Climat : les discussions n'ont pas permis d'entente sur un prix pancanadien du carbone

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le reportage de Joyce Napier

Le premier ministre Justin Trudeau et ses homologues provinciaux étaient réunis jeudi à Vancouver pour discuter de l'adoption d'un cadre pancanadien de lutte contre les changements climatiques. Ils n'ont pas réussi à s'entendre sur un prix unique pour le carbone; le sujet sera plutôt abordé au cours d'autres discussions, qui mèneront à un plan plus concret à l'automne.

Les premiers ministres se donnent donc un nouvel échéancier. « Notre engagement aujourd'hui montre que tous les premiers ministres sont unis. Nous avons obtenu un consensus : d'inclure le carbone dans notre approche contre les changements climatiques », a déclaré Justin Trudeau lors d'une conférence de presse.

Quatre groupes de travail seront formés : un pour la technologie, les innovations propres et les emplois; un sur les mécanismes d'instauration d'un prix fixe sur le carbone; un autre sur les possibilités d'atténuation spécifiques; et un dernier qui fera un rapport sur ces priorités.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral a pris quatre principaux engagements :

  • appuyer les mesures d'atténuation des changements climatiques en investissant dans les infrastructures vertes et de transport en commun;
  • accélérer l'électrification des transports;
  • aider à éliminer l'utilisation du diesel dans les communautés autochtones et éloignées;
  • doubler sur cinq ans les investissements dans la recherche et le développement.

Tarification du carbone : les compétences provinciales respectées

L'établissement d'un prix unique pour le carbone était au coeur des discussions et le dossier a suscité beaucoup de résistance des provinces. Celles-ci semblent toutefois avoir réussi à obtenir la flexibilité qu'elles réclamaient d'Ottawa.

Dès le début des discussions, plusieurs ministres ont signalé leur opposition à une tarification nationale du carbone comme outil de réduction des gaz à effet de serre (GES), telle que proposée par le gouvernement fédéral. Par exemple, le Québec et l'Ontario, qui ont une bourse du carbone, et la Colombie-Britannique, qui a une taxe sur le carbone, ne souhaitent pas que le gouvernement fédéral s'ingère dans les mécanismes déjà en place. Pour sa part, Darrell Pasloski, du Yukon, craint que cela n'ajoute un fardeau supplémentaire dans une région où « le coût de la vie est déjà très élevé ».

Justin Trudeau a déclaré que les premiers ministres devront coopérer et se coordonner afin de réduire les GES, mais a précisé que le plan sera adapté aux différentes réalités provinciales et territoriales.

« La fixation du prix du carbone fait partie de la panoplie d'outils pour arriver à une économie sobre de carbone. On respecte les défis et particularités de chaque juridiction », a-t-il dit.

M. Trudeau a par ailleurs souligné le leadership des premiers ministres en matière d'environnement au cours des 10 dernières années, ajoutant qu'il ne voulait pas défaire leurs progrès, mais plutôt s'en inspirer.

Les premiers ministres des provinces et des territoires ont également demandé le respect des compétences provinciales en matière d'environnement. « C'est déjà 80 % du Canada qui a ou qui va avoir bientôt une forme de prix sur le carbone. Les provinces sont mieux équipées pour lutter contre les changements climatiques; elles ont les compétences », a dit le ministre québécois du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel.

Si les discussions à Vancouver mèneront ultimement à de nombreux autres pourparlers au cours des prochains mois, Steven Guilbeault, porte-parole d'Équiterre, croit que les ministres réussiront à s'entendre. « C'est le début d'une conversation. Ce n'est que la deuxième fois qu'ils se rencontrent. C'est normal qu'ils n'aient pas encore réussi à s'entendre sur tout. »

Il estime cependant que la rencontre s'est avérée « un franc succès » et attend de voir quelles mesures concrètes seront prises par le gouvernement Trudeau. « Là où le fédéral devra jouer un rôle, qui ne fera pas nécessairement l'affaire de toutes les provinces, c'est de s'assurer qu'il y ait un minimum qui soit fait par tout le monde, en termes de prix sur le carbone », dit Steven Guilbault, en soulignant que le mécanisme de tarification sera sans doute différent d'une province à l'autre.

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