Les « infidèles » du Canada doivent aussi mourir, affirme le groupe État islamique

Radio-Canada avec CBC et La Presse Canadienne
Les détails avec Emmanuelle Latraverse

Le porte-parole du groupe armé État islamique (EI) appelle les musulmans du monde entier à s'en prendre aux civils dans les pays qui lui ont déclaré la guerre, dont le Canada. Pendant ce temps, Ottawa est avare de détails sur sa lutte à la menace grandissante de l'extrémisme islamique.

Dans un fichier audio d'environ 42 minutes distribué sur Twitter dimanche, Abou Mohammad Al-Adnani s'adresse aux djihadistes et déclare que l'intervention dirigée par les États-Unis en Irak et en Syrie sera « la campagne finale contre les croisés ». Les Américains, selon lui, ont déclaré la guerre à l'Islam. Il appelle ainsi les musulmans du monde entier à afficher leur soutien envers l'EI à travers la violence.

« Si vous pouvez tuer un infidèle américain ou européen - surtout un méchant et dégoûtant Français - ou un Australien ou un Canadien, ou n'importe quel autre infidèle parmi les infidèles qui nous font la guerre, y compris les citoyens des pays qui font partie de la coalition contre l'État islamique, fiez-vous à Allah et tuez-le d'une façon ou d'une autre ».

Ces menaces font écho à celles déjà brandies par le passé, par exemple dans les vidéos des décapitations des journalistes américains James Foley et Steven Sotloff, ainsi que dans celle du travailleur humanitaire britannique David Haines.

Le professeur Samir Saul décrit le contexte des menaces lancées par le groupe État islamique.

Les autorités canadiennes aux aguets

Le cabinet du premier ministre Stephen Harper a pris connaissance du message et a fait savoir que le Canada continuerait de travailler avec ses alliés afin de repousser la menace que représente le groupe armé État islamique « non pas sur la seule stabilité du Moyen-Orient, mais sur celle du monde entier ».

« Tout comme nos alliés, nous ne nous laisserons pas intimider par des menaces alors que des enfants, des femmes, des hommes et des minorités religieuses vivent dans la crainte de ces terroristes », a-t-on indiqué par voie de communiqué.

Mais lorsqu'il a été interrogé lundi sur ce que le Canada compte précisément faire de plus, le premier ministre Stephen Harper a semblé hésitant. « Comme vous savez, nous avons des lois renforcées au pays pour traiter ce genre de menaces », a-t-il déclaré. « Nous sommes en train d'évaluer ces lois et d'autres moyens que nous avons pour surveiller et agir contre les individus qui peuvent entreprendre des activités potentiellement menaçantes pour le Canada. »

Passeports révoqués

Lundi, le ministre de l'Immigration, Chris Alexander, a refusé de dire combien de passeports ont été révoqués depuis 2002 pour empêcher de potentiels terroristes de voyager, invoquant des raisons de protection de la vie privée. Selon le Service canadien du renseignement de sécurité, le SCRC, plus de 130 Canadiens participent à des activités terroristes à l'étranger.

En entrevue à ICI RDI, le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Steven Blaney, a expliqué que ces menaces étaient prises « très au sérieux » par les autorités canadiennes. « Depuis plusieurs années, le Canada a mis en place une stratégie pour lutter contre le terrorisme. La prévention, la détection, empêcher les terroristes de commettre leurs actes et, si c'est le cas, réagir », a assuré le ministre Blaney.

« L'ensemble des agences d'application de la loi est aux aguets et nous avons l'intention d'appliquer la loi dans toute sa force pour toute personne qui aurait l'intention de commettre des gestes qui menacent la sécurité des gens au pays. » — Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile

Affirmant que cette menace allait être sa priorité cet automne, le ministre Blaney a insisté sur la participation non seulement des forces de l'ordre, mais de tous les citoyens pour déceler et signaler les comportements qui suggèrent l'embrigadement d'un individu dans des groupes ou des activités suspectes. Le ministre a également rappelé qu'il est interdit de quitter le pays pour aller combattre aux côtés des djihadistes de l'État islamique et que ceux qui le font seront punis avec « toute la force » des lois canadiennes. 

La montée de l'État islamique sera d'ailleurs à l'ordre du jour à l'Assemblée générale de l'ONU cette semaine, à New York.

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