armes dans la Syrie de ses ancêtres, il se montre plus bavard.

Sami confirme faire partie du Front al-Nosra, l'affilié officiel d'Al-Qaïda en Syrie. S'il se bat, dit-il, c'est pour établir un État religieux.

« Je veux un État islamique comme il l'a déjà été sous les différents califats pendant plus d'un millénaire. La démocratie est née depuis à peine 60 ans et elle nous a prouvé à quel point elle est corrompue. » — Sami, djihadiste né à Montréal

Mais Sami affirme ne pas reconnaître ses aspirations à la loi divine dans le groupe armé État islamique (EI) et son dirigeant, Abou Bakr Al-Baghdadi. « Al-Baghdadi n'a pas appliqué les étapes du califat et tous les savants sont contre ses agissements », avance-t-il.

Le Canada et l'EI

Ça ne veut pas dire que Sami appuie la participation du Canada dans la campagne de bombardements aériens de la coalition contre l'EI, loin de là. « Ils ont été déçus de réaliser que le peuple syrien ne voulait pas de démocratie. Alors maintenant, ils combattent le peuple syrien pour leurs choix politico-religieux. »

Il ignorait tout des événements tragiques survenus au Canada au cours des derniers jours. Mis au courant de l'assassinat de deux soldats canadiens, l'adjudant Patrice Vincent et le réserviste Nathan Cirillo, Sami a tout de suite pensé qu'il s'agit de représailles envers la politique du Canada.

« Le problème, c'est le gouvernement canadien qui a accepté de tremper ses mains dans le sang des musulmans en Syrie. Et c'est ça qui a déclenché les représailles des musulmans. » — Sami, djihadiste né à Montréal

« Le jour où le gouvernement canadien se désolidarise de ce mouvement de croisade contre l'Islam et de la liberté politique et religieuse des musulmans dans leur pays, alors là seulement s'arrêteront les représailles qui n'ont en fait pas officiellement commencé », indique Sami.

Le jeune Montréalais a-t-il des regrets? Souhaite-t-il revenir au Canada? Ici, la réponse est sans équivoque : « Non. »

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